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Programme décoratif de Qusayr Amra

  • Nom : Programme décoratif de Qusayr Amra

L’opulence décorative du décor peint contraste avec les dimensions modestes du bâtiment. L’étude du décor révèle une multiplicité d’influences[1].

La fresque des rois est la plus célèbre. Les inscriptions arabes et grecques permettent d’identifier le souverain sassanide, coiffé comme sur les monnaies iraniennes, l’empereur de Byzance, le Wisigoth Roderick et le Négus d’Abyssinie. L’empereur de Chine et le khaqan turc sont aussi présents. La figure de Roderick, mort en 711, est une indication pour dater le site. L’influence de l’Iran pré-islamique est à la fois iconographique et stylistique : la représentation de figures royales rappelle la coutume sassanide des portraits de lignée royale, de même que la frontalité et l’hiératisme des personnages, la disparition des corps derrière la masse décorative des costumes. Les rois semblent faire allégeance au souverain musulman.

Le prince en trône de l’alcôve centrale de la salle d’audience semble inspiré de l’art byzantin. Le trône architecturé et les deux personnages latéraux sont comparables aux représentations des manuscrits syriaques.

Les  saynètes à un personnage, isolées dans des cadres carrés[2] comme dans des manuscrits  romains, byzantins, et d’occident médiéval[3] traitant des thèmes des travaux et des jours, montrent les métiers de la construction.

L’Egypte aussi a fourni des modèles stylistiques. Les femmes richement parées (danseuses, musiciennes) aux corps généreux cernés de noir[4] et aux grands yeux, sont à rapprocher des portraits coptes d’Antinoé et des déesses de la Syrie antique. Dans la salle chaude, des figures féminines nues sont accompagnées d’enfants.

Des réminiscences de l’art romain sont également sensibles. C’est le cas des nombreuses figures isolées dans des réseaux géométriques à motifs végétaux[5]. Les sujets sont variés, évoquant tous les divertissements princiers. Certaines représentations sont peut-être directement recopiées d’après des modèles antiques. L’animal musicien, thème qui perdure jusqu’à la Renaissance italienne, est visible aussi sur une mosaïque romaine de Sousse du musée du Louvre. Des personnifications de la Poésie, de la Philosophie, de l’Histoire et de la Victoire[6] sont identifiables grâce à des inscriptions en grec. Dans l’abside de la salle d’audience, une figure allongée sous un drap est observée par un angelot et une figure d’Eros. Une autre scène présente des lutteurs à l’allure antique. A leur gauche, un combat entre un lion et une gazelle évoque celui de Khirbat al-Mafjar. Ce thème issu du monde oriental ancien est souvent symbole de puissance lié au pouvoir.

Dans la même salle[7], une chasse à l’onagre évoque les mosaïques romaines[8] mais aussi l’activité favorite du roi sassanide Bahrâm Gûr.

La grande scène du côté sud-est de la salle d’audience présente une figure féminine rappelant l’Aphrodite grecque devant un bassin rectangulaire. Des femmes l’observent depuis un balcon, cachées derrière une clôture ajourée.

Les attitudes des danseuses, presque tournoyantes[9], évoquent les figures de bacchantes antiques.

Les constellations et les signes du zodiaque de la coupole de la salle chaude ont été probablement copiés d’après un globe antique. Première représentation du ciel dans l’art islamique, ce décor reflète le goût des scientifiques musulmans pour ce sujet, qui fut l’un de leurs principaux champs de recherche et déboucha sur la création d’observatoires, de manuscrits astronomiques, d’astrolabes,… On peut rapprocher ce décor d’illustrations provenant du Traité des étoiles fixes (1009)[10]. Les constellations y sont personnifiées, comme sur les modèles antiques.

NOTE

[1] Des artistes venus de différentes régions de l’Empire omeyyade travaillaient sur les chantiers omeyyades. Des graffiti divers, mais aussi le Papyrus d’Aphrodito, correspondance entre le gouverneur d’Egypte et Basilius (709-714), préfet du district d’Aphrodito en Haute-Egypte, où mention est faite d’ouvriers égyptiens travaillant sur les chantiers omeyyades, fournit des informations sur de telles pratiques.

[2] Voûte est de la salle d’audience.

[3] Voir par exemple le Fragment de livre d’heures appartenant à un recueil factice. 1500-1550, Amiens, B.m., ms. 0107, f. 020, 107.

[4] Tepidarium et salle d’audience..

[5]  Voûtes de la salle d’audience et du frigidarium.

[6] Murs de la salle d’audience.

[7]  Mur occidental.

[8] Mosaïque de sol de la villa romaine de Piazza Amerina Sicile, IIIè ap.JC..

[9] Intrados de l’arc sud de la salle d’audience.

[10] Cet ouvrage a été réalisé d’après les études de ‘Abd al-Rahmân al-Sûfi, qui révisa les calculs de Ptolémée vers 965.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Baer, E., « The Human Figure in Early Islamic Art. Some Preliminary Remarks », in Muqarnas, vol. XVI, 1999, p. 32-41.

Creswell, K.A.C, Early Muslim Architecture, vol. I, 2, New York, Hacker Art Books, 1979, p. 390-449.

Sourdel-Thomine, J. ; Spuler, B., Die Kunst des Islam, Berlin, Propyläen Kunstgeschichte, 1973, p.157-163.

Vibert-Guigue ; C., Bisheh, G., Les peintures de Qusayr ‘Amra, un bain omeyyade dans la bâdiya jordanienne, Beyrouth, Institut français du Proche-Orient et Département des Antiquités jordaniennes de Amman, 2007.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, New-Haven, Londres, Yale University Press, 1987, p. 252

L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris, Actes Sud, IMA, 2006, p. 53-67.



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