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Étoffe aux éléphants, senmurv et chevaux ailés

  • Titre / dénomination : Étoffe aux éléphants, senmurv et chevaux ailés
  • Lieu de découverte : Monastère de Santa Maria de l’Estay, Catalogne, Espagne
  • Date / période : XIe ou XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Soie
  • Dimensions : L. environ 51 cm ; l. 32,5 cm
  • Ville de conservation : New York
  • Lieu de conservation : Musée Cooper-Hewitt

Cette étoffe de soie est la plus grande parmi sept fragments connus d’une même pièce. D’après la reconstitution qu’on peut faire à partir de ces fragments, il semble que l'étoffe originale ait servi, avant d’être découpée, à la confection d’un vêtement ecclésiastique.

Elle était ornée d’animaux réels ou mythiques en médaillons bordés de perles. Sur le fragment de New York apparaissent six médaillons. Ils sont répartis de manière symétrique, deux à deux. Des éléphants sont représentés dans la première paire. Dans la deuxième se trouvent des senmurv, créatures composites ailées à tête de chien et à queue de paon. Les derniers médaillons représentent des chevaux ailés. Complétant le décor dans les espaces ménagés entre les médaillons se trouvent des motifs végétaux stylisés se développant autour d’un cercle orné de cœurs.

Grâce aux autres fragments, on peut restituer le décor de l’ensemble de l’étoffe. Ainsi, il apparaît que seuls ces trois types d’animaux étaient représentés, se répétant de manière régulière. Les paires de figures semblables étaient alternées de sorte que celles-ci apparaissaient dans une même rangée tantôt dos à dos, tantôt affrontées.

Si, pour beaucoup, l’origine de ce schéma ornemental composé de médaillons est sassanide, il peut aussi être issu du monde tardo-romain et protobyzantin[1]. Il ne faut pas pour autant nier l’apport de la culture iranienne : les motifs d’animaux fantastiques doivent être mis en relation avec la tradition sassanide dans laquelle ces images étaient utilisées comme symboles de protection ou comme images royales. Ils continuèrent à être reproduits après la conquête islamique. On peut donc admettre qu’ils ont alimenté le répertoire de motifs byzantins.

Des étoffes ornées de tels motifs se répandirent dans tout le Bassin méditerranéen, dans les civilisations chrétiennes et islamiques. Il n’est donc souvent pas évident de comprendre leur origine précise ; c’est le cas de cet exemple, daté du XIe ou du XIIe siècle, attribué tantôt à Byzance, tantôt aux civilisations proche-orientales, et parfois aux musulmans d’Espagne. Il reflète donc un goût répandu dans toute la Méditerranée et au Proche-Orient, si bien que de telles étoffes, en l'absence d'indices forts, ne devraient pas être attribuées de manière catégorique à l’une ou l’autre de ces cultures. De manière plus étonnante, on retrouve ce même type de décor sur des soieries jusqu’en Extrême-Orient, ce qui atteste de sa très grande popularité.

Si en Occident elles étaient le plus souvent utilisées pour les habits ecclésiastiques ou pour envelopper des reliques, à Byzance, où elles étaient nettement plus répandues, elles servaient aussi comme rideaux de luxe par exemple. On les offrait de plus comme présents diplomatiques, ce qui fut un des facteurs de leur diffusion.

À Byzance, la production de ces étoffes se poursuivit de manière intensive jusqu’au XIIe siècle. À partir de ce siècle, en effet, le goût pour ces motifs semble s’atténuer et l’industrie de la soie à Byzance décliner.

NOTE

[1] Les premières attestations de ces motifs sur des textiles romains et byzantins semblent antérieures à celles des étoffes indubitablement attribuées aux Sassanides ; la présence de tels motifs sur des mosaïques de l’Antiquité tardive est un autre argument permettant de soutenir cette hypothèse. Cf. Trilling J., The Medallion Style.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

The Glory of Byzantium, Art and Culture of the Middle Byzantine Era A.D. 843-1261, cat. exp., New York, 1997, The Metropolitan Museum of Art, 1997, p. 414-416, no 271.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

 Trilling, J., The Medallion Style. A Study in the Origins of Byzantine Taste, New York, 1985, Garland Pub, 1985.



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