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Représentation de Roger II

  • Nom : Représentation de Roger II
  • Lieu : Sicile, Palerme, église de la Martorana
  • Date/période de construction : XIIe siècle
  • Matériaux de construction : Mosaïque de pâte de verre ; opus tesselatum
  • Destinataire/mandataire : Roger II (1095-1154)

La mosaïque de Roger II conservée in situ dans l’église de la Martorana est un excellent exemple des contacts entre diverses civilisations méditerranéennes.

Roger II est couronné par l’antipape Anaclet II le 25 décembre 1130 après qu’il se soit approprié l’Italie du Sud. Cet événement attire à Roger II l’hostilité du pape Innocent II et celle de l’empereur germanique Lothaire II, conflit qui marque tout son règne. En 1135, Roger II et Anaclet II sont excommuniés, mais Innocent II est fait prisonnier et doit définitivement reconnaître Roger II le 27 juillet 1139 comme roi de Sicile, duc d’Apulie et prince de Capoue (Rex Siciliae, ducatus Apuliae et principatus Capuae). L’ordre et l’autorité royale sont rétablis en Italie du Sud. En 1147, Roger et sa flotte attaquent l’Empire byzantin, en particulier Thèbes et Corinthe en Grèce. En 1154, Roger II meurt à Palerme.

Sur la mosaïque de Palerme, le roi de Sicile porte un vêtement impérial byzantin : une première tunique bleue à clavi en or, visible sous le niveau des genoux et autour des poignets ; une tunique plus courte avec des manches larges, richement ornée par-dessus. Cette tunique est décorée par des fleurs de lys en or ; sa bordure, richement dorée, présente quelques broderies de couleur rouge.

Roger II arbore également le loros croisé, pièce de vêtement semblable à une large écharpe que portent les empereurs par-dessus leurs tuniques. Le deuxième pan, qui s’élargit en descendant, s’enroule autour de la taille pour se poser ensuite sur le bras gauche. Des perles, régulièrement espacées, ornent le bord du loros. Le loros croisé apparaît vers la fin du VIIe siècle ; il est simplifié vers la deuxième moitié du IXe -XIIe siècle : on l’enfile désormais par la tête. La représentation de Roger II fait donc partie des exemples tardifs de figuration d’un loros croisé. Mais la distance avec le pays d’origine n’est pas la raison de ce décalage chronologique, car on peut aussi citer des exemples tardifs de loros croisé à Constantinople, comme par exemple sur un bas relief[1] représentant sans doute Jean II Comnène (1088-1143) portant le labarum[2] et l’orbe. Il faut aussi signaler le motif de la fleur de lys sur ce vêtement, qui se retrouve sur les vêtements impériaux de la même époque[3].

Le roi est coiffé d’une couronne ouverte, à plusieurs pans. De part et d’autre est attachée une paire de pendeloques raides faites de perles. Si la forme de cette couronne n’est pas byzantine, les pendeloques font partie du répertoire impérial traditionnel (les prependoulia).

Il est intéressant de voir le Normand Roger II, roi de Sicile, porter sur cette représentation des vêtements proches de ceux que mettent les empereurs byzantins. Cela correspond à la volonté idéologique des Normands de se montrer sur un pied d’égalité avec Byzance, dont ils cherchent en vain à conquérir la capitale[4]. Le véritable manteau de couronnement de Roger II a été conservé : de forte influence islamique, il illustre, par comparaison avec cette représentation de la Martorana, le cosmopolitisme culturel de ce souverain.

NOTE

[1] Bas-relief de marbre, Washington, Dumbarton Oaks Museum (inv. BZ.1937.23).

[2] Étendard militaire devenu attribut impérial, portant habituellement le symbole chrétien de la croix, ou une inscription rappelant la victoire de Constantin Ier au pont Milvius en 312 (« Au Nom du Christ, tu seras toujours vainqueur »).

[3] Le folio 2 du manuscrit Vat. gr. 666  (1109-1111, conservé à la Bibliothèque vaticane), représente ainsi Alexis Ier Comnène. On peut encore citer le manuscrit Vat. urb. gr.2  dont le folio 19v (1122-1142) montre Jean II Comnène et son fils Alexis, portant tous deux une tunique ornée de fleurs de lys semblable à celle de Roger II quoique plus longue ; Jean II et Alexis portent cependant, par-dessus cette tunique, le loros simplifié et non le loros croisé.

[4] Les Normands réussissent toutefois à créer, dans le cadre des Croisades, un duché normand à Antioche.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Kitzinger, E., « The Mosaics of St. Mary's of the Admiral in Palermo », Dumbarton Oaks Studies, 27, 1990.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Parani, M. G., Reconstructing the reality of images : Byzantine material culture and religious iconography, 11th-15th centuries, Leyde, 2003, E. J. Brill, « The medieval Mediterranean ».

Paraskeve, K., Le système vestimentaire à Byzance du IVe jusqu'à la fin du XIe siècle, Villeneuve-d'Ascq, 1998, Presses universitaires du Septentrion.



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