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Madrasa Karatay

  • Nom : Madrasa Karatay
  • Lieu : Konya, Turquie
  • Date/période de construction : 1251-1252
  • Matériaux de construction : Pierre
  • Décor architectural : Pierre sculpté, marbres polychromes, briques non glacées, mosaïque et carreaux de céramique
  • Destinataire/mandataire : Djalâl al-Dîn Karatay ibn Abdullah, vizir du sultan Ala ‘al-Dîn Key Kavûs II
  • Auteur : Architecte : Muhammad ibn Hawlân ‘al-Dimiski
  • Dimensions : L : 31,5 m ; l : 26,5 m
  • Inscriptions :

    Base de la coupole, sourate du Trône (Cor. S2, V.255) :

    « Ni l’assoupissement ni le sommeil n’ont de prise sur lui ! Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre lui appartient ! Qui intercédera auprès de lui, sans sa permission ? Il sait ce qui se trouve devant les hommes et derrière eux, alors que ceux-ci, n’embrassent, de sa science, que ce qu’il veut. Son trône s’étend sur les cieux et sur la terre : leur maintien dans l’existence ne lui est pas une charge. Il est le Très-Haut, l’Inaccessible. »

    Portail, bandeau au-dessus de la porte : « Cette construction a été ordonnée, durant les jours de l’empire du sultan auguste, l’ombre de Dieu dans le monde, ‘Ala al-Dîn Key Kavûs, fils de Key Khrosrow, fils de Kilidj Arslan, fils de Masûd, fils de Kilidj Arslan, par Karatây, fils de ‘Abd Allah, dans les mois de l’année 649 (1251), que Dieu pardonne à celui qui l’a construite ».

La madrasa appartient au groupe des 24 collèges d’enseignement érigés à Konya, capitale des Seljuqides de Rum au XIIIe siècle. Elle accueille depuis 1955 un musée de céramique.

Dédiée à l’enseignement de l’astronomie, c’est Djalal al-Dîn Rûmî, célèbre sufi originaire de Tus (Iran) accueilli à Konya avec sa famille par le sultan lors de la conquête mongole, qui fit le discours inaugural de l’édifice en 1251.

Sur la façade est, un portail quadrangulaire encadre l’entrée, inscrite dans une niche à muqarnas tronquée soutenue par deux colonnes torsadées. En haut, un entrelac de bandes et de motifs polylobés en marbre gris et blanc dessinant des nœuds dans les écoinçons est ponctué de trois cabochons sphériques en haut-relief et ajourés. La porte est surmontée d’un arc plat en marbre gris et blanc. Des panneaux de motifs évoquant des svastika, réalisés aussi en marqueterie de pierre, ornent le bas des jambages. Le décor est complété par deux bandes d’inscriptions et par un bandeau à motifs géométriques.

L’influence de l’architecture syrienne est forte : agencement sobre et raffiné de pierres colorées[1], portail à muqarnas[2]. La similitude du portail avec celui de la mosquée d’Ala al-din Keykûbad I (Konya, 1237), réalisée par un architecte d’origine damascène, est frappante.

L’intérieur est organisé autour de l’espace central matérialisé par la coupole à oculus soutenue par quatre pendentifs triangulés au-dessus d’un bassin quadrangulaire, comme à la madrasa Ince Minare (1260-1265), à la mosquée-maristan de Divrigi (1228-1229) et dans les khân contemporains. Les contraintes climatiques et l’adaptation de l’espace à la nature de l’enseignement ont probablement dicté ce choix. Les pendentifs triangulés trouvent leur origine dans l’architecture byzantine et annoncent les zones de transition de l’architecture ottomane[3].  Ce goût anatolien pour les espaces centrés et les coupoles est aussi à rapprocher de la tradition chrétienne, très présente dans la région.

A l’ouest se déploie un haut iwân, lieu d’enseignement. Cet iwân unique apparaît dans d’autres madrasa de Konya, par exemple à l’Ince Minare. Particulièrement adapté aux petites structures, on peut l’observer à la madrasa al-Firdaws d’Alep (Syrie, 1236-1240). Deux salles sous coupole, peut-être des lieux d’étude pour l’hiver, encadrent l’iwân. Celle à l’ouest, dans l’axe du portail, abrite le tombeau du fondateur, selon une habitude très courante en Anatolie seljuqide (mosquée-maristan à Divrigi, maristan de Keykavûs à Sivas). Les côtés nord et sud accueillaient les cellules destinées aux étudiants.

Les parties basses étaient, comme dans l’architecture civile contemporaine[4], décorées de carreaux hexagonaux vert foncé à décor peint à l’or aujourd’hui en grande partie effacé. 

La mosaïque de céramique, technique d’inspiration iranienne qui connut une adaptation spectaculaire en Anatolie, occupe les pendentifs, la voûte de l’iwân, la coupole, les tympans et encadrements des portes et des fenêtres et sans doute une partie des murs de la salle centrale. Des enroulements végétaux très fins, des motifs d’épigraphie et des réseaux géométriques souvent étoilés sont constitués de morceaux de céramique taillés en biseau et incrustés dans un mortier blanc, technique typiquement anatolienne.

La coupole est décorée comme une voûte céleste de grands soleils dans des coloris bleus et noirs caractéristiques de la période. À sa base se déroule une inscription coranique en kufique tressé ornementé de fleurons et d’entrelacs. Chaque pan des triangles des pendentifs est souligné par deux bandeaux de rinceaux végétaux encadrant un décor de motifs en graphie kufique géométrique en carreaux glacés bleus et noirs évoquant le nom de Muhammad et des quatre premiers califes.

La coupole de la salle funéraire est ornée de briques non glacées disposées en chevrons évoquant l’Iran seljuqide.

NOTE

[1] Voir par exemple la madrasa al-Firdâws, Alep, Syrie, 1235-1236.

[2] L’exemple le plus ancien conservé en Syrie d’un tel portail se situe au maristan de Nûr al-Din Zangi (Damas, 1156).

[3] Mosquée Verte, Turquie, Bursa, 1410-1421

[4] Palais de Kûbadabâd, rives du lac de Beysehir, env. 1220-1236.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Combe, E., Sauvaget, J., Wiet, G. (dir.), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, volume XI, Le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, 1941, pp.222-223.

Karatay madrasa, [en ligne]. Disponible sur <http://archnet.org/library/sites/one-site.jsp?site_id=7564>, (consulté le 08 avril 2008).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Massignon, L., «Tasawwuf», in Encyclopédie de l’Islam, ancienne édition, vol. IV, Leiden, E.J. Brill, 1934, pp.715-719.

Bausani, A., « Djalâl al-Dîn Rûmi », in Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, vol. II, Leiden, E.J. Brill, 1977, pp.404-408.

Konya et le règne des Seldjoukides, [Exposition, Amiens, Musée de Picardie, 24 décembre 1999 - 2 avril 2000], Musée de Picardie, Amiens, 1999, pp. 11-14, pp.36-37.



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