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Minbar des Andalous

  • Titre / dénomination : Minbar des Andalous
  • Lieu de production : Fès, Maroc
  • Date / période :

    Joues : 369 H./979 ; dossier : 375 H./985

  • Matériaux et techniques : Cèdre sculpté, gravé, tourné, traces de polychromie
  • Ville de conservation : Fès
  • Lieu de conservation : Musée des Arts et Traditions Dâr Batha,
  • Numéro d'inventaire : MBF-08-00-01
  • Inscription :

    JOUES :

    - Arcature du panneau droit : « : “…Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ! Ce minbar a été fait dans le mois de chawwâl de l'année 369 [avril-mai 979] »

    - Arcature du panneau gauche : une inscription de bénédiction « Au nom de Dieu, le Miséricordieux » + extraits de Cor. XXIV, 36, « La lumière ».

    DOSSIER :

    - Partie supérieure : « … ceci est ce qu'a fait faire le maire du palais …, al-Mansûr, glaive de l'empire de l'imam et esclave de Dieu …Hichâm … Abî ‘Âmir Muhammad … fils d'Abî’Âmir … dans le mois de jumâdâ de l'année 375 [oct.-nov. 985] ».

Ces panneaux proviennent d’un minbar, meuble liturgique réservé au prône de la prière du vendredi midi dans les grandes mosquées. Celui-ci a été utilisé dans la grande mosquée des Andalous de Fès depuis son origine en 979 jusqu’en 1934. Véritables œuvres d’art, les minbar, dont celui-ci est le second en date conservé après celui de la mosquée Sidi ‘Uqba de Kairouan[1], sont souvent l’objet d’un travail très soigné, réalisé dans de grands ateliers.

Les éléments conservés reflètent l’histoire politique et théologique troublée de la période à laquelle il fut réalisé. Les joues sont d’époque ziride, une dynastie dépendant des Fatimides chiites ismaéliens, comme le précise l’inscription en kufique fleuronné. Quant au dossier, aux noms du vizir Ibn Abî ‘Âmir et du calife omeyyade d’Andalousie Hishâm II, il a été réalisé en 985, quand la ville de Fès passa sous le contrôle des Zénètes, alliés des Andalous, et que le sunnisme fut rétabli[2].

Ce minbar est remarquable car il constitue un des premiers jalons daté, avec une poutre idrisside de 877[3], de la production de sculpture en bois de cèdre caractéristique de la zone occidentale du Maghreb aux époques almoravide et almohade, illustrée entre autres par le précieux minbar de la mosquée Kutubiyya de Marrakech (1137). La présence de forêts de cèdres à proximité de Fès explique pour beaucoup cet essor du travail du bois. Les techniques de travail de ce matériau, sculpture, gravure et tournage, sont ici parfaitement maîtrisées. Le panneau inférieur du dossier est un des premiers exemples connus de grille de bois réalisée selon la technique de l’archet.

Le traitement des joues est inspiré du travail du bois égyptien. La forme allongée des panneaux, évoquant des petits mihrâb, dont l’arcature s’encadre d’un bandeau d’épigraphie kufique fleuronnée citant sur la joue droite les fondateurs et sur la joue gauche un verset du Coran (XXIV, 36), évoque certains bois fatimides. On trouve la même disposition générale du décor sur un petit mihrâb portatif du Musée d’Art islamique du Caire[4]. La sculpture assez profonde et le traitement stylisé des motifs évoquent la tradition orientale abbasside, notamment le travail du stuc et du bois du décor de Samarra (Irak). Ce style a été transmis au Maghreb occidental par l’intermédiaire de l’art tulunide d’Égypte, dynastie dépendant des Abbassides.

L’organisation du décor intérieur des niches  évoque quant à elle le style décoratif en vogue en Ifriqiya aghlabide. Un axe de symétrie végétal, constitué de pommes de pin superposées s’achevant par un grand motif fleuronné, structure rigoureusement le décor de motifs de demi-palmettes. Cette disposition et ces motifs se rencontrent déjà sur le minbar de la Grande Mosquée de Kairouan.

Le dossier présente, quant à lui, un décor influencé en partie par l’Espagne andalouse. Celui-ci est réparti selon un schéma géométrique, créant un effet d’ensemble tapissant et moins dynamique que sur les joues. La niche à arc polylobé, peut-être une fois encore l’évocation d’un mihrâb, est à rapprocher de l’architecture omeyyade d’Espagne telle qu’on peut l’observer dans la zone du mihrâb de la Grande Mosquée de Cordoue (961-966). On retrouve les motifs de médaillons polylobés dans le décor architectural des palais d’al-Andalus, par exemple dans les claustras en pierre[5]. Ils évoquent également les grosses rosettes du décor du palais omeyyade de Mchatta (Jordanie, 743-744). Quant aux efflorescences aux extrémités des caractères kufiques, elles font de cette inscription un prototype du kufique fatimide évoquant l’Orient islamique, tout comme le motif à gradins de la partie médiane du dossier.

NOTE

[1] IXe s.

[2] Cette expédition est connue sous le nom d’expédition d’Askalaja.

[3] Cette poutre provient de la mosquée al-Qarawiyyîn de Fès.

[4] Inv. 15552. 

[5] Claustra en marbre sculpté, 980-990, Cordoue, Museo Arqueologico, inv.488.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Al-Andalus, the art of islamic spain, cat. exp., New York, The Metropolitan Museum of Art, New York, 1992, Jerrilynn D. Dodds, p. 249-251.

De l’empire romain aux villes impériales, 6000 ans d’art au Maroc, cat.exp. Paris, Petit Palais, Paris, 1990, Paris-Musées, p. 188-191.

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, Paris, 2001 Institut du monde arabe, Hazan, p.  132.

Maroc, les trésors du royaume, cat. exp., Paris, musée du Petit Palais, Paris, 1999, Éditions Plume, p. 139.

Terrasse, H., La mosquée des Andalous à Fès, Publications de l'institut des Hautes études Marocaines, Paris, 1942, Les éditions d'Art et d'Histoire, p. 35-44.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Burckhardt, T., L'art de l'Islam, langage et signification, Paris, 1985, Sindbad, p. 136.

Catalogue des boiseries de la section islamique, Paris, 1988, RMN.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 105, 130-131.

Maroc, les trésors du royaume, cat. exp. Paris, musée du Petit Palais, Paris, 1999, Éditions Plume, 1999, p. 146-151.

Trésors Fatimides du Caire, cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, Paris, 1998, Institut du monde arabe, SDZ, p. 151.



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