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'Anjar

  • Nom : 'Anjar
  • Lieu : ‘Anjar, plaine de la Beqaa, Liban
  • Date/période de construction : Première moitié du VIIIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre, marbre et brique cuite
  • Décor architectural : Sculpté
  • Dimensions : 374,72 x 308,53 m

Au pied de l’Anti-Liban, près du site antique de Majdal ‘Anjar et de la source de ‘Ayn al-Jarr, dont il tirerait son nom, le site de ‘Anjar est situé dans un endroit marécageux, sur la route reliant Damas au port de Beyrouth. Les sources byzantines et syriaques attribuent sa fondation tantôt au calife al-Walîd (r. 705-715), tantôt à son fils, al-‘Abbâs, qui aurait joué un rôle important dans sa construction. Jusqu’à présent, les archéologues n’ont pas découvert de témoins d’une occupation antérieure. Comme beaucoup d’autres fondations de cette époque, ‘Anjar aurait été créée ex-nihilo, puis abandonnée encore inachevée à la fin de la dynastie omeyyade ; il est notamment fort possible qu’un plan d’assèchement des terres ait été prévu, mais jamais réalisé. Une occupation plus réduite à l’époque médiévale est attestée par des trouvailles de poteries mamlukes.

Outre des prisonniers de guerre byzantins, ramenés par al-‘Abbas, des ouvriers chrétiens nestoriens du Nord de l’Irak auraient participé à la construction. Ils ont laissé des graffiti en syriaque[1] dans les carrières qui ont certainement fourni les pierres du site, à Kâmid al-Lawz[2]. Cinq de ces inscriptions sont datées 96 H./714 – 715. La présence d’ouvriers coptes est attestée pour la même année par un papyrus rédigé en grec trouvé à Aphrodito, en Haute-Égypte. Sur le mur d’enceinte de ‘Anjar, des graffiti en arabe – formules pieuses, mentions de noms propres – sont attribuables par leur graphie à la période omeyyade ; l’un d’entre eux mentionne 741, prouvant que le mur et le plan général de la ville étaient déjà en place à cette date.

De forme rectangulaire, ‘Anjar est ceinte d’une muraille scandée de tours semi-circulaires. Deux larges avenues, (le cardo et le decumanus) divisent la ville en quatre quartiers ; bordées d’arcades abritant des échoppes, elles relient quatre portes orientées vers les points cardinaux et se croisent à angle droit au centre du site, marqué par un tétrapyle monumental. Ce schéma classique, très régulier, rappelle l’organisation des camps militaires romains, adaptée à des fonctions civiles, marchandes notamment. Dans le quartier sud-est se trouvent une mosquée et un palais contigus, ainsi que deux autres palais plus petits et des bains. Des secteurs d’habitations populaires, du type des insulae romains, se situaient dans le quartier sud-ouest, alors que dans les deux autres quartiers se trouvent les fondations d’un palais jamais construit, un ensemble de cellules, et de petits îlots d’habitations. Des espaces vides devaient contenir des jardins.

La cour de la mosquée est entourée d’un portique à deux travées à l’est et à l’ouest et une au nord. Au sud, la salle de prière comporte deux nefs parallèles au mur qibli, à l’image de la Grande Mosquée de Damas, mais aucune travée n’est surhaussée. Des murs marquent l’emplacement d’une maqsûra devant le mihrâb. Par une petite porte à côté du mihrâb, on accédait au grand palais jouxtant la mosquée, dont subsiste encore un haut fragment de façade. Celui-ci présente un plan symétrique autour une cour centrale ; des salles tripartites à absides prennent place sur au nord et au sud, tandis que des bayt rappelant ceux d’autres palais omeyyades[3] sont placées le long des côtés est et ouest. L’appareil fait alterner lits de pierre et lits de brique, témoignant d’une influence byzantine. Comme à Qusayr ‘Amra, le bain de ‘Anjar possédait une grande salle de réception tripartite, ainsi que des chambres froide, tiède et chaude. Les murs du bain étaient couverts de lambris de marbre à décor gravé, tandis que les sols étaient pavés de mosaïques à décors géométriques proches de ceux de Qastal.

Sur le site, les colonnes, bases et chapiteaux proviennent, pour la plupart, de monuments antiques et chrétiens, mais certains chapiteaux sont omeyyades, copiés sur le modèle antique. Alors que le décor sculpté de la mosquée est essentiellement végétal, celui du palais est plus riche. Il contient des motifs figuratifs et végétaux : lions, aigles, personnages à cheval et à dromadaire, feuilles d’acanthe… Mais la grenade, symbole d’abondance associé depuis l’Antiquité à l’arbre de vie, et la vigne, symbole de résurrection, dominent dans le décor du  palais et de la mosquée. Ces deux éléments, hérités de l’art classique, ont été abondamment utilisés dans l’art omeyyade[4].

NOTE

[1] Également un en grec et un en pahlavi.

[2] Cette carrière est située à 17 km au sud-ouest de ‘Anjar.

[3] Qasr Kharana, Khirbat al-Minya ou Khirbat al-Mafjar par exemple.

[4] Jérusalem, Dôme du Rocher et mosquée al-Aqsâ ; Damas, Grande Mosquée ; décors des palais de Qasr al-Hayr al-Gharbi, Khirbat al-Mafjar et Mshatta ; citadelle d’Amman.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Chehab, M., « Découverte d’un palais omeyyade à ‘Andjar (Liban), » in Akten des 24 Internationalen Orientalisten Kongresses. Wiesbaden, 1959, p. 349-351.

 

Chehab, M., «The Umayyad Palace at ‘Anjar, » in Ars Orientalis V, 1963, p. 17-25.

 

Chehab, M., «Les palais omeyyades d’Anjar, »  Archeologia, 1975, p. 18-24.

 

Chehab, H., «On the identification of ‘Anjar (‘Ayn al-Jarr) as an Umayyad foundation, » in Muqarnas X, 1993, p. 42-48.

 

Finster, B., «Researches in ‘Anjar. I. preliminary report on the architecture of ‘Anjar, » in BAAL 7, 2003, p. 209-244.

 

Finster, B., « Vine ornement and pomegranites as palace decoration in ‘Anjar», in O’Kane, B. (dir.), The iconography of Islamic art: Studies in honour of Robert Hillenbrand, Edinburgh, 2005, Edinburgh University Press, p. 143-158.

 

Hillenbrand, R., « ‘Anjar and the early Islamic urbanism, » in Brogiolo, G.P., ; Ward-Perkins, B. (dirs), The Idea and the ideal of the Town between late Antiquity and Early Middle Ages, Leyde : Brill, 1999, p. 59-98.

 

Ory, S., « Les graffiti Umayyades de ‘Ayn al-Garr, » in Bulletin du Musée de Beyrouth XX, 1967, p. 97-148.

 

Sauvaget, J., « Les ruines omeyyades de ‘Andjar, » in Bulletin du Musée de Beyrouth 3, 1939, p. 5-11.



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