Qantara Qantara

Coudée royale

  • Titre / dénomination : Coudée royale
  • Lieu de production : Tlemcen, Algérie
  • Date / période : 728H./ 1328
  • Matériaux et techniques : Marbre sculpté
  • Dimensions : L. 66 cm ; l. 118 cm
  • Ville de conservation : Tlemcen
  • Lieu de conservation : Musée de Tlemcen
  • Numéro d'inventaire : 002 M (offerte par de Bernard, chef d’escadron de l’armée française, cdt de la place de Tlemcen)
  • Inscription :

    الحمد لله و الشكر لله هذا قياس الذراع بالقيصرية عمرها الله في شهر ربيع الثاني عام ثمانية و عشرين و سبع ماية 

  • Traduction :

    « Louange et reconnaissance à Dieu ! Ceci est la mesure de la coudée, à la qaysariyya  (bazar) ; que dieu l’enrichisse ! Au mois de rabi‘a II de l’an sept cent vingt huit »

Cette coudée de l’époque abd al-wadide a été découverte dans un pan de muraille de la qaysariyya de Tlemcen[1]. De forme rectangulaire, elle porte sur l’une de ses faces une inscription sculptée en caractères andalous, qui se déploie sur deux cartouches.

Un système cohérent de poids et mesures est indispensable à l’activité économique de toute civilisation. En effet, l’existence d’unités de longueur, surface, volume ou poids communément admises est nécessaire dans la transactions commerciales (qu’il s’agisse d’échange ou d’achat et vente), dans la rémunération du travail, dans les projets de construction, de canalisation ou de parcellisation du terrain et la collecte des impôts.

Les plus anciennes unités de mesure apparaissent avec l’émergence de l’écriture au IVe  millénaire ; elles étaient basées sur les mensurations du corps humain (la coudée, les doigts…) ou sur la quantité de travail fournie en un temps donné (estimation des longues distances en journées de labour). Par la suite, ces mesures « naturelles » se sont  standardisées et ont acquis des valeurs plus au moins fixes (pour un groupe particulier à une période bien précise, mais susceptible toutefois de varier considérablement selon les régions et les époques). Ces variations pouvaient toucher non seulement les valeurs absolues des unités de mesure (par rapport à notre système actuel), mais aussi leurs valeurs relatives.        

Légalement, une coudée contient quatre largeurs de main (index, majeur, annulaire et auriculaire placés l’un près de l’autre) équivalent chacune à six doigts, le doigt étant égal à six grains d’orge, placés l’un près de l’autre. Le nombre des coudées en usage dans l’Islam fut considérable. Elles se résument essentiellement à quatre mesures : la coudée normale, la coudée noire, la coudée royale et la coudée à drap. Le point de départ de toutes les évaluations est la coudée du nilomètre de l’île d’al-Rawda (861) au Caire, qui mesure en moyenne 54,04 cm.

La coudée légale[2] mesure 49,8 cm. À l’époque abbasside, à Baghdad, sa longueur était un peu inférieure, environ 48,25 cm ; elle remonte peut être à al-Ma’mûn[3], auteur d’une réforme des mesures. La coudée royale, originaire de Perse et connue depuis l’époque d’al-Mansûr[4] sous le nom de (grande) coudée hashimite, consistait en huit kaddas au lieu de six et mesurait en moyenne 66,5 cm. Elle est identique à la coudée ziyâdite que Ziyâd ibn Abihî (m. 673) employa dans le relevé de l’Irak et qui s’appelle aussi, de ce fait, coudée d’arpentage. La coudée noire fixée à 54,04 cm est identique à la coudée commune en usage au Maghreb et en Espagne. Elle fut introduite sous les Abbassides mais non pas, comme on le croit souvent, sous al-Ma’mûn, qui employa la coudée légale. La coudée de Tlemcen pourrait se référer à la coudée noire, bien qu’elle soit légèrement inférieure. La coudée à drap, connue dans le commerce du Levant sous le nom de « pic », variait selon les villes.

Notre coudée qui est de la période abd al-wadide est identique  à la coudée noire, mais sa longueur était un peu inférieure, environ 47 cm, une dimension qui était propre à la qaysariyya  de Tlemcen. Brosselard a qualifié cette coudée de royale car il la fait remonter au prince abd al-wadide Abû Tâshufîn Ier, grand amateur de création et d’innovation. Cette coudée servait d’unité de base à toutes les mesures de longueur.

NOTE

[1] Cité connue depuis le Moyen Âge  pour ses  activités commerciales entre  les ports chrétiens de la Méditerranée et ceux de la côte Maghrébine. Construite par les Abd al-Wadides, elle constituait un grand caravansérail  pour les marchands.

[2] Elle est identique à la coudée de la main égyptienne, à la coudée de Joseph (dont le nom dérive de celui du qadi Abû Yûsuf , mort en 798), à la coudée de la poste, à la coudée libre et à la coudée de la laine filée.

[3] Calife abbasside qui règne entre les années 786-833.

 

4] Calife abbasside qui règne entre les années 754-775.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Brosselard, C., « Les inscriptions arabes de Tlemcen, La coudée royale de Tlemcen-Le quartier franc d’El –Kissaria », in Revue Africaine, n° 5, 1961, p.14-30.

Brosselard, C., « Les inscriptions arabes de Tlemcen », in Revue Africaine, 1859-1862. 

L'Algérie en héritage : art et histoire, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2003 – 2004), Paris : Institut du monde arabe/Actes Sud, 2003, p. 291, n° 212. 

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Hinz, W., « Dhira’ » in Encyclopédie de l’Islam, t. III, nouvelle édition, Leyde, Paris, E. J. Brill, Maisoneuve & Larose, 1998, p. 238-239.

Dhina, A., Le royaume Abdelouadide a l’époque d’Abou Hammou Moussa 1er et d’Abou  Tachfin 1er, Alger, OPU, ENAL, 1985.

 

Marçais, G., Marçais, W., Les monuments arabes de Tlemcen, Paris, A. Fontemoing, 1903.

Mikhal, O., « Le système des poids et mesure dans le Proche-Orient ancien (décembre 2006) », in ENS, Institut des langues anciennes, Cours et documents, [en ligne]. Disponible sur <http://languesanciennes.ens-lsh.fr/uploads/poids-mesures2.pdf> (consulté le 25 mars 2008).



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT