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Décor de la Coupole du Rocher

  • Nom : Décor de la Coupole du Rocher
  • Lieu : Jérusalem
  • Date/période de construction : 691
  • Matériaux de construction : Marbre et pierres de couleurs, mosaïques à fond d’or, nacre, bronze repoussé, bois sculpté et peint, stucs peints, carreaux de céramique, moucharabieh
  • Destinataire/mandataire : Calife ‘Abd al-Malik

Premier monument qui nous soit parvenu de l’époque omeyyade, la Coupole du Rocher est construite sur l’esplanade où s’élevait autrefois le temple de Salomon. Plusieurs traditions, juives, chrétiennes et musulmanes, s’y rattachent. Son plan, centré à double déambulatoire autour du Rocher sacré, s’inscrit dans la lignée des monuments ultérieurs, romains et byzantins. Son décor, repris pas la suite dans les mosquées omeyyades d’importance, telles celles de Damas, Alep, Hama et Médine, extrêmement raffiné et luxueux, œuvre sans doute d’artisans locaux rompus aux techniques byzantines, respecte l’idéologie musulmane et ne met en scène aucun être vivant, animal ou homme.

À l’origine, tout l’édifice, extérieur et intérieur, était traité selon les mêmes principes : décor tapissant et polychrome, construit avec une apparente symétrie contribuant à l’équilibre de l’ensemble, mais aussi une grande fantaisie, où se côtoient parfois des motifs, tels des arbres, tantôt traités avec un certain réalisme, tantôt très stylisés, et une remarquable adaptation du dessin à la surface à décorer. Toutes ces caractéristiques perdureront dans l’art islamique, quelles que soient les régions et les époques.

Jusqu’à environ sept mètres de haut, des plaques de marbre taillées pour former des motifs, incrustées parfois de filets de pierres colorées pour en dessiner d’autres, tapissaient les murs. Au dessus s’étalaient des tapis de mosaïque de verre aux nombreuses couleurs, certains à fond d’or ou d’argent, rehaussées de nacre. À l’extérieur de l’édifice, seuls deux des porches les ont en partie conservées. Le reste fut remplacé au XVIe siècle par des carreaux de céramique d’Iznik sur l’ordre de Soliman le Magnifique, protecteur des lieux saints et maître de tous les pays bordant les côtes orientale et sud de la Méditerranée, à l’exception du Maroc. À l’intérieur, le décor d’origine est en grande partie toujours en place, à l’exception des plafonds et du dôme, qui sont peints. Des plaques de marbre donnant l’illusion de tissus moirés mettent parfois en valeur des pierres de couleurs contrastées[1]. Les chapiteaux corinthiens sont dorés, les tirants, les architraves et les linteaux des portes sont recouverts de plaques de bronze aux décors de végétaux divers, hérités de l’art antique méditerranéen et de l’art sassanide, exécutés au repoussé. Au-dessus, des mosaïques à fond d’or[2] dessinent des frises de petites niches à coquilles et figurent une brillante parure végétale : rinceaux et bouquets d’acanthe, arbres « candélabres » et palmiers-dattiers, au rendu tantôt naturaliste, tantôt stylisé mais toujours avec une apparente symétrie. Dans la rotonde et le premier déambulatoire, de riches bijoux mis en relief par de la nacre s’accrochent aux végétaux et semble former comme une couronne d’offrandes autour du rocher. Des études ont montré qu’il s’agissait des bijoux, des couronnes et des diadèmes byzantins, sassanides, etc., autant de symboles du pouvoir des peuples soumis – ou en partie soumis – par les Arabes, qui se les approprient[3]. Un autre signe de leur volonté de marquer la suprématie de l’islam dans les régions où les chrétiens sont majoritaires, est la longue inscription dorée sur fond bleu qui domine l’ensemble du décor de l’octogone extérieur. Les versets coraniques ne sont pas choisis au hasard : reconnaissance de Jésus et de Marie, des chrétiens comme faisant partie des « gens du Livre », notation du mi‘râdj de Muhammad et affirmation que la seule vraie Foi est l’islam. C’est la première inscription monumentale de la civilisation islamique et son emplacement symbolise la toute puissance de Dieu et le caractère sacré de Sa parole[4].

Le plan de la Coupole du Rocher n’eut pas de suite, mais ses éléments architecturaux et ses décors, empruntés aux civilisations antérieures, amalgamés et transposés en un harmonieux syncrétisme, se retrouvent dans la plupart des réalisations omeyyades.

NOTE

[1] Des pierres de couleur comme le porphyre, le jaspe, etc. taillées sous forme de disques, de rectangles, mêlant parfois plusieurs couleurs contrastées, sont comme autant de tableaux « accrochés » sur le fond de marbre veiné dont les plaques sont ajustées pour former des motifs évoquant la moire. Cette tradition byzantine se poursuivit en Turquie, jusque tard dans l’époque ottomane.

[2] Autre tradition byzantine. Voir par exemple, à Ravenne, Saint Apollinaire, VIe siècle.

[3] Transcription en image de la coutume existante : lors de la conquête d’une ville, des objets prestigieux du trésor étaient envoyés comme symboles de victoire à la Ka‘ba. Certains textes du IXe siècle en donnent la liste.

[4] Véhicule du message divin, l’écriture arabe a également un caractère sacré. Dans presque tous les monuments religieux islamiques, l’inscription coranique (souvent aussi historique) domine la tête des fidèles, symbole de la toute puissance de Dieu, dont la Révélation est « descendue »  (terme employé à la forme intensive). Les lettres dorées sur fond bleu, symboles de la lumière divine descendue du ciel furent très souvent reprises par la suite comme par exemple dans le mihrâb en mosaïque de la Grande Mosquée de Cordoue et dans des frises en stuc ou en bois peints fatimides.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Blair, S., « What is the date of the Dome of the Rock ? », in Bayt al-Maqdis, ‘Abd al-Malik’s Jerusalem, Oxford Studies in Islamic Art, IX, 1999.

Combe, É., Sauvaget, J., Wiet, G., Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, I, Le Caire, 1931, Imprimerie de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, année 72, n° 9 et 10, p. 8-11.

Creswell, K. A. C., Early Muslim architecture, I, 1, New York, 1979, Hacker Art Books, p. 65-131.

Duncan, A., The Noble Sanctuary, Londres, 1972, Longmann.

Ecochard, M., Filiation des monuments grecs, byzantins et islamiques, Paris, 1977.

Grabar, O., Le Dôme du Rocher, joyau de Jérusalem, Paris, 1997, Albin Michel, Institut du monde arabe.

Rabbat, N., « The Meaning of the Umayyad Dome of the Rock », in Muqarnas, VI, 1989.  

Van Berchem, M., « The Mosaics of Dome of the Rock in Jerusalem », in Creswell, K. A. C., Early Muslim Architecture, I, 1, New York, 1979, Hacker Art Books, p. 213-323.



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