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Saint Suaire de Cadouin

  • Titre / dénomination : Saint Suaire de Cadouin
  • Lieu de production : Egypte (Damiette, Tinnis, Dabîq ?)
  • Date / période : Période fatimide, règne d'al-Mustalî (1094 -1101)
  • Matériaux et techniques : Lin et soie ; armure-toile en lin avec insertion de bandes de tapisseries en soies polychromes
  • Dimensions : l.135 ; L. 295 cm
  • Lieu de conservation : musée de l'Abbaye de Cadouin
  • Numéro d'inventaire : sn
  • Mention obligatoire, acquisition, don, legs, dépôt : Trésor, puis musée de l'abbaye de Cadouin, (Dordogne), France. Conservé en réserve depuis la fermeture du musée en 2005

L’étoffe est décorée à chaque extrémité de deux bandes de tapisserie. La première enchaîne des disques à fond vert enfermant un cartouche vermillon meublé d’un fleuron. Dans les intervalles de cette suite se logent des palmettes jaunes. La seconde est composée de trois registres tangents : celui du milieu reprend le décor de la première bande. Les deux autres, à fond noir, font apparaître une ligne d’écriture blanche dont les hampes définissent des intervalles réguliers. Chacun de ces compartiments donne naissance à une tige inclinée, terminée par un bouton rouge et blanc.

Ce tissu, conservé dans l’abbaye de Cadouin, en Dordogne, fut longtemps considéré comme « le Saint-Suaire » : le linge qui aurait recouvert le visage de Jésus - ou  enveloppé son corps – lors de la mise au tombeau. C’est ce linge que l’apôtre Pierre, en entrant dans le sépulcre, au matin de la Résurrection, vit « roulé à part dans un coin » et posé à l’écart des bandelettes, elles-mêmes laissées à terre (Jean, XX,7). D’après la tradition des moines de Cadouin et  d’après la Chronique d’Albéric de Trois-Fontaines, rédigée vers le milieu du XIIIe siècle, la relique  était entrée en possession d’Adhémar de Monteil, évêque du Puy qui l’aurait obtenue à la prise d’Antioche, lors de la première croisade  (1095-1099). Sa  première mention paraît en 1214. L’étoffe, qui passait pour guérir, fut au Moyen Age l’objet d’une grande vénération. Protégée par un reliquaire, parfois cachée et déplacée pour être soustraite aux convoitises, elle attira vers l’abbaye les milliers de pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle.

Au début du XXe siècle, des doutes furent émis sur son authenticité. En 1934, à la demande du vicaire général de Périgueux, le directeur du musée arabe du Caire, Gaston Wiet, vint à Cadouin examiner le tissu. Il reconnut un tirâz de l’époque fatimide (un tissu produit dans les ateliers du calife et portant une ligne d’écriture), et déchiffra les inscriptions arabes qui y figuraient. Ces inscriptions livrent les noms du calife al-Musta’lî (r. 1094-1101) et du vizir al-Afdal[1] qui fut ministre de trois souverains fatimides. Le style décoratif de la pièce, avec ses bandes ornementales serrées, chargées de menus éléments, sa calligraphie en coufique rigide, est d’ailleurs caractéristique de cette période qui s’étend de la fin du XIe siècle au début du siècle suivant. La technique de tissage, qui consiste à insérer dans une toile en lin une tapisserie décorative - réalisée ici par des trames en soie - est une invention des Coptes d’Egypte. Apparue à la fin du IIIe siècle, cette technique se maintient jusqu’à la chute des Fatimides (1171). On la retrouve dans certaines étoffes du califat de Cordoue, par exemple, dans le voile d’Hisham II[2], probablement par suite d’une émigration de tisserands coptes.

La participation des textiles musulmans dans le culte des reliques en Occident médiéval est un phénomène important[3]. Leur provenance lointaine, l’étrangeté de leurs inscriptions et de leurs motifs, leur donnaient un caractère d’authenticité qui n’était pas remis en question. Comme « le voile de Saint-Anne » conservé à Apt, le suaire de Cadouin est lié, par tradition à la prise d’Antioche (1098). C’est grâce à la vénération dont ils étaient entourés que l’un et l’autre sont actuellement les seuls tissus fatimides qui soient intégralement conservés. Toutefois, l’évêque de Périgueux, Monseigneur Louis, ayant eu connaissance de l’expertise, se résolut à supprimer le pèlerinage, dès 1934.

La pièce, exposée dans le musée du cloître, fut restaurée en 1988, puis mis en réserve en 2005 pour des raisons de conservation[4].

