Qantara Qantara

Église de la Sainte-Croix d’Aghtamar

  • Nom : Église de la Sainte-Croix d’Aghtamar
  • Lieu : Aghtamar, Turquie
  • Date/période de construction :

    915-921 ; années 1800 (clocher de la façade sud)  

  • Matériaux de construction : Double parement de tuf volcanique rose autour d’un noyau de mortier et de pierres ; brique (superstructure)
  • Décor architectural : décor sculpté à l’extérieur, peint à l’intérieur.
  • Auteur : Architecte : Manüel
  • Dimensions : H. 28 m ; L. 17,5 m ; l. 13 m

Construite sur un îlot du lac de Van, l’église d’Aghtamar appartenait au complexe palatial de Gagik 1er, roi arménien vassal du calife abbasside au début du Xe siècle. Le plan centré de tradition byzantine fut souvent adopté pour les églises arméniennes.  Tous les espaces sont voûtés contrairement aux édifices chrétiens d’Orient qui, à l’époque, utilisaient surtout la charpente. Á la coupole intérieure correspond une toiture conique posée sur un tambour polygonal, un principe repris dans l’architecture seljukide du XIIIe siècle. Les fresques intérieures dépeignent des scènes de la vie de la Vierge et du Christ et un cycle consacré à la Genèse. Les figures hiératiques évoquent l’art byzantin, mais certains drapés et traits du visage rappellent les peintures abbassides de Samarra (Irak). L’extérieur du bâtiment est orné de nombreux reliefs attestant d’une communauté de thèmes avec les arts islamiques.

Construite sur un îlot du lac de Van, la petite église de la Sainte-Croix d’Aghtamar appartenait au complexe palatial de Gagik 1er, roi arménien du Vaspurakan (Arménie occidentale), vassal du calife abbasside[1] au début du Xe siècle. Elle était directement reliée au palais par une galerie au sud, comme l’était à la même époque le palais des Doges à l’embryon de la cathédrale Saint-Marc de Venise. 

Le matériau de construction est caractéristique de la région. Cet appareil, adopté dès le VIe siècle, offre une bonne résistance aux tremblements de terre ; il sera aussi utilisé pour des bâtiments seljukides au XIIIe siècle[2].

Le plan est organisé autour d’un espace central complété par quatre absides en cul-de-four et quatre niches d’angle. Deux étroites chapelles enrichissent l’abside est. Le plan centré, à rapprocher de la tradition byzantine, fut souvent adopté pour les églises arméniennes, comme à l’église de Soradir (IXe s.), panthéon de la famille de Gagik. 

Tous les espaces sont voûtés contrairement aux édifices chrétiens d’Orient qui, à l’époque, utilisaient encore largement la charpente. Á la coupole intérieure correspond une toiture conique posée sur un tambour polygonal à seize côtés, un principe qui sera repris dans  l’architecture seljukide du XIIIe siècle[3].

Les fresques intérieures dépeignent des scènes de la vie de la Vierge et du Christ et un cycle consacré à la Genèse. Les figures hiératiques évoquent l’art byzantin, mais certains drapés et traits du visage rappellent les peintures abbassides de Samarra[4] (Irak).

L’extérieur du bâtiment est orné de nombreux reliefs[5]. Quatre frises réparties à différentes hauteurs attestent d’une communauté de thèmes avec les arts islamiques. Sur la première à partir du bas se déroule le motif antique de la palmette, que l’on retrouve abondamment dans le décor en stuc de Samarra. Quant à la seconde, elle porte des enroulements de pampres de vignes meublés d’animaux et de personnages relevant du thème des plaisirs princiers. Cette iconographie héritée de l’Iran sassanide est très répandue dans les arts de l’Islam depuis l’époque omeyyade[6]. Le même héritage se retrouve dans les deux frises supérieures (sous la corniche et sous la toiture), meublées d’animaux courants[7].

