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Pyxide au nom d’Ismâ ‘îl

  • Titre / dénomination : Pyxide au nom d’Ismâ ‘îl
  • Lieu de production : Cuenca, Espagne musulmane
  • Date / période : Avant 1032
  • Matériaux et techniques : Ivoire sculpté en taille douce et argent niellé pour le fermoir
  • Dimensions : H. 10 cm ; D. 7,2 cm
  • Ville de conservation : Narbonne
  • Lieu de conservation : Trésor de la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur
  • Numéro d'inventaire : CI.MH 13.06,1906
  • Inscription :

    À la base du couvercle, en kufique : « Bénédiction de Dieu, fait dans la ville de Cuenca pour le trésor du hâjib, caïd des caïds Ismâ’îl ».

Sur le corps cylindrique et le couvercle bombé se déploie un réseau végétal. Feuilles en palmette, demi-feuilles et tiges forment une sorte de dentelle.

À l’époque où cette pyxide a été réalisée, le royaume d’al-Andalus a probablement perdu son calife et ses frontières. Il se divise en une douzaine de petits états dirigés par les Reyes de Taïfas, des chefs de factions devenus roitelets. Ismâ’îl, le dédicataire de la pyxide, est un Berbère qui s’est emparé d’un territoire comprenant Tolède, Cuenca et Valence. N’osant se proclamer émir ou sultan, il se contente du titre de qâ’îd al-quwwâd, « chef suprême », comme l’atteste l’inscription de la pyxide. Toutefois, le recours à l’ivoire sculpté est une référence à l’art princier des Omeyyades d’Espagne et le « hâjib » de la dédicace rappelle une dignité illustrée par al-Mansûr, quand il y avait à Cordoue un palais, un calife et un ministre.

L’exécution très soignée caractérise la production initiale des ateliers de Cuenca, lesquels reprennent le style majestueux des ivoires de Madinat al-Zahra. Entre temps, nous ne savons pas si ces ateliers s’installèrent à Madinat al-Zahira - le palais d’al-Mansûr et de ses fils - ni à quelle date ils émigrèrent à Cuenca. Il est probable qu’ils furent aux mains d’une même famille puisque la plus ancienne pièce que nous connaissions, datée de 1026, le coffret de Saint-Domingue de Silos[1], porte la signature de Muhammad ibn Zayyân et que la plus récente, le coffret de Palencia, daté de 1050 et dédicacé au roi de Tolède al-Ma’mûn, est signée par un autre ibn Zayyân : ‘Abd al-Rahmân[2]. C’est probablement le premier qui a réalisé la pyxide de Narbonne, comme le laisse supposer l’élégance du feuillage et de l’inscription, tous deux indemnes de sclérose. Les ivoires de Cuenca souffriront bientôt en effet d’un manque d’invention qui les éloignera de leurs modèles cordouans.

Ces boîtes étaient très recherchées en Occident latin. Elles pouvaient être associées à la liturgie et servir de custodes (boîtes où l’on garde les hosties), ou de reliquaires, à une époque où le culte des saints occupait une place centrale. Leur caractère précieux,  leurs inscriptions énigmatiques les y prédisposaient. Nombreux sont les coffrets et les pyxides d’al-Andalus auxquels des noms d’édifices chrétiens restent attachés : pyxide de la cathédrale de Zamora, de la cathédrale de Braga (Portugal), coffrets de l’église de Fitero (Navarre), de la cathédrale de Palencia, des monastères de Leyre et de Silos. Ce dernier comporte une plaque émaillée montrant saint Domingue de Silos entre deux anges, de sorte que l’art musulman fait brusquement place à l’art roman et que les inscriptions en arabe et en latin se juxtaposent…

Un moine de San Pedro de Arlanza fait mention dans sa chronique du riche butin en coffrets d’ivoire pris sous la tente d’al-Mansûr, à la bataille de Medinacelli (1002). Ils furent offerts au monastère de San Pedro et exposés dans la chapelle, sur une poutre placée au-dessus de l’autel, pour être « christianisés ». Vraie ou fausse, car le texte est tardif (1260), l’anecdote fait mesurer à quel point ces objets étaient estimés. Il en était de même en France, où les cathédrales de Bayeux, de Sens et de Narbonne détenaient des reliquaires en ivoire d’origine musulmane et qu’une armoire à reliques, placée derrière le maître-autel, offrait à la dévotion des fidèles.

NOTE

[1] Burgos, musée archéologique.

[2] Musée archéologique de Madrid.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bernus-Taylor, M., « L’art d’al-Andalus , du VIIIe siècle à 1086 », in Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, Institut du monde arabe, Hazan, 2000, p. 70-71.

Ferrandis, J., Marfiles Arabes de Occidente, Madrid, 1935, n° 30, p.98, pl. LX.

Gomez Moreno, M.-E., Los marfiles cordobeses, p. 9.

Makariou, M., « La pyxide du trésor de la cathédrale de Narbonne : éléments pour une réévaluation historiques », in Cahiers archéologiques, n° 47, 1999, p. 127-137.

Martinez-Gros, G., Makariou, S., « Art et politique en al-Andalus », in Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, Institut du monde arabe, Hazan, 2000.

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, Institut du monde arabe/Hazan, 2000, n° 162, p. 149.

Les Trésors des Eglises de France, (cat. exp., Paris, musée des Arts Décoratifs), Paris, 1965, p. 333, pl. 29.



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