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Mosquée Hammûda Pasha

  • Nom : Mosquée Hammûda Pasha
  • Lieu : Tunis, Tunisie
  • Date/période de construction : 1066 H./1655 J.C.
  • Matériaux de construction : Grès ; marbre ; tuiles vernissées
  • Décor architectural : Marbre ; stuc.
  • Destinataire/mandataire : Muhammad Bey connu sous le nom de Hamouda Pacha al-Mouradi (Hammûda Pasha al-Murâdî)

Le monument est situé dans la médina de Tunis, près de la Grande Zitouna. Sa fondation correspond à une tentative des Turcs, nouveaux maîtres du pays depuis 1574, de contrecarrer le rite malékite auquel adhérait la population locale en imposant le rite hanifite.

Cette mosquée, influencée par celle de Yûsuf Dey (Tunis, 1613-1614), reflète les divers apports qui marquèrent la Tunisie, un siècle après l'avènement des Ottomans. Elle offre un document remarquable sur l'élaboration de la nouvelle personnalité artistique tunisienne qui, tout en réalisant un amalgame entre différents courants, ne manque pas d'originalité.

L’ensemble regroupe la mosquée, un minaret et le tombeau du fondateur.

Un escalier à double volée débouche dans la cour, dans l’axe de l’entrée de la salle de prière, encadrée de trois portiques à toiture en pente[1].

Trois portes aux piédroits ornés de marbre finement sculpté mènent à la salle de prière.  L’intérieur est divisé en cinq travées et sept nefs perpendiculaires au mur de qibla. La travée du mur de qibla et la nef médiane sont élargies, reprenant ainsi un plan élaboré en Ifrîqiya aghlabide[2]. La coupole sur trompes à coquilles à l’avant du mihrâb participe du même héritage. Quarante-huit colonnes en marbre de Carrare à chapiteaux néo-ioniques supportent la retombée d’arcs en fer à cheval par l’intermédiaire de hautes impostes bicolores. Les murs sont couverts de lambris de marbre jusqu’à hauteur des tympans, puis de panneaux de stuc dans la zone supérieure. Les voussures des arcs sont sobrement animées par la présence de quelques claveaux noirs. Certains éléments, tels les chapiteaux, semblent d’influence italienne. Les revêtements de marbre polychrome relèvent d’une tradition existant dès le début de l’Islam, qui prit une grande importance dès le XIVe siècle en Égypte, en Italie, et au XVIe siècle sous les Ottomans.

À la base de la coupole court une inscription donnant la date de construction. La niche s’ouvre sur la salle par un arc en plein cintre outrepassé à claveaux noirs et blancs, retombant sur deux colonnettes en pierre noire à chapiteaux néo-ioniques. L’intérieur est orné d’arcatures réalisées en placages de marbre rose, blanc et gris.

A l'angle nord-ouest se dresse le minaret à l’élégante silhouette, à base carrée et à fût octogonal. Il est couronné d'un balcon à auvent évoquant des formes ottomanes[3] et est coiffé d'un lanternon à toit pyramidal. Ce type de minaret, qui nous renvoie à l’Anatolie[4] et au Proche-Orient, devint le trait distinctif des mosquées construites pour la communauté ottomane en Tunisie. Il est présent dans plusieurs villes de la régence de Tunis, notamment celles abritant une minorité ottomane et particulièrement une garnison turque[5].

Le mausolée du fondateur est dans l'angle opposé au minaret. L'adjonction du mausolée du fondateur à l'oratoire constitue une manifestation de l'influence ottomane.

De plan carré, il est surmonté d'une coupole pyramidale couverte de tuiles vernissées vertes. Chaque façade est occupée au centre par une arcature flanquée de panneaux à décors géométriques de marbre blanc et noir dans la partie basse, tandis que la zone supérieure est occupée par deux baies géminées aux voussures alternées noires et blanches faisant écho à l’arc central.

La coupole pyramidale, les toitures en tuiles et certains décors géométriques et floraux, déjà visibles dans les mausolées tunisiens hafsides[6], révèlent une influence andalouse.

NOTE

[1] Ce schéma existe déjà, mais sans cour, à Istanbul : mosquée de Piyale Pacha (1565-1573).

[2] Grande Mosquée de Kairouan, Tunisie, 836.

[3] Les auvents apparaissent en effet fréquemment dans l’architecture ottomane, notamment dans les bâtiments à usage funéraire (tombeau de Soliman le Magnifique, Istanbul, 1558) et également dans les réalisations civiles (Fontaine d’Ahmed III, Turquie, 1907 (reproduit la fontaine érigée en 1729 devant la porte extérieure du palais de Topkapi), bois, nacre, ivoire et marbre polychrome, Istanbul, Yildiz Sarayi Müzesi, inv.364).

[4] Les minarets de la Suleymaniye (Istanbul, Turquie, 1550-1557) ainsi que de nombreux minarets ottomans présentent, bien que plus élancée, une silhouette comparable à celle de ce minaret.

[5] Grande Mosquée de Bizerte (1060 H./1650 J.C.) ; Mosquée Slimane Hamza de Mahdiyya (XIe-XVIIe siècle).

[6] Mausolée de Sidi Abid (XIVe et XVIIe siècles) ; mausolée de Sidi Kacem al-Jellizi (XVe siècle).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Saadaoui, A., Tunis, ville ottomane : trois siècles d’urbanisme et d’architecture, Tunis, 2001, CPU.

Med Al Baji Ben Mami, Les monuments de la ville de Tunis au fil des époques : Etude historique, artistique et architecturale, Tunis, à paraître.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Saadaoui, A., "La mosquée tunisienne à l'époque ottomane", in Actes du premier congrès international sur le : Corpus d'archéologie ottomane, Zaghouan, 1997, Publications de la FTERSI & INP, p. 107-145.

Golvin, L., "Le legs des ottomans dans le domaine artistique en Afrique du Nord", R.O.O.M., n° 39, 1985, p. 201-226.

Gabriel, A., "Les mosquées de Constantinople", in Syria, n° 7, 1926, p. 353-419.



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