Qantara Qantara

Mihrâb de la Grande Mosquée de Kairouan

  • Titre / dénomination : Mihrâb de la Grande Mosquée de Kairouan
  • Lieu de production : Kairouan, Tunisie
  • Date / période : 862
  • Matériaux et techniques : Marbre sculpté et ajouré, bois de mancenillier peint, carreaux de céramique lustrée et de céramique à décor peint sous glaçure.
  • Dimensions : H. : 4,56 m. ; l. : 1,98 m. ; prof. : 1,58 m
  • Ville de conservation : Kairouan
  • Lieu de conservation : Grande Mosquée de Kairouan
  • Inscription :

    Inscription en graphie kufique sculptée en relief :

    - Sommier de droite : «Au nom de Dieu, ce que Dieu veut arrive. Dieu me suffit et Il suffit pour le compte. »

    - Sommier de gauche: « Bénis Muhammad et la famille de Muhammad, de même que Tu as béni Ibrâhîm et la famille d’Ibrâhîm. Tu es loué et glorifié. » 

    - Intérieur de la niche : « Basmala + sourate de la Fidélité, (CXII, 1-4) : "Il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré et nul n'est égal à Lui" + la Taslia- Taslim.

L’édification de ce mihrâb est auréolée d’une légende : son emplacement aurait été indiqué à ’Okba Ibn Nafi par une révélation divine (en fait, la qibla actuelle, trop au sud, s’écarte de 31 degrés de la direction de la Mecque). Toujours est-il que le décor du mihrâb actuel date probablement, comme le souligne al-Bakri[1], de l’époque de Ziyadat Allah (r. 836-841). Certains archéologues, en s’appuyant sur un texte d’al-Tujibi[2], ont conclu que les carreaux de revêtement proviendraient d’Iraq et auraient été mis en place à l’époque d’Abû Ibrahim Ahmad (r. 854-863). Mais quel que soit le prince qui a pris l’initiative de l’embellir, les dernières recherches permettent de réfuter son origine orientale. En effet, l’envers de l’un de ses panneaux en marbre porte une inscription romaine. De plus, la découverte récente d’une inscription gravée sur un des panneaux se réfère à son maître d’œuvre andalou.

Le mihrâb, au plan en fer à cheval, est formé par une niche en cul-de-four coiffée d’une demi-coupole. L’arc repose sur deux colonnes en marbre orange surmontées de chapiteaux de style byzantin. L’intérieur de la niche est meublé de vingt-huit panneaux en marbre sculpté et ajouré, isolés les uns des autres par des bandeaux inscrits en kufique. Leur décor est composé d’une grande variété de motifs végétaux et géométriques, parmi lesquels la feuille de vigne stylisée, la fleurette, les ailes éployées, les enroulements végétaux organisés autour d’un axe central, le décor en coquille inscrit dans un bandeau arqué évoquant la forme d’un mihrâb, ainsi que les tresses. Ce décor est marqué par l’influence byzantine véhiculée par l’art omeyyade. La niche est surmontée d'une demi-coupole construite en bois cintré revêtu d’un décor floral de pampres jaunes sur fond bleu nuit peint sur un enduit. L’origine équatoriale du bois constitue un témoignage important sur la présence  d’un commerce entre l’Ifriqiya et les pays du sud du Sahara. 

Le décor de niches en coquille s’appuyant sur des colonnettes est bien connu dans l’art omeyyade de Syrie[3]. Ces formes sont en fait surtout en faveur chez les Omeyyades de Cordoue ; on est en conséquence tenté de penser que l’artisan exprime ses origines andalouses. Les motifs des panneaux rectangulaires composés d’une fleurette étalée se retrouvent ailleurs dans la Grande Mosquée, et sont à rapprocher des « panneaux-consoles » de la mosquée d’al-Aqsa (Jérusalem, 709-715). On songera également aux panneaux de pierre sculptés et peints qui ornaient le tambour de la Coupole du Rocher et qui se trouvent maintenant au musée du Haram. Tout ce décor est empreint de l’héritage byzantino-chrétien de Syrie. La tresse de la partie inférieure du mihrâb est un thème décoratif assez rare à Kairouan. Ses origines sont à rechercher dans les motifs végétaux omeyyades, mais elle évoque aussi les thèmes sassanides, nettement sensibles dans l’art omeyyade[4]. L'arabesque de la niche évoque l’art omeyyade[5], mais aussi les rinceaux de la façade de la mosquée des Trois portes (Kairouan, 866). Les chapiteaux à décor de feuilles d'acanthe ressemblent à ceux de la mosquée d’'Amr Ibn al-'As à Fostat. On peut également voir dans certains motifs des panneaux en marbre des ressemblances avec des bois tulunides d’Egypte. La présence d'une inscription le long de la niche du mihrâb servira de modèle à plusieurs autres mosquées ifriqiyennes, maghrébines et andalouses[6].

L’encadrement rectangulaire du mihrâb est orné de carreaux de céramique lustrée polychrome et monochrome, alternant avec des carreaux à décor peint, venus de Mésopotamie pour la plupart, posés sur la pointe. Ce motif de carré sur la pointe perdura jusqu’à la fin du XIIIe siècle au moins. On le retrouve dans un tympan de la Grande Mosquée de Sousse situé à l’emplacement du premier mihrâb ; il émigre ensuite en Égypte, où il orne différents monuments fatimides et mamluks du Caire[7].

NOTE

[1] Al-Bakri, 1911-1912.

[2] Ibn Naji, 1978, p. 147.

[3] Notamment à Khirbat al-Mafjar (724-743), à la seule différence que les arcs y sont en plein cintre et reposent sur des colonnes torsadées.

[4] Décor des palais de Mshattâ, Khirbat al-Mafjar, Qasr al-Tûba, etc…

[5] Palais de Mshatta

[6] Grande Mosquée de Monastir (IXe siècle), oratoire de la Sayyida (Monastir, XIe siècle), Grande Mosquée de Cordoue (786-988)

[7] On peut en effet l’observer sur un minaret et sur les niches latérales de l’entrée de la mosquée al-Hâkim (1002), sur la façade de la mosquée al-Aqmar (1125) et encore, dans la seconde moitié du XIIIe siècle, sur le portail d’entrée de la mosquée de Baïbars (lui-même réplique de celui de Mahdiyya).

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Al-Bekri, Description de l’Afrique septentrionale, 2de édition, Alger, 1911-1912.

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris, 1974, Klincksieck, p. 223-239.

Ibn Naji, Ma'âlim al-îmân fi ma'rifat ahl al-Qayrawân, t. II, Tunis, 1978, al-Maktaba al-Atiqa, p. 147.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. III, Paris, 1974, Klincksieck.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT