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Voile de Sainte Anne

  • Titre / dénomination : Voile de Sainte Anne
  • Lieu de production : Egypte fatimide, tirâz de Damiette
  • Date / période :

    1096 – 1097  

  • Matériaux et techniques : Lin, soie et or ; armure-toile en lin avec insertion de trois bandes de tapisseries en soies polychromes et fils d’or.
  • Dimensions : 310 x 152 cm
  • Lieu de conservation : Trésor de la cathédrale d’Apt, Provence (France)
  • Inscription :

    Dans le grand rondeau du bandeau central : ‘Alî walî Allâh sallâ Allâh ‘alîhi. Al-îmâm Abû al-qâsim al-Musta'lî billâh, amîr al-mû’minîn salawât Allâh ‘alîhi wa ‘alâ âbâ'ihi at-tâhirîn wa abnâ’ihi al-akramîn…«‘Alî est l’ami de Dieu ; que Dieu lui accorde sa bénédiction. l’Imâm Abu-l-Qâsim al-Musta’lî billah , émir des Croyants, que les bénédictions de Dieu soient sur lui, sur ces ancêtres purs et ses très honorables descendants.»

    Les rondeaux inférieurs font apparaître un autre nom célèbre, celui du ministre al-Afdal : al-sayyd al-adjall al-Afdal sayf al-imâm : « le seigneur très illustre al-Afdal, le glaive de l’imâm… »

Ce grand  tissu rectangulaire, longtemps présenté comme « le voile de sainte Anne », est une fine toile de lin décorée de quelques bandes de tapisserie, en soie et fils d’or, insérées au milieu de la pièce et aux extrémités. La bande centrale, ornée d’anneaux entrelacés, est scandée de trois rondeaux placés à différentes hauteurs ; le plus grand, au sommet, est incomplet. Il donnait naissance à deux tiges horizontales à terminaison bifide et renfermait un sujet animé. Les deux autres sont meublés de deux chimères adossées. Des inscriptions en soie rouge cernent le pourtour des rondeaux. Aux extrémités de la pièce, les bandes sont distribuées en trois registres séparés, un large registre médian et deux registres plus minces. Sur le registre médian s’enchaîne une succession de médaillons, tantôt circulaires et renfermant un quadrupède, tantôt polygonaux et renfermant deux oiseaux adossés. Des inscriptions bleues sur fond or bordent cette frise.

On ne sait pas dans quelles circonstances le tissu est parvenu à Apt. Son arrivée en Provence paraît liée à la première croisade (1095-1099), à laquelle participèrent le seigneur d’Apt Raimbaud de Simiane, Guillaume de Sabran et Isoard, évêque de la ville. Une Histoire du diocèse d’Apt le mentionne en 1714 : il fait partie des reliques de sainte Anne dont le culte s’était développé en France au XIIe siècle. En 1851, l’orientaliste Etienne Marc Quatremère déchiffra les inscriptions qui y figuraient et qui sont en arabe coufique, à hampes droites et hautes. Georges Marçais et Gaston Wiet achevèrent l’identification en 1934. Il s’agit d’un manteau arabe (‘abâ), tissé en Egypte fatimide. Les inscriptions livrèrent les noms du calife  al-Must’alî (r. 1094-1101), du ministre al-Afdal, le nom de l’atelier royal de Damiette (atelier de tirâz), et la date de fabrication : 1096/1097[1].

La facture est égyptienne : le fil de chaîne est filé en torsion S, c’est à dire que la torsion du fil monte vers la gauche. L’inclusion d’une tapisserie décorative dans une toile de lin perpétue un procédé que les Coptes d’Egypte utilisaient déjà à l’époque byzantine, quand la laine colorée n’avait pas encore cédé la place à la soie. Damiette avait la spécialité d’un tissu fin qu’on appelait qasab ou muqassab, car c’était en roseau (qasab), qu’était faite la petite broche où s’enroulait le fil d’or destiné à la tapisserie. Des ateliers du Delta, à main d’œuvre copte, sortaient chaque année une imposante quantité d’étoffes. Elles étaient réservées à l’usage du calife quand elles portaient, à l’intérieur d’un bandeau, son nom, ses titres, ses louanges, la mention de l’atelier privé du souverain (tirâz al-khâssâ). Elles étaient vendues au profit du Trésor quand elles sortaient des ateliers publics (tirâz al-‘âmma).

Ce vêtement peut se ranger parmi les robe d’honneur (khil’a), que le calife remettait à ses favoris. Ses motifs appartiennent au répertoire des cours : chimères couronnées, arbre de vie persan (hom), oiseaux buvant à une coupe, feuilles en palmette. Tout ce répertoire s’inspire des anciennes soieries sassanides dont les thèmes, très appréciés sous les Abbassides et les Fatimides, s’étaient diffusés en Méditerranée.

Comme le suaire de Cadouin, lui aussi arrivé en France à l’occasion de la première croisade, semble- t-il, le tissu de Damiette était vénéré comme une relique. Dans la cathédrale d’Apt, il était roulé en boule dans un flacon en verre (comme on eût fait pour exposer un ossement), et on le sortait lors des fêtes de sainte Anne. Il témoigne de l’étroite association des textiles proche-orientaux du Moyen Age au culte chrétien.

NOTE

[1] Malgré l’usure, on peut déchiffrer dans le bandeau médian des extrémités : mimâ ‘amal fî tirâz al-khâssa bi damiyât fî sana tis'a… « ce qui a été fait dans le tirâz réservé de Damiette, en l’an neuf…».



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