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Lion à queue articulée

  • Titre / dénomination : Lion à queue articulée
  • Lieu de production : Espagne musulmane
  • Date / période :

    XIIe siècle, ou plus tôt

  • Matériaux et techniques : Bronze moulé et gravé au burin
  • Dimensions : H. 30,08 cm ; L. 54 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam
  • Numéro d'inventaire : 7883

Le fauve, puissamment stylisé, prend appui sur ses pattes arrière un peu repliées. Les pattes avant, courtes et raides, sont tendues sur la même ligne. La gueule est largement ouverte à la manière d’une bouche de fontaine. Cette fonction probable est confirmée par un orifice ménagé sous le ventre. L’inclinaison du corps vers l’arrière est corrigée par une queue à terminaison fleuronnée, s’articulant sur une charnière. Un fin décor gravé recouvre le corps.  La crinière est rendue par des boucles parallèles. Les pattes sont tapissées de cercles et de fleurons. Les flancs portent un panneau épigraphique. Les yeux, en forme d’amande, sont en fort relief, ainsi que l’arcade sourcilière qui dessine autour de la tête un cercle complet.

Découvert au XIXe siècle à Monzón de Campos, dans un château proche de Palencia et qui avait été repris par les chrétiens dès le XIe siècle, l’objet soulève beaucoup de questions. On s’interroge sur sa fonction - élément de fontaine ou brûle-parfum ? - et sa date d’exécution : XIIe siècle, ou plus tard. L’objet a été rapproché d’une petite statuette de lion fatimide, réalisée en Égypte vers le XIe-XIIe siècle, et dont la bouche est elle aussi en forme de goulot[1]. Cependant, le lion de Monzón, d’une facture toute différente, rejoint par bien des traits les bronzes du califat de Cordoue (929-1031) : même œil en amande, même décor tapissant composé de rinceaux à terminaison fleuronné (déjà employés dans la décoration murale des palais omeyyades de Syrie et de Jordanie[2]), même caractère statique affectant le corps et l’ornementation. Si l’exécution est moins achevée que celle des bronzes réalisés « aux ateliers royaux de Cordoue », pour reprendre l’expression de l’historien al-Maqqarî (1577-1632), elle pourrait être plus ancienne qu’on ne le croit, peut-être du tout début XIIe siècle.

À cause de sa gueule béante, le lion de Monzón servait probablement de bouche de fontaine. Dans le cerf en bronze de Madinat al-Zahra (après 936), conservé au musée archéologique de Cordoue, l’eau arrivait par un conduit dans le socle tabulaire, passait à l’intérieur des pattes, puis jaillissait de la gueule[3]. Dans le lion conservé au musée de Kassel, un tuyau émerge encore de la bouche. C’étaient des objets associés au décor d’architecture des palais et par là s’inspiraient de modèles orientaux non moins prestigieux. Toutefois, aucun animal de grande taille provenant de l’Orient abbasside n’a subsisté, sinon un cheval harnaché conçu en réduction et quelques oiseaux grandeur nature[4]. Si cette production semble s’arrêter en Espagne musulmane au XIIe siècle, elle se perpétue en Iran seljukide et trouve d’étonnants parallèles dans la dinanderie et l’orfèvrerie germaniques. Un petit lion en bronze doré produit en Allemagne au XIIIe siècle, dont l’échine est munie d’une anse, laisse échapper de sa gueule un court tuyau[5]. Un autre, de même inspiration et de même provenance, est conservé au musée de Hambourg. Ces aquamaniles sont souvent considérés comme les héritiers des récipients zoomorphes issus des ateliers proche-orientaux et andalous.

NOTE

[1] Le Caire, Musée d’Art islamique, inv. 43505.

[2] Par exemple à Amman, dans une niche aveugle du Dâr al-Amara.

[3] Cordoue, Museo arqueologico, inv. 500.

[4] Les uns et les autres sont déposés au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et au Museum für islamische Kunst de Berlin.

[5] The Cloisters, The Metropolitan Museum of Art, New York.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bernus-Taylor, M., L’art en terres d’islam, Paris, 1988, p.160, fig. 168.

Gomez-Moreno, M-E., Ars Hispaniae III, Madrid, 1951, fig. 396, p. 331, 336.

Migeon, G., «L’Exposition des arts musulmans au musée des Arts décoratifs », in Les Arts, 1903, fig. p. 13.

Kuhnel, E., Maurische Kunst, Berlin, 1924, fig. 121.

Scerrato, U., Mettali Islamici, Milan, 1967, Flle. Fabbri, p. 83.

Arabesques et Jardins de Paradis, cat. exp., Paris, 1989, RMN.

Arts de l’Islam des origines à 1700, dans les collections publiques françaises, cat. exp., Paris, 1971, n° 146, p. 102.

L’islam dans les collections nationales, cat. exp., Paris, 1977.



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