NOTE

[1] Ligne A : « (Au nom de Dieu) le Clément, le Miséricordieux. Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah, l’Unique, qui n’a pas d’associé. Muhammad est l’Envoyé de Dieu. ‘Alî est l’ami de Dieu. Que Dieu les bénisse tous deux ainsi que les gens de leur Maison, les imâms purs,(…)

Ligne B : « (…) l’imâm al-Musta’li billah, Prince des Croyants, que les bénédictions de Dieu soient sur lui et sur ses ancêtres purs, ses honorables descendants, épée de l’Islam, défenseur de (l’imam) , garant des juges des musulmans, guide des missionnaires des Croyants Abû-l-Qasim Shahanshâh al-Musta’lî. Que Dieu fortifie par lui la religion. »

Ligne C : «  (Au nom de Dieu), le Clément, le Miséricordieux. Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah, l’Unique, qui n’a pas d’associé. Muhammad est l’Envoyé de Dieu. ‘Alî est l’Ami de Dieu. Que Dieu les bénisse tous deux ainsi que les gens de leur Maison, les imâms purs (…) l’imâm Ahmad Abû l-Qasim al-Musta’li billah, Prince des Croyant, que les bénédictions de Dieu soient sur lui et sur ses ancêtres purs, ses honorables descendants. »

Ligne D : «  (…ce qu’a ordonné) de faire le seigneur très illustre al-Afdal, l’émir des  armée (…) al-Musta’lî (…), l’épée de l’Islam, le défenseur de l’imâm, garant des juges des musulmans, guide des missionnaires des Croyants Abû-l-Qasim Shâhanshâh al-Musta’lî (…) Que Dieu fortifie par lui la religion ».

[2] Le voile (almaizar) d’Hisham II est conservé à Madrid, à la Real Academie de la Historia.

[3] A Assise,  un voile fatimide en soie, du XIIe siècle, avait été déposé dans la châsse de Saint-André réalisée en 1288. Une autre étoffe fatimide, inscrite au nom du calife al-Hâkim, jadis conservée dans les trésors de Saint-Denis et de Notre-Dame de Paris, aurait été rapportée de Palestine par Saint-Louis (r. 1226-1270). Le « suaire » de Cadouin, comme le voile de Saint-Anne d’Apt, ou la ceinture de la Vierge, conservée dans l’église de Loches, ou encore la « robe de la Vierge » (IXe siècle, Byzance ou Proche-Orient), conservée dans la cathédrale de Chartres, ont été l’objet d’un culte, puisqu’ils étaient eux-mêmes des reliques.

[4] Un fac-similé devrait remplacer l’original dans une nouvelle présentation des collections.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Procès-verbal de Mgr l’illustrissime et révérendissime évêque de Sarlat, pour la vérification authentique du très S.ct précieux Suaire de N S JC : transporté de l’Orient en France dans l’Abbaye de C de l’ordre de Cisteaux, diocèse dudit Sarlat et des choses mémorables qui se sont passées au sujet diceluy es sicles passez, Paris, J. Bessin, s.d. [1644]

Eglise catholique, diocèse de Périgueux, Lettre pastorale…sur le Saint Suaire vénéré dans l’église de Cadouin, à l’occasion de la fête prochaine de sa translation, Périgueux, impr de J. Bounet, 1866

Abbé Alcide C., Histoire du saint Suaire de Cadouin, Périgueux, A. Boucharie, 1868

Francez S.J., Un pseudo-linceul du Christ, Paris, Desclée de Brouwer et Cie, 1935

Wiet G., « Un nouveau tissu fatimide », Orientalia, vol V, Fasc 3-4, 1936

Maubourguet J., « Le suaire de Cadouin », Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, T LXIII, 1936 p 348 à 363

Cornu G., « Le « Suaire » de Cadouin. Un tiraz fatimide » Archéologie islamique, 8-9, p. 29-36.          

Barrucand M., L’Egypte Fatimide, son art et son histoire, Paris, 1999, cf. article de Georgette Cornu : « Les tissus d’apparat fatimides », p. 332-337    

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Catalogue

Trésors fatimides du Caire, Institut du monde arabe, Paris, 1998  
« Egypte, la Trame de l’Histoire, textiles pharaoniques, coptes et islamiques », Paris 2002,  cf. notice de Maximilien Durand, n° 182, p. 219

Lombard M., Les textiles dans le monde musulman, VIIe-XIIe siècle, Paris, 1978, pp. 170-171

Nous remercions Madame Barbara Sibille, attaché de conservation du patrimoine,  de nous avoir communiqué ces dernières informations et d’avoir bien voulu compléter la bibliographie.



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