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Château de Gormaz

  • Nom : Château de Gormaz
  • Lieu : province de Soria
  • Date/période de construction : Xe siècle
  • Matériaux de construction : Pierres de taille, pierre, mortier
  • Dimensions : Murs d’enceinte : H. : 10 m ; ep. : 3 et 4 m ; 10 000 m²

Situé près de la ville de Gormaz, cette forteresse solitaire se découpe au sommet d’une falaise dominant une immense plaine, s’étendant immédiatement au nord du Duero. Son plan irrégulier a été entièrement dicté par la topographie. Le seul texte faisant allusion à un ouvrage défensif à Gormaz se trouve chez al-Maqqari qui donne la date de 354 H. / 965 ap. JC., année où les généraux Ghâlib ibn ‘Abd al-Rahmân et Yahyâ ibn Muhammad al-Tuyîbî ordonnèrent la reconstruction du château après sa démolition par les Chrétiens. Il est possible d’ailleurs que cette importante opération, qui eut lieu sous le règne d’al-Hakam II, soit celle qui est mentionnée d’une manière incomplète dans une inscription en kufique provenant de l’ermitage voisin de San Miguel et conservée dans la cathédrale de Burgo de Osma.

Cet établissement défensif placé sur la frontière naturelle constituée par la rivière du Duero faisait face aux royaumes chrétiens du Nord et contrôlait, grâce à sa position élevée, le vaste territoire qui s’étendait à la ronde. Le château est entouré d’une enceinte fortifiée, consolidée au niveau de la pente escarpée par dix blocs de flanquement à plan quadrangulaire, régulièrement espacés entre eux et légèrement inclinés pour mieux parer aux attaques. Ce mode de construction est typique des fortifications omeyyades. Le château fort polygonal adopte dans ses parties basses, les plus anciennes, un appareillage similaire à celui du mur d’enceinte. Il est pourvu de deux contreforts massifs.

La taille et l’appareillage des pierres répondent à deux systèmes : les pierres du mur nord sont grossièrement équarries, de même que celle de l’éperon oriental, très robuste, grâce au mélange d’un appareil moyen et de grandes pierres dans les angles ; la façade de l’éperon occidental est, elle, appareillé en carreaux et boutisses dans sa partie supérieure, appareillage similaire à celui de la Grande Mosquée de Cordoue et de Madinat al-Zahra ; mais ici, ce n’est pas tant la raison esthétique que la fonction défensive qui a été prise en considération.

Les seuls accès sont ceux d’une poterne ménagée dans le mur nord, dotée d’une arcade outrepassée ouvrant sur un corridor voûté, la seule à conserver son aspect intérieur et un portail monumental élevé sur une saillie rocheuse au Sud-ouest. Son arcade outrepassée construite sur des piédroits sans sculpture est de type califal, aux claveaux rayonnants soigneusement taillés, à extrados décentré, et s’inscrit dans un double et majestueux encadrement (alfiz). Seuls quelques rares ornements témoignent de son ancienne grandeur. Par sa puissante et sa sobriété, le château fort de Gormaz est, selon Torres Balbàs, la forteresse la plus importante de l’époque du califat de Cordoue qui ait subsisté.

Dans les derniers temps du califat omeyyade d’Espagne (1011), le château fut concédé au comte de Castille Sancho Garcia, en échange de l’appui militaire qu’il apportait aux prétendants du trône cordouan. A partir de 1059 il fut converti définitivement en forteresse chrétienne. En 1087, Alphonse VI  le remit au Cid[1]. Dans la seconde moitié du XIVe siècle, en raison de la guerre entre Pierre Ier de Castille et Pierre IV d’Aragon, le château de Gormaz prit une grande importance stratégique et fit l’objet de plusieurs transformations. Abandonné par la suite, il tomba graduellement en ruines. Un peu après 1922, on dégagea la partie orientale de son enceinte ; en 1935, on entreprit quelques ouvrages de consolidation et le nettoyage du site. Il a été récemment fouillé, entre autres par Juan Zozaya.

NOTE

[1]Le Poema del Mio Cid, qualifie la forteresse de Gormaz de « bien gardée » (muy guerte).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Gaya Nuňo, J.A., « Gormaz, castillo califal », in Al-Andalus, 8, Madrid, 1943, p. 431-450.

Sentenach, N., « Gormaz: estudio histórico-arqueológico », in Boletín de la Real Academia de la Historia, 80, Madrid, 1922, p. 53-68.

Gómze-Moreno, M., « Arte árabe español hasta los almohades. Arte mozárabe », in Ars Hispaniae, vol. III, Madrid, 1951, p. 179.

Llull Martínez, P. ; et al., « Un itinerario musulmán de ataque a la frontera castellana en el siglo X: fortalezas, castillos y atalayas entre Medinaceli y San Esteban de Gormaz », in Castillos de España, 93, 1987, p. 3-14.

Torres Balbás, L., « Arte hispanomusulmán hasta la caída del califato de Córdoba », in Historia de España, t. V, Madrid : Espasa Calpe, 1957, p. 652-654, fig. 450-463.

Valdés Fernández, F., « Arqueología de al-Andalus. De la conquista árabe a la extinción de las primeras taifas », in Historia general de España y América, t. III, Madrid : Rialp, 1988, p. 591-592.

Zozaya, J., « Gormaz, portento de fortalezas », in El Esplendor de los Omeyas Cordobeses, Granada : Fundación El Legado Andalusí, 2001, p. 112-117.

Zozaya, J., « Las fortificaciones de al-Andalus », in Al-Andalus. Las Artes Islámicas en España, cat. exp., Madrid, Alhambra, 1992, Grenade : Fundación El Legado Andalusí, 1992, p. 63-73.



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