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Arsenal de Salé

  • Nom : Arsenal de Salé
  • Lieu : Maroc, Salé
  • Date/période de construction : XIIIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre de taille, moellons dégrossis, chaux, brique
  • Décor architectural : pierre sculptée
  • Dimensions : Bâb al-Mrîsa : H. 9,60 m ; Bâb Bû Hâja : l. 12,68 m
  • Inscriptions :

    Bandeau en graphie kufique encadrant les écoinçons : Ta'awwud  تعوذ: « Je cherche refuge auprès d'Allâh contre Satan le lapidé », Basmala بسملة  : Au nom d'Allâh, le Clément et le Miséricordieux », Tasliya  تصلية: « Qu'Allâh bénisse notre seigneur Muhammad et qu’Il lui accorde sa grâce », ainsi que les versets 10 à 13 de la sourate LXI du Coran.

L'arsenal, unique en son genre au Maroc, est le plus ancien monument marinide connu. Situé à l'angle sud-ouest de la Médina, il fut réaménagé à l'époque du sultan alaouite Mawlây Slimane (r. 1792-1822), pour y installer le mellah (quartier juif). Il constituait un ensemble homogène qui s'inscrivait dans un programme de défense de la ville de Salé, mis en place par le sultan marinide Abû Yûsuf Ya‘kûb entre 1260 et 1270, suite à la spectaculaire prise de la ville par les Castillans. Ibn Khaldûn nous apprend que Ya‘kûb ibn ‘Abd Allâh, le gouverneur de Rabat-Salé qui nourrissait des animosités contre le nouveau sultan Abû Yûsuf Ya‘kûb, fut trahi par les marchands espagnols qui devaient lui procurer des armes : ils profitèrent de la fête de la rupture du jeûne pour s'emparer de la ville et la saccager. Il fallut quatorze jours de siège au sultan pour la délivrer. Ibn Abî Zar', al-Jaznâ'î comme Ibn Khaldûn s'accordent pour établir une relation de cause à effet entre cet événement et la construction de l'arsenal et la fortification du front fluvial de Salé. Cet ensemble défendait la ville et son port commercial, alors l’un des plus important de l’époque ; il servait également de base aux navires armés en partance pour al-Andalus.

Si l'organisation interne de l'arsenal nous échappe à cause de la construction du mellah dans l'espace qu'il occupait, les deux portes qui lui donnaient accès, Bâb al-Mrîsa et Bâb Bû Hâja, ont été préservées. La première s’ouvre par un immense arc outrepassé brisé, encadré d’un bandeau décoratif fait d’un double rinceau aux palmes simples et bifides et d’une inscription kufique. La porte est flanquée de deux tours élancées, fait exceptionnel pour une porte médiévale marocaine. Elle donne accès à de petites pièces voûtées en berceau. Au niveau du chemin de ronde de l'enceinte, un escalier éclairé de trois côtés ouvre sur de petites salles couvertes de coupoles sur pendentifs. Ces pièces sont percées de trois meurtrières : la première protège la muraille, la seconde les abords immédiats de la porte, la troisième au plan oblique un canal reliant l'oued Bouregreg à l'intérieur de l'arsenal (le port intérieur). Une dernière ouverture, située sur le palier et donnant sur l'intérieur de la porte, aurait eut pour fonction d'empêcher la progression vers l'intérieur de vaisseaux ennemis. La seconde porte s'ouvre sur le côté ouest de l'enceinte de la ville. Seul son mur de façade flanqué de deux tours nous est parvenu. Deux chambres de défense percées de deux meurtrières occupent le sommet de l'arc, justifiées par sa position fragile en face à l'oued Bouregreg. L'analyse des appareils révèle la rapidité avec laquelle les travaux ont été exécutés, et le souci d'économie qui animait les bâtisseurs. Le volume de la pierre de taille, les joints et la façade de Bâb Bû Hâja en témoignent.

La construction de l'arsenal de Salé coïncide avec la recherche de légitimité du nouveau pouvoir marinide. La prise de Salé par Alphonse X de Castille en 1260 est le prélude de l'unification du Maroc du Nord autour des Marinides pour relancer la lutte armée en al-Andalus. Son architecture imposante est un outil de propagande en faveur de cette bataille et du pouvoir. Il s'agit donc véritablement dans le cas le Bâb al-Mrîsa d'un « arc de triomphe » qui s’inscrit dans la continuité de leurs prédécesseurs almohades.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Cressier, P., « Les portes monumentales urbaines almohades : symboles et fonctions », in Los Almohades : problemas y perspectivas, Madrid : Consejo Superior de Invistigaciones Cientificas/Estudios arabes e islamicos, 2005, p. 149-187.

Terrasse, H., « Les portes de l'Arsenal de Salé », in Hespéris, IV, 1922, p. 357-371.

Terrasse, H., « Le décor des portes anciennes du Maroc », in Hespéris, 1923, p. 147-174.



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