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Complexe architectural de Qusayr Amra

(petit château rouge)

  • Nom : Complexe architectural de Qusayr Amra
  • Lieu : Jordanie
  • Date/période de construction : 700-715
  • Matériaux de construction : Pierre calcaire rose et mortier
  • Décor architectural : Peinture sur enduit de plâtre, mosaïques de sol
  • Dimensions : Salle principale : L. 13 m ; l. 10,4 m / Salle froide et salle tiède : L. 7 m ; l. 3,67 m / Salle chaude : L. 5 m ; l. 3 m / Salle de chauffe : L. 7,74 m ; l. 5,16 m / Système hydraulique : L. 9,10 m / l. 4,4 m.

Ce petit ensemble architectural à usage privé appartenait à un domaine sûrement plus vaste. Il est à rapprocher du corpus autrefois identifié des « châteaux du désert », un groupe de bâtiments omeyyades édifiés sur le territoire de la Grande Syrie, rares vestiges de l’architecture civile de l’époque. Leur localisation hors des grands centres urbains reflète le mouvement de développement des zones rurales à vocation agricole, amorcé à la période byzantine. Il y a été découvert des systèmes d’irrigation qui servaient à fournir en eau les lieux de vie, par exemple pour des bains, souvent présents dans ces complexes. À Qusayr Amra des canalisations en terre cuite alimentaient les bains depuis un système hydraulique situé à quelques mètres face à l’entrée du bâtiment, dont la roue à eau était probablement actionnée par un animal. Dans la même région, le Hammam al-Sarakh, un bâtiment de petites dimensions, très bien construit, servait  à un usage privé lui aussi.

Une salle d’audience à trois nefs voûtées en berceau constitue l’espace le plus vaste, son plan basilical évoque l’architecture byzantine. Une alcôve est aménagée dans la nef centrale et deux pièces latérales (probablement des salles d’audiences privées) sont localisées au sud de la salle. Cette salle d’apparat faisait office de vestiaire (apodyterium). Elle précède, dans un schéma imprégné des modèles des bains romains antiques, la salle froide (frigidarium) voûtée en berceau, la salle tiède (tepidarium) à voûte d’arête et au sol rehaussé pour la circulation de l’air chaud, et enfin la salle chaude (caldarium) à coupole sur pendentifs. A l’extrémité est se trouvaient les salles de chauffe et un bassin.

Le décor utilisé donne la part belle aux modèles antiques romains. Les sols des petites absides de la salle d’audience étaient recouverts de mosaïques, dont seuls restent quelques vestiges. Les murs, lambrissés de marbre sur une hauteur de 80 cm, comme dans le décor architectural byzantin, portent dans leurs zones supérieures un riche décor figuratif peint à fresque.

L’iconographie traite d’une grande variété de sujets : divertissement théâtral évoquant les fêtes romaines dédiées à Vénus et Bacchus, scènes de chasse influencées par l’Iran sassanide, scènes de bains, figures isolées (artisans au travail, allégories, danseuses, animaux, visages) ; le tout dans un esprit correspondant à la fonction de ce lieu dévoué au divertissement princier.

Quant à la célèbre fresque du « portrait des six rois » de la salle d’audience, elle inscrit le programme décoratif dans un autre registre, celui de l’affirmation du pouvoir du souverain musulman face à ses rivaux. Cette glorification princière est aussi présente dans la scène de prince en trône encadré de deux dignitaires de l’alcôve face à l’entrée du bâtiment, bien qu’elle soit beaucoup plus conventionnelle.

La coupole de la salle chaude est décorée de la première représentation de constellation et de signes du zodiaque connue dans le monde arabe.

Le style adopté pour les représentations figurées doit beaucoup à d’autres foyers artistiques du monde méditerranéen. Les opulentes femmes nues aux corps cernés de brun évoquent l’art copte[1]. Leurs coiffures élaborées rappellent les représentations palmyréennes[2]. Les petits visages ronds aux grands yeux rappellent l’art parthe, sassanide[3], mais aussi copte.

Qusayr Amra se révèle donc être un véritable reflet de la naissance de l’art islamique à l’époque omeyyade, à la croisée d’influences romaines, coptes, iraniennes, caractéristique d’une nouvelle civilisation en quête de légitimité, posant les bases d’un renouveau esthétique et artistique.

NOTE

[1] Voir par exemple le fragment de tapisserie « à la tête de danseuse », lin et laine, Ve siècle, Paris, musée du Louvre.

[2] Buste de Ummayat, fille de Yarhal, 2de moitié du IIe siècle ap.JC, musée du Louvre, inv. AO 2196.

[3] Mosaïque à la joueuse de harpe, vers 260 ap. JC, Paris, musée du Louvre, inv. AO 26169.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Creswell, K.A.C. Early Muslim Architecture, vol. I., New-York, Hacker Art Books, 1979, p. 390-449.

Sourdel-Thomine, J., Spuler, B., Die Kunst des Islam, Berlin, Propyläen Kunstgeschichte, 1973, p. 157-163.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, New-Haven, Londres, Yale University Press, 1987, p. 52 et 57-60.

Vibert-Guigue, C., Bisheh, G., Les peintures de Qusayr ‘Amra, un bain omeyyade dans la bâdiya jordanienne, Beyrouth, Institut français du Proche-Orient et Département des Antiquités jordaniennes de Amman, 2007.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Les Omeyyades. Naissance de l’art islamique, Musée sans frontières, Edisud, 2000, p. 110.

Baer, E., « The Human Figure in Early Islamic Art. Some Preliminary Remarks », in Muqarnas, XVI, 1999, p. 32-41.

L’âge d’or des sciences arabes, cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2006, Paris, Actes Sud-IMA, 2006, p. 53-67.



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