La majeure partie du décor figuré est localisée entre les deux frises inférieures. Des scènes bibliques alternent avec des représentations de saints en pied et en médaillon, des figures animalières et des motifs de croix. L’ensemble est traité en méplat, et contraste avec des protomés animaliers surgissant du mur. Le méplat préfigure le décor des murailles de Konya, capitale seljukide au XIIIe siècle, ou encore de Diyarbakir. L’association du méplat à la présence de motifs en très fort relief trouve un écho dans les décors sculptés d’Anatolie seljukide.[8]. L’épisode de Jonas[9] est aussi manifeste de l’influence islamique, tant par l’attitude du prince de Ninive que par la figuration du monstre marin. Cette créature fantastique, un senmurv, apparaît dans l’art sassanide, sur les textiles[10], l’argenterie ou encore le stuc. Le motif est connu en Italie du Sud[11] au VIe siècle ; il perdurera en Iran islamique[12]. Quant à la plante sous laquelle Jonas se repose, elle est comparable aux végétaux de la peinture arabe des XIIe-XIIIe siècles[13]. L’histoire de Jonas apparaît dans l’art de la miniature islamique au XIVe siècle[14]. D’autres motifs relèvent du fond chrétien arménien : des croix pattées[15], les petits arcs soulignant les ouvertures, et la frise à arcature-dentelure de la base du tambour.

NOTE

[1] Son autorité fut reconnue par le calife qui lui remit son titre royal en 908.

[2] Ulu Kümbeti Eski d’Ahlat, Anatolie, au bord du lac de Van.

[3] Voir note n°2.

[4] Peinture murale figurant des danseuses, Palais du Jawsaq, Samarra, Irak, IXe siècle.

[5] Leur opulence est assez notable pour un décor réalisé un siècle après la fin de la crise iconoclaste. Les conciles de 730 et 815 interdirent le culte des images. La crise prend définitivement fin en 843 sous l’impulsion de Théodora, veuve de l’empereur Théophile.

[6] Pyxide en ivoire, Espagne, Cordoue, 2de 1/2 du Xe s., Paris, musée du Louvre, inv. AO2774.

[7] Frise aux animaux courants, Égypte, VIIIe-IXe s., pin, Paris, musée du Louvre, AA165.

[8] Portails nord et ouest de la mosquée-hôpital de Divrigi (1228-1229), Turquie.

[9] Façade ouest.

[10] Tissu au senmurv, Iran, VIe-VIIe s., samit de soie façonné, Paris, musée des Arts Décoratifs, inv. 16364.

[11] Mosaïque de l’ambon de la cathédrale de Ravello, Italie, VIe siècle.

[12] Plaquette aux animaux fantastiques, Iran, VIIe-IXe s., bronze moulé, Paris, musée du Louvre, inv. OA 6676.

[13] « La fabrication du plomb », De Materia Medica, Dioscoride, Mésopotamie ( ?), 1224, Paris, musée du Louvre, inv. K 3425.

[14] Histoire universelle, par Rachîd al-Dîn, Iran, Tabriz, 1306, Édimbourg, University Library, Ms 20, fol.23v.

[15] Elles sont localisées sur la façade ouest, à la retombée des arcs courts coiffant les ouvertures.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Der-Nersessian, S., Varamian, H., Documenti di Architettura Armena - Aght’amar, Milan, Grafiche Editoriali Ambrosiane, 1974.

Donabédian, P., Thierry, J.M., Civilisation et Arts arméniens, Citadelles & Mazenod, 1987, p. 130-136, p. 378-385, p. 475-477.

Grandsart, H., « Aghtamar, la miraculée », in Connaissance des Arts, n°646, février 2006, p. 112-117.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Cassanelli, R., La Méditerranée des Croisades, Paris, Citadelles & Mazenod, 2000, p. 174-194.

Neyret, C., L’art paléochrétien. L’art byzantin, Paris, École du Louvre/Desclée de Brouwer, 1973, p. 45-66.

Konya et le règne des Seldjoukides, (cat. exp., Amiens, musée de Picardie, 1999), Amiens, Éditions du musée de Picardie, 1999, p. 9-20.

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2000), Paris, RMN, 2000, p. 117-119.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT