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Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier

  • Titre / dénomination : Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier
  • Lieu de production : Istanbul, Turquie
  • Date / période : 6 avril 1536
  • Matériaux et techniques : Papier collé sur toile ; encre noire avec traces de poudre d’or, peinture dorée
  • Dimensions : L. 2,04 m ; l. 35,5 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque nationale de France
  • Numéro d'inventaire : Ms. or. Suppl. turc 822

Ce document, rédigé sur un long rouleau de papier entoilé, fait partie du groupe de lettres adressées par le sultan Soliman au roi de France François Ier entre 1525 et 1543. Le sultan entretenait aussi une correspondance avec différents éminents interlocuteurs européens, reflet du rôle de l’empire ottoman dans le Bassin méditerranéen au XVIe siècle. Dans le cadre de ces échanges diplomatiques, les drogmani (interprètes) jouaient un rôle de premier plan[1]. Avec la France, les sujets de discussion furent variés : alliance commune contre Charles Quint, privilèges commerciaux, conquêtes militaires, modalités des relations diplomatiques à travers les ambassadeurs.

L’année de rédaction de cette lettre, 1536, correspond à la période où la première Capitulation a été conclue entre le vizir Ibrâhîm Pasha et l’ambassadeur français Jean de la Forêt. Les Français furent les premiers à bénéficier de ces accords commerciaux fixant les modalités d’établissement des ressortissants étrangers dans l’empire ottoman[2].

La lettre débute par une formule d’invocation et l’énoncé de la titulature du sultan (quatre lignes dorées en thuluth). Suit le contenu même, en écriture dîwânî noire. Le bilan de la campagne victorieuse d’Irak contre les Safavides est rapporté au roi de France. S’ensuit une partie consacrée à la réception de l’ambassadeur Jean de la Forêt par le diwân et à l’installation d’un ambassadeur permanent à Istanbul. Le monogramme impérial (tughra) enluminé en bleu et doré est apposé entre les deux parties du texte. Le nom du sultan rédigé en gros caractères naskhî vient occuper un large espace au-dessus des deux dernières lignes du texte.

L’administration, de plus en plus organisée sous le règne de Soliman[3], assiste le pouvoir central incarné par le sultan et le diwân, conseil suprême de l’État dirigé par le Grand Vizir. Une importante bureaucratie est au service de la chancellerie et la rédaction des documents officiels était confiée à des secrétaires oeuvrant par spécialité. Les lettres sont toujours rédigées selon le même plan : invocation, titulature, contenu.

Les styles thuluth et naskhî appartiennent aux six styles de calligraphie (Aklâm-i sitta) apparus après la réforme mise en œuvre à l’époque abbasside, abondamment utilisés dans la calligraphie ottomane notamment dans les corans. L’écriture dîwânî, avec ses lettres serrées pour éviter les contrefaçons, est particulièrement utilisée pour les documents officiels.

L’élément le plus frappant de ce document est la tughra, qui ressort spectaculairement de la feuille. Elle comporte les lettres principales du nom du sultan, son titre, la kunya (« père de ») et la formule « toujours victorieux ». Elle est réalisée par un secrétaire spécialisé (tugrakes), d’après un dessin du nisanci, un membre titulaire du diwân. L’enluminure y apparaît dès le XVIe siècle pour les documents importants. Ici, le sere[4] bleu et or est décoré d’enroulements végétaux dorés ornés de petits motifs foliés et fleuris complétés par un semis de motifs en « s » évoquant des nuages tchi. On reconnaît le répertoire utilisé dans les ateliers ottomans dès le second quart du XVIe siècle, et qui apparaît abondamment sur la céramique d’Iznik. Le style « tughra » désigne d’ailleurs une série de pièces ornées de motifs concentriques bleus agrémentés de feuilles et de fleurs[5]. Quant aux nuages tchi d’origine chinoise, abondamment représentés dans l’art timuride au XVe siècle[6], ils sont présents sur divers supports des arts décoratifs ottomans : céramique de la première moitié du XVIe siècle[7], textiles[8], reliures[9],...

Plusieurs lettres ottomanes sont conservées dans les collections des pays qui entretinrent au XVIe siècle des rapports diplomatiques avec l’Empire.

NOTE

[1] Des courriers royaux leur étaient parfois directement adressés : Lettre de François 1er au grand drogman « Janus Bei », Compiègne, 28 décembre 1546, Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms. Occid. N.a.f. 7974, f. 1-2.

[2] Ces accords furent ratifiés en 1569 sous le règne de Sélim II (r. 1566-1574). Des capitulations furent accordées à d’autres nations européennes : en 1540 à Venise, à la fin du XVIe à l’Angleterre, en 1612 à la Hollande.

[3] Il était appelé par les Turcs non pas « Le Magnifique » comme en Occident, mais « Le Législateur » (Qanûni).

[4] Le sere désigne le groupe de lettres formant le nom. Il est complété par les beyze (larges boucles à gauche du nom), les tug (hampes allongées), et les kol (terminaison des beyze). 

[5] Tondino, Turquie, Iznik, 1530-1540, céramique siliceuse à décor peint sur engobe siliceux et sous glaçure plombifère, Lyon, Musée des Beaux-Arts, inv. D 167.

[6] Shâhnâmeh de Sultan Ibrahim, paysage avec animaux sur fond d’or et d’argent, folio 3a, Iran, Chiraz, vers 1435, Oxford, Bodleian Library, Ouseley, Add.176.

[7] Lampe de mosquée, Turquie, Iznik, v. 1512, Istanbul, Musée du Cinili Kiosk, inv. 41/2.

[8] Panneau à décor de mandorles et de nuages chinois, soie et filé or, Turquie, XVIes., Paris,  Musée des Arts décoratifs, inv. 13765.

[9] Reliure de Coran, Turquie, v. 1530-1540, Istanbul, Bibliothèque du Topkapi Sarayi Müzesi, inv. EH 77.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Soliman le magnifique, (cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1990), Paris, RMN, 1990, p. 45, n° 24.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bittar,T., Soliman. L’empire magnifique, Paris, Gallimard Découvertes, 1994, p. 36-37.

Nadir, H.A. (dir.), Imperial ottoman Fermans, (cat. exp., Istanbul, Türk ve Islam Eserleri Müzesi, 1986), Istanbul, Ministère de la culture et du tourisme, 1986, p. 7-21.

Viré, F., «Khatt», in : Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, vol. IV, Leyde, Paris, E.J. Brill, Maisonneuve & Larose, 1978, p. 1156.

Calligraphies ottomanes, Collection du musée Sakip Sabanci, Université Sabanci, Istanbul, (cat. exp., Paris, musée du Louvre, 2000), Paris, RMN, 2000, p. 15-22, p. 37-38.



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