Qantara Qantara

Bacino au buveur

  • Titre / dénomination : Bacino au buveur
  • Lieu de production : Égypte
  • Lieu de découverte : Pise, église de San Sisto
  • Date / période : Dernier quart du XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique argileuse, décor lustré sur glaçure opacifiée
  • Dimensions : H. 6,9 cm ; D. 22,5 cm
  • Ville de conservation : Pise
  • Lieu de conservation : Musée nationale de San Matteo

La coupe, cernée d’un ruban, puis de trois cercles, a reçu un décor peint au lustre sur fond crème, composé d’un buveur assis à l’orientale et d’un encadrement de légères palmettes. Il s’agit d’un personnage de cour, vêtu d’une robe plissée à manches inscrites et qui tend son gobelet de la main droite. Sa tête, représentée de trois-quarts, est coiffée d’un turban. Tous les détails ont été repris à la pointe.

Cette céramique à décor lustré, fabriquée en Égypte fatimide dans la seconde moitié du XIe siècle est un bacino. Encastré dans une des façades de l’église San Sisto à Pise, il participait, avec d’autres plats en céramique d’origine musulmane, au décor de l’édifice. Cet usage architectural de la céramique remplace celui des médaillons de pierre hérités du monde romano-byzantin. Du dernier quart du Xe siècle jusqu’à la première moitié du XVe siècle, il a été très répandu en Italie, notamment dans le Nord et en Toscane. Cette mode apparaît au moment où les villes italiennes sont prospères, où le commerce entre Amalfi, Gênes, Pise, Venise et Alexandrie, est considérable et vient doubler la route maritime qui relie l’Espagne musulmane à l’Orient[1]. Aujourd’hui, on peut encore dénombrer 669 bacini, de provenances diverses, répartis sur 26 édifices de la ville. Comme les bacini ont été insérés en cours de construction et que les dates de ces constructions sont connues, on en tire de précieuses informations sur l’histoire de la céramique.

La coupe au buveur suscite plusieurs observations. Autrefois, placée sous la toiture de la nef latérale sud, elle avait été posée de telle manière que le personnage avait la tête en bas, comme si, à cette hauteur, l’image importait peu. Ce phénomène, dans les ensembles pisans, est loin d’être isolé. Bien que recouverte d’un décor lustré, elle n’a pas fait l’objet d’une attention particulière. Et il en est de même pour les 44 bacini de même qualité intégrés dans les constructions de la ville. Son thème décoratif, très traditionnel, n'éclaire pas beaucoup sa datation. En s’appuyant sur l’évolution des styles, on attribue généralement au XIIe siècle les céramiques dont le fond décoratif, sur lequel se détache le thème principal, se limite à quelques enroulements végétaux. Or, le bacino au buveur, qui entre dans cette catégorie, a été encastré dans une église dont la construction a commencé soit en 1070, à la suite d’une victoire des Pisans sur les Génois, soit en 1088, au retour d’une expédition victorieuse des Pisans et des Génois contre les Sarrasins de Mahdia, en Tunisie. Ce style est donc un peu plus ancien qu’on ne croyait[2].

À Pise, les plats à décor lustré les plus anciens (fin Xe siècle, début XIe siècle) proviennent tous de l’Égypte fatimide et très probablement de Fustat. À cette première vague, succèdent des céramiques lustrées produites en Espagne musulmane. Par l’étude des bâtiments puis l’analyse des pâtes, on a pu déterminer que certaines de ces pièces  avaient été fabriquées dès le premier quart du XIIe siècle : comme la coupe dite « aux quatre-feuilles » de l'église San Silvestro[3], ou la coupe dite « à l'oiseau » de l'église Sant-Andrea[4], attribuables non pas à Valence, mais à Murcie.

NOTE

[1] Les chroniques mentionnent qu'en 1153, un funduq d’Alexandrie est restitué aux marchands pisans après intervention de l’archevêque et des consuls de Pise auprès du calife fatimide al-Zâhir.

[2] Ces déductions sont d’autant plus utiles qu’on ne connaît, pour la céramique fatimide, que deux fragments datables, se situant tous deux sous le règne du calife al-Hâkim (r. 996-1020) : le premier inscrit au nom du général Ghaban (Musée d’Art islamique du Caire), le second inscrit au nom d’un autre officier et qui porte la signature du potier Muslim (Athènes, Musée Bénaki).

[3] Museo Nazionale San Matteo, bacino n° 190.

[4] Museo Nazionale San Matteo, bacino n° 232.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Balard, M., « Notes sur le commerce entre l’Italie et l’Egypte sous les Fatimides », in L’Egypte fatimide, son art et son histoire, Paris, 1999, p. 629.

Barrucand, M., L’Egypte fatimide, son art et son histoire, Paris, 1999.

Berti, G., « Le rôle des bacini dans l’étude des céramiques à lustre métallique », in Le Calife, le Prince et le Potier, (cat. exp., Lyon, Musée des Beaux-Arts, 2002),  Lyon, Musée des Beaux-Arts, Réunion des musées nationaux, 2002, p. 220-227

Berti, G., Tongiorgi, L., I Bacini ceramici medievali delle chiese di Pisa, Rome, 1981, cf. San Sisto, p. 49, Tavola CLXXXIX, fig. 213

Berti, G., Tongiorgi, L., Arte Islamica in Italia, I Bacini delle chiese Pisane, (cat. exp., Rome, 1983), p. 39-40



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT