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Tunique abbasside

  • Titre / dénomination : Tunique abbasside
  • Lieu de production : Egypte
  • Lieu de découverte : Acquise en Égypte par H.H. Abdul–Wahab qui en fit don au musée du Bardo en 1952
  • Date / période : IXe- début Xe siècle (Abbasside)
  • Matériaux et techniques : Lin, laine, tissés et brodés
  • Dimensions : Largueur à la taille : 50 cm; Hauteur : 65 cm; Manches : 17 cm×41 cm
  • Ville de conservation : Tunis
  • Lieu de conservation : Musée National du Bardo
  • Numéro d'inventaire : A 6 Bis
  • Inscription :

    Inscription, langue d'origine : inscription pieuse en kufique angulaire, très altérée et peu lisible, brodée en soie : "barakatun da'imatun …al mulk lillahبركة دائمة ...الملك لله: “Bénédiction durable (…) la souveraineté est à Dieu”.

D’après ses dimensions, cette robe en laine de couleur bleu-noir est un habit d’enfant[1], fait d’un assemblage de treize pièces tissées séparément et assemblées solidement par des coutures. Sur les épaules sont placées deux bandes ornementales ayant un décor différent.

La manche gauche présente un bandeau constitué d’hexagones reliés par un trait épais, encadré de motifs en chevron bicolore. De gauche à droite, on rencontre un chameau stylisé, deux fleurs différemment stylisées, deux échassiers, un canard accroupi, une fleur à six pétales, etc. Le fond du bandeau est de teinte lie-de-vin tandis que les hexagones sont polychromes (bleu, vert, jaune, noir etc.). Quant à la manche droite, elle laisse apparaître un décor formé de quadrupèdes aux contours très géométriques.

De part et d’autre des bandeaux des deux manches, la tunique est ornée d’une inscription kufique de bénédiction dont les lettres se terminent par des hampes biseautées, répétée sur toute la ligne.

Le décor est obtenu par l'antique procédé de la "tapisserie sur métier" qui tient autant de la broderie que du tissage[2]. À l’aide d’une aiguille ou d’une navette volante, le décor est exécuté par îlots colorés : la trame est passée tour à tour sous l’un ou l’autre fil de la chaîne et arrêtée à la limite de chaque îlot.

Cette robe constitue un document exceptionnel puisqu’il s’agit d’un vêtement qui nous est parvenu en entier. Elle aurait été réalisée par des tisserands égyptiens à une période qui se situe aux alentours du IXè siècle. En effet, la sobriété de l’épigraphie et la limitation du texte à des formules à caractère religieux ainsi que l’absence de toute richesse décorative identifiant les tirâz fâtimides laisse penser que ce vêtement se rattacherait à la  période tulunide (Égypte et Syrie, 868-905), qui constitue une époque de transition où les coptes, anciens maîtres de la production textile en Égypte, serviront d’intermédiaire entre les arts de l’Antiquité et l’art islamique naissant, avant que celui-ci n'atteigne son âge de maturité à l’époque fâtimide.

Du point de vue forme et technique de confection, cette robe s’inscrit dans la continuité de la tunique copte à manches demi longues, qui faisait partie des produits de l'impôt payé par l'Égypte à l'époque omeyyade puis abbasside. Certains décors zoomorphes se retrouvent dans les tissages coptes d'époque byzantine, à l'exemple d’une tunique fragmentaire conservée au musée national du Moyen-âge à Paris (inv. CL.16657) datant sans doute du VIIe siècle. D'autres décors semblables se retrouvent sur des pièces de tissu coptes conservées au musée islamique du Caire.

Les tuniques de la haute époque islamique sont très rares. On dispose néanmoins de poupées égyptiennes datées du VIIIe au XIIe siècle conservées au musée Benaki à Athènes, qui portent des tuniques en lin ou en laine épaisse très semblables à celle-ci. Les tuniques islamiques tardives sont plus abondantes et certaines offrent étonnamment une continuité de forme avec les modèles anciens : c’est le cas d’une chemise talismanique ottomane du XVIe siècle[3] et de tuniques traditionnelles contemporaines, algériennes et tunisiennes. Les décors et les techniques de tissage de cette tunique seront repris dans les tirâz islamiques d’époques et de localisations variées à l'exemple de ceux d'Irak, d'Égypte, d'Ifriqiya et d'Espagne.

NOTE

[1] A propos de vêtements d’enfants, voir la robe d’enfant en coton à décor brodé, Liban, fin XIIIe siècle, Beyrouth, Direction Générale des Antiquités, inv. 25426. 

[2] Fendri, M., 1968, p.248.

[3] Chemise talismanique, Turquie, XVIe siècle, coton ou lin peint avec des pigments et de l’or, Istanbul, Topkapi Sarayi Müzesi, inv. 13/1182. Soliman, p.107 n°109.

 

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Skik, K., Musée du Bardo, département musulman, Tunis, I.N.A.A., 1974, p.16, fig.6.

Fendri, M., « Un vêtement islamique ancien au Musée du Bardo », in Africa, t.II, 1967-1968, Tunis, I.N.A.A., 1968, p.241- 268.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Découvrir l'art islamique en Méditerranée, Vienne, Edisud, 2007, p. 229.

L’art copte en Égypte, 2000 ans de christianisme, (cat. exp., Paris, Institut du Monde Arabe, 2000), Paris, IMA, Gallimard, 2000, p.137-139, 217.

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, IMA, Hazan, 2000, p. 176-177.

Trésors fâtimides du Caire, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris, SDZ, 1998, p. 187.



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