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Hadîth Bayâd wa Riyâd
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Hadîth Bayâd wa Riyâd

« Roman de Bayâd et Riyâd »

  • Titre / dénomination : Hadîth Bayâd wa Riyâd
  • Lieu de production : Espagne, al-Andalus ?
  • Date / période : XIIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Papier, encres colorées, pigments ; calligraphie andalouse
  • Dimensions : 30 folios ; 28, 2 cm x l . 20 cm
  • Ville de conservation : Rome
  • Lieu de conservation : Biblioteca Apostólica Vaticana
  • Numéro d'inventaire : Vat. Ar. Ris. 368
  • Inscription :

    Ce manuscrit incomplet est composé de trente folios et comprend quatorze peintures. Il relate l’histoire d’amour entre Bayâd, fils d’un marchand de Damas, et Riyâd, esclave chanteuse et favorite du Hâjib[1]. D’autres personnages interviennent, parmi lesquels la « Vieille », qui tient un rôle équivalent à celui de l’entremetteuse de la littérature du Bas Moyen Âge, et Sayyida, fille du Hâjib.

    Bayâd, s’en venant de Damas, voit Riyâd près de la rivière et tombe amoureux d’elle. La « Vieille » le prend alors sous sa protection et permet aux deux jeunes gens de se rencontrer. Lors de cette rencontre, Riyâd tombe à son tour éperdument amoureuse. La jeune femme étant favorite du Hâjib, la « Vieille » tente de dissuader Bayâd de son amour. Celui-ci parvient tout de même à la convaincre d’organiser une seconde rencontre, durant laquelle Riyâd commet la folie de déclarer à Bayâd son amour. Sayyida, furieuse, enferme alors Riyâd. La « Vieille » parvient à cacher Bayâd et à l’amener chez elle. À partir de là, les deux amants entament une correspondance. Le manuscrit étant mutilé, on ignore malheureusement le début comme la fin de l’intrigue.

L’auteur de cet ouvrage nous est inconnu : il s’agit peut-être d’un Andalou du XIIIe siècle. Bien que les graphies alors employées au Maghreb et en al-Andalus soient très proches, certains détails architecturaux et vestimentaires visibles dans les peintures semblent indiquer que l’on se trouve en al-Andalus, plus précisément à Séville au début du XIIIe siècle, à l’époque almohade. Les illustrations sont particulièrement précieuses car elles figurent de nombreux détails de la vie quotidienne de cette époque : vêtements, architecture, usage de l’eau. L’une des illustrations représente par exemple une noria.

Le texte est écrit en prose et en vers. La prose présente le contexte dans lequel s’inscrit l’action, elle renferme les éléments du récit les plus sensés, tandis que les vers expriment les sentiments les plus passionnés. La combinaison de prose et de vers est aussi attestée dans plusieurs œuvres contemporaines de l’Europe chrétienne : c’est le cas d’un ouvrage anonyme intitulé Aucassin et Nicolette, ou encore de Guillaume de Dole, œuvre de Jean Renart. On rencontre de semblables combinaisons chez les troubadours.

Le thème central de cette histoire trouve des parallèles aussi bien dans la littérature arabe antérieure que dans la littérature chrétienne. On observe par exemple des ressemblances avec un des plus célèbres mythes de la tradition littéraire arabe, celui de Majnûn et Layla. Tout comme Majnûn, Riyâd commet l’indiscrétion d’exprimer ouvertement son amour. Cette histoire fut copiée dans de nombreux ouvrages, telle l’anthologie de l’adab d’époque abbasside rédigée par Abû al-Faraj al-Isfahânî, le Kitâb al-Aghânî, qui a vraisemblablement circulé en al-Andalus puisqu’al-Hakam II le possédait dans sa bibliothèque. Bien que cet exemplaire ait sans doute été détruit par al-Mansûr, ce livre a dû continuer à circuler en Andalousie, comme en témoignent les échos que l’on peut en trouver chez des écrivains postérieurs, Ibn Sa‘îd par exemple.

L’Histoire de Bayâd et Riyâd partage aussi certains thèmes avec d’autres ouvrages appartenant à la tradition littéraire d’Afrique du Nord, par exemple avec le Qutb al-surûr fî awsâf al-Anbidha wa-l-khumûr قطب السرور في أوصاف الأنبذة والخمور (Le plus grand des plaisirs à décrire les vins et les liqueurs) d’Ibn al-Raqiq vivant à Kairouan au Xe siècle. Dans cette œuvre, l’auteur a rassemblé de nombreuses khamriyyat[2] et offre quelques conseils pour la préparation des rendez-vous. Les points communs entre le Roman de Bayâd et Riyâd et d’autres œuvres du Bas Moyen Âge rédigées dans l’Espagne chrétienne sont indéniables, comme le Libro del buen amor de Juan Ruiz, archiprêtre d’Hita.

NOTE

[1] Terme qui peut être traduit par chambellan et qui correspond à une fonction dont la nature a varié selon les époques et les régions : maître de cérémonie, surintendant du palais, chef de la garde ou même premier ministre. Cf. Encyclopédie de l’Islam, 2de éd., t. III, p. 47-51.

[2] Poèmes bacchiques.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Robinson, C., « Bayad wa-Riyad, Hadit/Qissat », in Enciclopedia de al-Andalus. Diccionario de Autores y Obras Andalusíes, Fundación El Legado Andalusí, 2002, p. 111-117.

Al-Andalus : the Art of Islamic Spain, (cat. exp., Grenade, Alhambra / New York, The Metropolitan Museum of Art, 1992), 1992, p. 312-313.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Arié, R., « Le Costume des Musulmans de Castille au XIIIe siècle d’après les miniatures du Libro del Ajedrez », in MCV, II (1966), p. 59-66.

Monneret de Villard, U., « Un codice arabo-spagnolo con miniature », in La Bibliofilia, XLIII (1941), p. 209-23.

Nykl, A.R ., Historia de los amores de Bayad y Riyad, una chantefable oriental en estilo persa (Vat. Ar. 368), New York, 1941.

Robinson, C., « The Lover, His Lady, Her Lady and a Thirteen-Century Celestina: A Recipe for Love Sickness from al-Andalus », in Grabar, O. ; Robinson, C., (éd.) Seeing Things: Textuality and Visuality in the Islamic World, Princeton : Princeton Papers,  2000.

Ettinghausen, R., La Peinture arabe, Genève : Skira, 1977.



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