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Secrets de l’histoire naturelle

Le Livre des merveilles du monde

  • Titre / dénomination : Secrets de l’histoire naturelle
  • Lieu de production : Cognac, France
  • Date / période : vers 1480-1485
  • Matériaux et techniques : Enlumineur : Robinet Testard
  • Lieu de conservation : Bibliothèque Nationale de France
  • Numéro d'inventaire : Fr 22971

Le Livre des merveilles du monde, aussi connu sous le titre de Secrets de l’histoire naturelle, est une compilation géographico-mythologique écrite par un auteur anonyme au tournant du XVe siècle, entre 1371 et 1428. Composé de deux parties, le livre présente d’abord cinquante-six pays ou régions et se développe ensuite comme une encyclopédie thématique consacrée aux trois règnes (animal, végétal, minéral), aux quatre éléments et aux prodiges de l’intelligence humaine. La première partie est la plus longue, les chapitres sont plus ou moins triés par ordre alphabétique de l’ « Affricque » à l’ « Ululande ». La longueur variable de ces chapitres laisse deviner un intérêt accru pour les pays du bassin méditerranéen.

Alors que, tout au long du Moyen Âge, la connaissance du monde s’est considérablement enrichie des récits de voyages de diplomates, de marchands mais aussi de missionnaires partis en Terre Sainte, cette compilation continue de diffuser l’image d’un Orient merveilleux. A la veille des Grandes Découvertes, l’Orient demeure l’ « horizon onirique et magique »[1] décrit par Jacques Le Goff. Cette compilation met en scène les récits et bestiaires exotiques glanés dans la Bible, mais aussi chez les auteurs antiques et médiévaux[2].

Plus qu’un ouvrage scientifique, ce livre destiné à un public cultivé et aisé nourrit l’imaginaire des lecteurs. Le recours aux exempla souligne néanmoins la portée moralisatrice de ces récits. Des quatre manuscrits[3] illustrés qui existent de ce livre, seul celui de la Pierpont Morgan Library contient une préface en partie écrite à la première personne. L’auteur, sans doute un clerc, y révèle ses intentions : « mener ses lecteurs, à travers la connaissance des « merveilles » accomplies par Dieu sur terre, à la connaissance de leur Créateur».

L’exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Fr 22971 est le plus récent de la série, il fut peint vers 1480. L’Egypte y est longuement décrite comme une contrée fabuleuse et dangereuse. En Egypte la Basse vivent hippopotames et crocodiles « qui sont moult crains et doubtez des habitans du pais », et en Egypte la Haute de nombreuses bêtes sauvages et venimeuses : « leons, liepars, parides, trigides et basiliques, dragons, serpens et aspics ». L’auteur raconte aussi l’histoire de l’affreux catoblépas, cet animal petit, faible, paresseux, dont le seul regard tuerait si Dieu ne lui avait donné une tête si lourde qu’il ne peut la lever.

L’enlumineur tout en s’inspirant du texte exprime aussi sa culture personnelle. A la manière de nombreux bestiaires médiévaux, il donne une tête de loup au dangereux crocodile[4]. Il imagine aussi une licorne qui, buvant l’eau du Nil, la purifie en y plongeant sa corne. Le capricorne est doté d’une fourrure blanche tachetée et non loin rôdent un dragon, un léopard, deux ibis, deux aspics.

Cet univers est rendu sans préoccupation illusionniste ou réaliste mais avec un soin particulier porté à la clarté des lignes et des contours. Les contrastes de couleurs accentuent la lisibilité des plans étagés : les éléments végétaux d’un vert dense se détachent du fond rocheux gris.

A la suite de Paul Durrieu, François Avril a identifié Robinet Testard comme l’auteur de ces miniatures peintes autour de 1480. Robinet Testard est connu comme travaillant à son compte à Poitiers à partir de 1471. Il est remarqué par Charles d’Angoulême qui l’intègre à sa cour de Cognac et lui offre le titre de valet de chambre. Ce dernier décédé, sa veuve Louise de Savoie, s’octroie les services du peintre encore imprégné de la ligne gothique alors que triomphe la Renaissance. Robinet Testard est mentionné une dernière fois en 1531 dans l’état des indemnités distribuées par l’héritier des Angoulême, François Ier, aux différents membres de la maison de sa mère.

 

NOTE

[1] Jacques Le Goff, Un autre Moyen Age, Paris 1999.

[2] Pline l’Ancien et Solin sont les auteurs les plus cités, mais l’auteur se réfère aussi aux textes d’Isidore de Séville et Odoric de Pordenone, moine franciscain rapportant ses voyages en Inde et à Java dans son Chemin de pérégrination

[3] Paris, Bibliothèque nationale de France Fr. 1377-1379 ; Paris, coll. part. ; New York, Pierpont Morgan Library M. 461 ; Paris, Bibl. nat. Fr 22971.

[4] Cambridge, University Library, Ms. Ii, 4, 26.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Anne-Caroline Beaugendre, Les merveilles du monde ou Les secrets de l'histoire naturelle, Paris, 1996.  

François Avril, Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France : 1440-1520, Paris, 1995, n° 228.  

Jean Porcher « Les Secrets de l’Histoire Naturelle » dans L’œil, décembre 1960 n° 72, p.42-47.



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