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Plat à la joueuse de rabâb

  • Titre / dénomination : Plat à la joueuse de rabâb
  • Lieu de production : Égypte
  • Date / période : XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique ; décor lustré
  • Dimensions : D. 40 cm
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 14923

Ce grand plat est décoré en lustre métallique, technique sans doute née en Irak au IXe siècle. Connu en Égypte dès la dynastie tulunide (868 – 905), grâce à des importations de pièces mésopotamiennes, ce procédé n’y serait toutefois maîtrisé qu’à partir du milieu du Xe siècle, période qui correspond à un déclin de l’empire ‘abbasside. Les ateliers se situaient sans doute à Fûstat, cœur économique du pays. Connue dès le XIe siècle au Maghreb[1], la technique du lustre se répandit au XIIe siècle, vers l’Iran et l’Andalousie, où se développèrent les centres d’Almeria et Murcie puis de Malaga. Toujours utilisée en Espagne après la chute de Grenade, elle prit aussi son essor dans l’Italie de la Renaissance, avec les centres de Deruta et Gubbio.

Ce plat montre encore de fortes influences du lustre monochrome abbasside. Le fond est meublé de petits enroulements circulaires – présents sur d’autres œuvres contemporaines[2]– motifs dérivés des ocelles ou « yeux de paons », courants sur les objets lustrés irakiens. De plus, comme sur le plat au joueur de luth de la Freer gallery de Washington, datable du Xe siècle, les motifs sont séparés du fond par un liséré blanc. Cette organisation se retrouve encore sur les anses d’un vase de l’Alhambra, au début du XIVe siècle[3]. Le bord est orné non plus de festons mais de petits triangles inclinés, que l’on retrouve sur d’autres plats fatimides[4]. Stylistiquement, la jeune femme est représentée selon les caractéristiques de l’art fatimide : la poitrine est signalée de manière schématique, par deux petits cercles situés presque sous les aisselles, et le nombril est marqué, comme dans le plat à la danseuse de la Freer Gallery.

L’iconographie de la musicienne, qui fait référence aux plaisirs princiers, est une figure courante chez les Fatimides, où elle est utilisée autant sur des céramiques que sur des ivoires[5] et des bois[6]. Un plat d’un style différent, sans doute un peu plus tardif, suit d’ailleurs une iconographie très proche[7]. La musicienne est également présente dans d’autres lieux et à d’autres époques, en Espagne, ou dans le monde iranien, par exemple. On trouve aussi dans le décor de la chapelle Palatine de Palerme, peut-être réalisé par des artistes fatimides, de nombreuses figures de musiciens, jouant du luth ou des percussions. La même iconographie se retrouve dans les manuscrits et sur des chapiteaux occidentaux au XIIe siècle[8], mais avec un sens et un style très différents. Souvent, c’est un homme ou un ange qui tient l’instrument, la femme étant confinée au rôle de danseuse.

Ici, la jeune femme ne tient pas un ûd, c’est à dire un luth à manche court et à quatre ou cinq cordes, mais un rabâb, instrument à long manche et à deux cordes pincées, dont la caisse présente une forme renflée. Ce luth particulier se retrouve sur au moins une autre céramique lustrée, abbasside[9], ainsi que dans une boiserie fatimide[10]. Alors que certains luths à long manche proviennent de l’Égypte pharaonique (fresque de la tombe de Djeserkare, XVe s. av. J.-C.), celui-ci tire son origine de l’Iran, où, il est né au cours du Xe siècle au plus tard. Abandonné au profit du târ, il a essaimé jusqu’en Himalaya et en Asie du Sud-Est, et est fréquemment représenté dans la peinture moghole, mais avec de nombreuses modifications. Il est également considéré comme l’instrument national afghan. Par contre, de nos jours, le terme rabâb au Proche Orient et en Occident musulman désigne un autre type d’instrument, également à deux cordes, mais joué avec un archet, duquel dérive le rebec européen.

NOTE

[1] Carreaux de la Qal’a des Banu Hammad, Setif, musée national, IS 118, IS 120.

[2] Plat à la girafe, musée Benaki, 749.

[3] Vase de l’Alhambra, Saint-Petersbourg, musée de l’Ermitage, F 317.

[4] Coupe au lion ailé, Le Caire, musée d’art islamique, 14928.

[5] Plaque de revêtement, Berlin, museum für islamische Kunst, I 6375.

[6] Frise décorative du maristan de Qalâ'ûn, Le Caire, musée d’art islamique.

[7] Plat à la luthiste, Le Caire, musée d’art islamique. Le fait que la jeune femme tienne son instrument incliné vers la gauche, la similarité des vêtements et de leur traitement, la frise en dents de scie sur le pourtour ainsi que la présence d’une aiguière et de motifs végétaux autour du personnage central pourrait indiquer l’emploi d’un modèle commun pour les deux pièces.

[8] Bréviaire de Montiéramey f° 212 v°, XIIe siècle, Paris, BNF, ms. lat. 796. ; chapiteaux du cloître de l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville (Normandie), v. 1170, Rouen, Musée départemental des antiquités de la Seine-Maritime, 139-39 A.

[9] Plat au joueur de rabâb, Washington, Freer Gallery of Art.

[10] Élément de décor, Paris, musée du Louvre, OA 4062.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Caiger-Smith, A., Lustre pottery. Technique, tradition and innovation in Islam and the Western World, London/Boston : Faber and Faber, 1986, n°22 p. 45.

Islamic art in Egypt 969 – 1517, (cat. exp. Le Caire, 1969), Le Caire : 1969.

Egypte – Egypte, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1989-1990), n° 18, p. 84 – 85.

Trésors fatimides du Caire, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris/Gand : Institut du monde arabe/Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998, n°38 p. 114 – 115.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Homo-Lechner, C. ; Rault, C., Instruments de musique du Maroc et d’al-Andalus, Fondation Royaumont/ CERIMM, 1999.

Sadie, Stanley (ed.) The new Grove : dictionary of musical instruments, Londres/New-York : MacMillan/Grove’s disctionary of music, 1984.

Moyen-âge, entre ordre et désordre, (cat. exp. Paris, Musée de la musique, 2004), Paris : Réunion des musées nationaux/Cité de la musique 2004.

Reflets d’or, d’Orient en Occident la céramique lustrée IXe – XVe siècle, (cat. exp. Paris, musée de Cluny, 2008), Paris : Réunion des Musée Nationaux, 2008.



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