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Mausolée de Sidi Sahbi

  • Nom : Mausolée de Sidi Sahbi
  • Lieu : Kairouan,Tunisie
  • Date/période de construction : Sans doute au XIIIe–XIVe siècle. Rénovation en 1092 H /1681 J.C. ; construction de la madrasa en 1072 H /1662 J.C  
  • Matériaux de construction : Pierre, brique, marbre, bois
  • Décor architectural : Carreaux de céramique ; stuc ; marbre , bois peint
  • Destinataire/mandataire : Hammouda Bacha et Mohammed Ibn Mourad Bey.
  • Auteur : Ahmed et Mustafa al-Andalusî

Ce complexe est situé à l’extérieur de la médina, sur l’emplacement de la tombe d’un compagnon du Prophète, Abu Zama'a al-Balawi (m. 654), surnommé Sidi Sahbi, considéré comme le patron de la ville.

Accessible par une entrée menant à une grande cour à portiques pavée de briques, ce complexe renferme un mausolée, une madrasa et plusieurs pièces.

À l'angle nord-ouest de cette cour se dresse un minaret de type hispano-mauresque, à l'étage occupé par deux baies géminées encadrées de revêtements de céramique. Son sommet est surhaussé de merlons à degrés, contrairement aux minarets kairouanais aux merlons arrondis.  

De cette cour, on accède au mausolée par un vestibule coudé menant à un patio bordé par deux portiques à arcs outrepassés reposant sur des chapiteaux néo-corinthiens ornés du croissant ottoman. Ce passage mène à un bel espace couvert d’une coupole sur trompes, inscrit dans la tradition des coupoles kairouanaises[1]. Celle-ci est richement décorée de panneaux en stuc à motifs végétaux et géométriques de style hispano-mauresque (hexagones, étoiles, rosaces…) et turquisant (bouquets de fleurs, cyprès…). Vient ensuite la chambre funéraire couverte d’une coupole sur trompes, surmontée à l'extérieur par un lanternon. Cet espace obscur débouche sur un lieu très éclairé composé d’une cour à portiques à arcs brisés outrepassés aux façades ornées de panneaux de céramique et de stuc.

De la zawiyya, un escalier mène à la cour à portiques de la madrasa, desservant des pièces de logement et une salle de prière répartie en trois nefs et six travées couverte d’une toiture en terrasse et d’une coupole bulbeuse sur trompes en avant du mihrâb, orné de panneaux de marbre encadrés de carreaux de céramique.

La cour de la madrasa conduit au sud-est vers d’autres pièces d’hébergement réparties sur deux niveaux autour d’une courette.

Ce complexe renferme aussi un entrepôt pour le stockage des produits provenant des habous et des dons, et un appartement composé d’une cour entourée de pièces d’hébergement connu sous le nom de « 'al-'alwi du pacha ». Il accueillait le bey chargé de la perception des impôts et plus tard les hôtes de marque du mausolée.

Cet ensemble illustre les différents apports qui balayèrent la Tunisie à l'époque ottomane, contribuant ainsi à l'élaboration d'une personnalité artistique originale. L'influence la plus prégnante est hispano-mauresque ; ceci est confirmé par la nisba des maîtres-maçons qui ont supervisé les travaux de la madrasa. Elle se manifeste dans le minaret[2], le lanternon de la coupole de la chambre funéraire, proche de ceux visibles dans des villes tunisiennes peuplées d'andalous venus d'Espagne à la suite de la Reconquista[3]. On la perçoit aussi dans les carreaux en céramique polychromes et les plafonds en bois peint et sculpté très proches de ceux des madrasa et demeures de Marrakech de Fès et de Tunis aux XVIIe-XVIIIe siècles.

Les apports étrangers sont italiens (piédroits en marbre de certaines portes, encadrements de quelques fenêtres et chapiteaux néo-corinthiens) et ottomans (bouquets de fleurs décorant la façade du portique de la salle de prière, qui portent aussi une empreinte byzantine, caractéristique de l'art turc).

Le tout est mêlé aux traditions locales perpétuées par l'école architecturale kairouanaise, bien que ce mausolée, symbole de la spiritualité de la ville, soit le monument le plus représentatif des influences étrangères. Ce mausolée, qui s'apparente à celui de Sidi Mehrez à Tunis (XIXe siècle), est un lieu vénéré des tunisiens, où l’on célèbre plusieurs festivités : mouled[4], contrats de mariage, circoncision… Il servait auparavant de lieu de rassemblement pour les caravanes venues de tout le Maghreb avant leur départ pour le pèlerinage à la Mecque.

NOTE

[1] Voir par exemple la coupole en avant du mihrâb de la Grande de Kairouan, 862. Mosquée

[2] Il  rappelle ceux de la mosquée de la Kutubiya à Marrakech (1158), de la Grande Mosquée de Tlemcen (XIIe siècle) et de la mosquée de la Qasaba  à Tunis (1282).

[3] Coupole de la Grande Mosquée de Testour (XVIIe siècle, avant 1631).

[4] Cette fête commémore la naissance du Prophète.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Maoudoud, K., Kairouan, Tunis, 2000, ANEP, p.32-36.

Marçais G., Tunis et Kairouan, Paris, 1937, Renouard, p.68-69.

Roy, B., Poinssot, P., Inscriptions arabes de Kairouan, Paris, 1950, Klincksieck, vol. 2, fasc.1, p.65-67.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Benaboud, N., El-Khatib Boujibar, K. Lakhdar, M., Le Maroc andalou, A la découverte d'un art de vivre, Amman-Aix en Provence, 2000, Musée sans frontières.

Wilbaux Q., Marrakech, le secret des maisons jardins, Paris, 1999, A.C.R. édition.

Golvin L., Essai sur l’architecture religieuse musulmane, t. IV, Paris, 1979, Klincksieck.



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