Qantara Qantara

Deux Feuillets du Coran de la Hadinah

  • Titre / dénomination : Deux Feuillets du Coran de la Hadinah
  • Lieu de production : Kairouan
  • Lieu de découverte : Kairouan
  • Date / période : 410 H. / 1020 J.-C.
  • Matériaux et techniques : Vélin ; encre noir, pigments et or
  • Dimensions : H : 45,5 cm ; l. : 31 cm.
  • Ville de conservation : Kairouan
  • Lieu de conservation : Musée des arts islamiques de Raqqada, Kairouan.
  • Numéro d'inventaire : P 227
  • Inscription :

    Sourate al-Hijr XV, 98-99 : « Glorifie donc Ton Seigneur par Sa louange et sois de ceux qui se prosternent ; et adore ton Seigneur jusqu'à ce que te vienne la certitude (la mort) ». Sourate an-Nahl XVI, titre.

Ces deux feuillets sont tirés d’un coran écrit en kufique oriental, copié et enluminé par Ali Ibn Ahmad al Warraq pour la nourrice (al Hadinah) de l’émir ziride Badis. La commanditaire l’a constitué en legs (habous) au profit de la Grande Mosquée de Kairouan ; l’acte de donation, daté de 1020 et authentifié par le cadi (juge) kairouanais Abdallah ibn Hachim, est mentionné sur le colophon de l’ouvrage.

Ce coran, de format vertical, est écrit sur du vélin. Ce format, déjà utilisé aux VIIe-VIIIe siècles pour des corans produits à Sanaa (Yémen), se répandit dans le monde islamique à partir du IXe siècle, à une période où les corans de format oblong ou « à l’italienne » étaient majoritaires en Ifriqiya.

Le tracé des cursives y est plus triangulaire que courbe. Les signes diacritiques sont absents de cette écriture ; néanmoins, conformément au style développé par Al Khalil Ibn Ahmed[1], les signes orthographiques abondent. Les voyelles sont marquées en rouge, le sukûn et la shaddah en bleu, la hamza et la maddah en vert.

Le titre de la sourate suivante est indiqué par un rectangle encadré d'entrelacs dorés dans lequel figurent le nom de la sourate et le nombre de ses versets, et d'où émane une palmette stylisée dorée soulignée de bleu se projetant dans la marge. Cette disposition en exergue des titres des sourates est une constante dans l’enluminure des corans ; elle se maintiendra largement au fil des siècles.

Sur l'autre feuillet figure un frontispice, d'un décor très simple, constitué de deux rectangles superposés encadrés d'entrelacs dorés d'où émanent, de trois côtés, trois palmettes d’un style proche de celui du motif marginal. Ce type de décor se perpétue dans d'autres corans kairouanais du Xe et début du XIe siècle et apparaît déjà, avec certains décors similaires comme la palmette, sur des frontispices de corans iraniens et égyptiens, telle l'enluminure, probablement égyptienne, qui date Xe siècle, conservée à la British Library à Londres (inv. Ms 11735).

La graphie utilisée présente une grande similitude avec le kufique oriental surtout pour le "lam alif" et les lettres, comme le "jim", le "kaf" et le "nun" se trouvant à la fin du mot. Cette écriture s'est développée en Iran à partir du Xe siècle, et peut s’observer par exemple sur un feuillet de coran conservé à la Bibliothèque Nationale de France à Paris[2]. Elle se propagea dans tout l’Orient, jusqu'en Égypte pour atteindre l'Ifriqiya à la fin du Xe- début du XIe siècle, et sans doute le Maroc comme l'atteste un coran conservé à la Bibliothèque Nationale de Rabat[3]. L'élégance du kufique oriental lui valut un long usage, sinon pour le texte coranique entier, du moins pour les titres des sourates[4], la basmala… Certaines lettres, notamment celles figurant dans le bandeau de titre de la sourate, possèdent des hampes fleuronnées, qui rappellent par exemple la graphie utilisée en Égypte fâtimide sur de nombreux supports : bois[5],  textile[6], papier[7].

Remarquons que l'écriture kufique du coran de la Hadinah a gardé une certaine nostalgie pour le kufique classique, qui se manifeste surtout dans le "ba" et le "ta" qui se trouvent à la fin du mot.

NOTE

[1] Écrivain et philologue du sud de l’Arabie (718-791), il publia le premier dictionnaire d’arabe (Kitab al-Ayn ou Le livre source)  et établit le système diacritique de la langue arabe.

[2] Coran, Iran, XIe-XIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms Arabe 7263.

[3] Coran sur parchemin, Maroc, début IXe siècle, Rabat, Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc, inv. GI.TI.GI.TII http://www.bnrm.ma/fr/manuscrits/new%20pic/img001_800.jpg

[4] Page de coran, Iran, 1186, Dublin, Chester Beatty Library, n°1438, f°40a. photo in Ettinghausen et Grabar p.357.

[5] Panneau épigraphique provenant de la mosquée al-‘Umarî à Qus, XIe siècle, bois, Le Caire, musée d’Art islamique, inv. 3100. Trésors fâtimides du Caire, p.152 n°93.

[6] Fragment de turban à inscription de tirâz, Égypte, règne d’al-‘Azîz, 975-996, lin et soie, Peseux, collection J.-F. Bouvier, inv. JFB I 103 et 103 bis. Trésors fâtimides du Caire, p.110, n°33.

[7] Dessin aux deux guerriers, Égypte, trouvé à Fostat, XIe siècle, encre sur papier, Le Caire, musée d’Art islamique, inv. 13703. Trésors fâtimides du Caire, p.102, n°22.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

30 ans au service du patrimoine, cat.exp.,Tunis, Palais du Belvédère, 1986, Tunis, INAA, 1986, p. 215.

Tunisie : du  christianisme à l’islam. IVe- XIVe siècle, Lattes, musée archéologique, 2001, Lattes, Landes et Ben Hassen, 2001, p.194, n°114.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Splendeurs et Majesté, Corans de la Bibliothèque Nationale, cat.exp., Paris, Institut du monde arabe, 1987, Paris : IMA-BN, 1987, p. 29-30.

Lings M., Safadi, Y.H., The Qur'an, Word of Islam Festival, Londres, World  of Islam Festival Publishing Compagny Ltd., 1976, pl. IV-V, p.33-36.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT