Qantara Qantara

La ville de Famagouste

  • Nom : La ville de Famagouste
  • Lieu : Chypre
  • Date/période de construction : Fondation vers 300 av. J.-C.

 L’ancienne Ammochostos[1] byzantine, siège d’un évêché grec, avait été rebaptisée Famagouste par les Latins. Le pape en avait fait un des trois évêchés suffragants de l’archevêché latin de Nicosie à Chypre. La position du port de la ville, tourné vers la côte syrienne, explique son remarquable développement à la fin du XIIIe siècle : au fur et à mesure de la prise des dernières places fortes latines de Terre sainte par les Mamelouks jusqu’à la chute d’Acre en 1291, on assiste à un afflux de population, réfugiés et marchands. Ce sont ces derniers qui vont faire de Famagouste une grande place commerciale durant un siècle et assurer la richesse de la ville jusqu’à sa prise par les Génois en 1373. Famagouste  devient ainsi une véritable plaque tournante du trafic international,  « le rendez-vous de toutes les nations de l’Occident »[2].

Témoignant de cet essor démographique et de cette prospérité extraordinaire, Famagouste est entièrement remodelée et agrandie par le roi Henri II (r. 1285-1306 et1310-1324) et devient la nouvelle Acre. La structure urbaine apparaît clairement sur le plan de Gibellino de 1571 représentant le siège de Famagouste par les Ottomans. Au centre, la cathédrale latine Saint-Nicolas, modeste édifice du début du XIIIe siècle, est entièrement reconstruite au début du XIVe siècle sur un vaste plan. Elle était aussi destinée à accueillir le couronnement des rois de Chypre comme rois de Jérusalem. Le roi résidant souvent à Famagouste, un palais urbain, aujourd’hui détruit, est élevé face à la cathédrale. A côté du palais est installé le couvent des Franciscains, envers lesquels le souverain avait un attachement particulier – il en subsiste quelques ruines. Les Dominicains s’installent quant à eux dans le quartier du port, près du château. Ce dernier, qui garde le port, est refait au même moment.

La ville est agrandie par une vaste adjonction au nord. Encore aujourd’hui faiblement peuplé, le roi y installe des communautés religieuses, parmi lesquelles on peut relever le couvent Sainte-Marie du Carmel, le monastère des religieuses bénédictines de Sainte-Anne, l’église des Arméniens ainsi que le siège de plusieurs communautés orientales. Une nouvelle enceinte, plus vaste, englobe la nouvelle agglomération. Famagouste poursuit son développement sous les successeurs d’Henri II, Hugues IV (r. 1324-1359) et Pierre Ier (r. 1359-1569). Parmi les constructions de cette période, on peut relever l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, liée au palais, encore bien conservée, ainsi que la cathédrale Saint-Georges-des-Grecs. Toutefois, cette prospérité va s’effondrer peu après.

Lors du couronnement de Pierre II comme roi de Jérusalem à Famagouste en 1372, un conflit de préséance entre Vénitiens et Génois dégénère, aboutissant à des massacres et des pillages. Devant l’inaction de Pierre II à punir les coupables, Gênes monte une expédition au cours de laquelle l’île est ravagée et le roi fait prisonnier en 1373. Pierre doit accepter de se reconnaître débiteur d’une somme énorme, gagée sur Famagouste : jusqu’au paiement de l’intégralité de la somme, Famagouste serait administrée par les Génois aux frais du roi. Malgré ses efforts, Pierre ne peut reprendre Famagouste et doit négocier des rééchelonnements de sa dette. A sa mort, Jacques Ier (r. 1382-1398) est contraint d’accepter la cession complète de Famagouste, qui durant ce temps ne cesse de décliner, Vénitiens et Catalans se détournant de cette escale. Commence alors pour la ville un long déclin. C’est seulement en 1364 que Jacques II (r. 1460-1473) réussit à reprendre Famagouste. Les Vénitiens, maîtres de l’île en 1489, font de Famagouste une puissante place forte par la construction d’une remarquable enceinte bastionnée qui englobe alors l’ancienne fortification d’Henri II. Grâce à cet ouvrage, la ville soutient en 1571 un siège de plusieurs mois mené par les armées ottomanes, avec un faible nombre de défenseurs[3].  Elle est la dernière ville de Chypre à se rendre. Sous l’administration ottomane, elle perd définitivement son importance.

NOTE

[1] Qui signifie « caché dans le sable »

[2] Expression employée à l’époque par L. de Sudheim, ‘De ictinere Terre Sancte’, cité par Michel Balard,  « La place de Famagouste génoise dans le royaume des Lusignan (1374-1464) » , Les Lusignans et l’Outre-Mer, actes du colloque, Poitiers-Lusignan, 1993,  p. 17.

[3] La gravure de Gibellino représente de façon détaillée le plan de la ville et les positions turques alentour.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Balard M., « Famagouste au début du XIVe siècle », dans J. HEERS (éd.), Fortifications, portes de villes, places publiques dans le monde méditerranéen (Culture et civilisation médiévales, 4), Paris, 1983, p.279-300.

Faucherre N., « L’enceinte urbaine de Famagouste », in Jean-Bernard. de Vaivre, Philippe Plagnieux (ed), L’art gothique en Chypre, Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXIV, Paris, 2006), p. 307-309.

Jacoby D., « The Rise of  a new Emporium in the Eastern Mediterranean: Famagusta in the late thirteenth Century », Meletai kai Ypomnèmata, I, Nicosia, 1984.

Mas Latrie L. de, Histoire de l’île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, 3 vol., Paris, 1852-1861.

Otten-Froux C., « La ville de Famagouste » dans J.-B. de VAIVRE, Ph. PLAGNIEUX (éd.), L’art gothique en Chypre (Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXIV), Paris, 2006, p. 109-120. 

Plagnieux Ph., Soulard Th ., « L’architecture religieuse » dans J.-B. de VAIVRE, Ph. PLAGNIEUX (éd.), L’art gothique en Chypre (Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXIV), Paris, 2006, p. 121-296.

Soulard Th., « La diffusion de l’architecture gothique à Chypre », Cahiers du Centre d’Études chypriotes, 36, 2006, p.73-124.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT