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Maqsûra d'al-Mu‘izz

  • Titre / dénomination : Maqsûra d'al-Mu‘izz
  • Lieu de production : Kairouan, Tunisie
  • Date / période : Première moitié du XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bois de cèdre sculpté
  • Ville de conservation : Kairouan
  • Lieu de conservation : Grande Mosquée de Kairouan
  • Inscription :

    - Sur trois côtés de la maqsûra, en graphie kufique à hampes fleuronnées : «  Basmala. Dieu répande ses bénédictions sur le Prophète Muhammad, sur sa famille et qu’Il leur accorde le salut ! Ceci est une des choses dont Abû Tamîm al-mu izz, fils de Bâdîs, fils d’al-Mansur, - que sur lui soient le salut de Dieu, ses bénédictions et ses grâces abondantes – en vue d’obtenir la récompense généreuse de Dieu et ses magnifiques rétributions, car Dieu ne laisse point sans salaire l’œuvre de ceux qui font le bien.  A ordonné la confection par les soins de Zimâm al-dawla Abû al-Qâsim, fils d’Abû Abbûd, al- Kâtib.Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre proclame les louanges de Dieu, Le Saint, Le Puissant, Le Sage, C’est Lui Qui a envoyé parmi les hommes illettrés un Envoyé pris parmi eux, pour leur réciter ses versets, les purifier et leur enseigner le livre et la sagesse alors qu’auparavant ils étaient dans une erreur évidente. Il en est d’autres parmi eux qui ne les ont point rejoints (dans la foi). Dieu est puissant et sage. Cela est une faveur de Dieu. Il l’accorde à qui il lui plaît. Dieu  est d’une immense bonté. Ceux qui, chargés du Pentateuque, l’ont ensuite abandonné, ressemblent à l’âne qui porte des livres. Quel triste sort que celui de ceux qui traitent d’imposture les versets de Dieu ! Dieu ne guidera pas les méchants. »

    - Sur un panneau en bois peint, en graphie maghrébine : « Louange à Dieu. Le Turc Topal Mustafa, fils de ‘AbdAllâh, a ordonné la réparation de cette maqsûra en rabi' I 1024 (12 déc. 1624-10 janv. 1625). Dieu accorde à son père son pardon ! »

Ce joyau de l’art du bois constitue la plus ancienne maqsûra conservée en place dans tout le monde islamique[1]. Placé à proximité du minbar, cet enclos servait d’emplacement au prince et à ses dignitaires et leur permettait de suivre la prière du Vendredi sans se mêler à la populace et courir des risques pour leurs vies. La maqsûra pouvait aussi servir à des réunions politiques et à caractère religieux. Entourée d’une clôture en bois de cèdre à décor géométrique des trois côtés, elle communique avec l’extérieur par une porte dite « du Sultan », aménagée dans le mur de qibla. La principale ornementation de la maqsûra est la frise qui la couronne et que surmonte une ligne de merlons ajourés et pointus. Cette frise porte une inscription en graphie kufique fleurie, considérée parmi les plus beaux exemplaires de bandeaux épigraphiques jamais réalisés dans l’art islamique.

D’une exécution régulière et d’une composition harmonieuse, elle offre une grande variété paléographique. Le champ épigraphique est meublé d’entrelacs végétaux et les lettres se terminent soit en biseau, soit par des tresses d’une grande qualité esthétique. L’ébéniste a fait étalage de son savoir-faire et de son art, tout en manifestant une grande liberté de style dans la décoration. Ce kufique fleuri, né en Orient à la fin du Xe siècle, s’est propagé et s’est développé en Égypte à l’époque fatimide[2], sans jamais atteindre cependant la finesse et la beauté de la frise de cette maqsûra.

L'ornementation florale et les motifs nous évoquent l'art fatimide d’Égypte, lequel s'inscrit dans la tradition abbasside, tout en exploitant davantage les effets créés par les chevauchements entre les multiples champs et par les entrelacs[3].

Il semble que tous les panneaux ajourés à motifs de perles et pirouettes qui entourent la maqsûra datent de cette époque. Ils sont à rapprocher du décor de la maqsûra  édifiée par le calife hafside Abû Omar Othman à la Mosquée  de la Zitouna (Tunis, 1256). Ce type de sculpture sur bois, d’origine hispano-mauresque, s’est perpétué en Tunisie jusqu'à l’époque ottomane.

De la maqsûra, on accède à la salle de l’imâm par une porte cloutée datant sans doute de l’époque ziride. Elle est encadrée par un linteau et par des piédroits en marbre de remploi antiques, ornés d’une frise à décor floral. La fenêtre de la salle de l’imâm offre un décor surprenant : deux colonnes supportent un arc plein cintre très outrepassé surmonté par une série d’arcades géminées couronnées de merlons en dents de scie. La parenté avec le mihrâb de la Grande mosquée de Cordoue (966) est frappante. Certains historiens de l’art, convaincus de l’antériorité du décor de Kairouan, ont pu y voir l’origine architecturale du modèle des mihrâb andalous. Cet élément de décor ne provient probablement pas, contrairement à la thèse de A. Lézine[4], du  mihrâb de la Mosquée de Yazid Ibn Hatem de la Grande Mosquée de Kairouan, mais sa fonction et son origine restent énigmatiques.

NOTE

[1] Les époques postérieures ont livré de nombreuses maqsûra, dont celle en bois de peuplier au nom de l’émir Ja’far al-Hasanî datée de 1104, provenant de la mosquée Musallâ al-‘Jalayn à Damas, Damas, Musée national, inv. A 97.

[2] Porte commandée par le calife fatimide al-Hâkim pour sa mosquée, bois, Égypte, 1010, Le Caire, Musée d’art islamique ; mihrâb en bois provenant de la mosquée de Sayyida Nafissa, Égypte, Le Caire, 1145-1146, Musée d'art islamique du Caire, inv. 421.

[3] Mihrâb de la mosquée de  Sayyida Nafissa (1145-1146) et du mausolée de  Sayyida Ruqayya (1154-1160), bois, Le Caire, Musée d’art islamique ; panneaux en bois provenant d'un plafond et d'une porte fatimides, Égypte, XIe siècle, Le Caire, Musée d’art islamique, inv. 441 ; 3390 ; 14601.  

[4] Lézine, A., 1966, p. 19.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. 1, Paris, 1970, Klincksieck, p. 233.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Lézine A., Architecture de l'Ifriqiya, Recherches sur les monuments aghlabides, Paris, 1966, Klinksieck.

Trésors fâtimides du Caire, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris, 1998, SDZ, p. 90-91, 149-152.



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