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Salle du trône du palais de Mshattâ

  • Nom : Salle du trône du palais de Mshattâ
  • Lieu : Jordanie, palais de Mshattâ
  • Date/période de construction : Mil. VIIIe siècle, règnes d'al-Walîd II (743 - 744) ?
  • Matériaux de construction : Brique
  • Destinataire/mandataire : Al-Walîd II ?

La « salle du trône » de Mshattâ est composée d’un grand hall basilical terminé par un triconque, un élément architectural à plan en trèfle, qui devait être couvert d’un dôme. Une triple arcade monumentale, souvenir des arcs de triomphe romains, précède la salle et met en valeur son plan à trois nefs. Constitué uniquement de moulures et de six rosettes, le décor de cette façade rappellerait par son austérité certaines églises syriennes, comme le complexe à la mémoire de Saint-Syméon le stylite (Qala’a Seman), daté de la fin du Ve siècle.

Le plan basilical n’est pas une nouveauté dans le monde méditerranéen : il tire son origine des basiliques de l’empire romain et s’est rapidement adapté à un usage religieux dans les églises paléochrétiennes, à partir du modèle de la basilique Saint-Pierre édifiée par Constantin en 324 à Rome. En Syrie byzantine, plusieurs églises l’utilisent, comme celles de Resafa datées du début du VIe siècle, et certains historiens de l’art ont pensé que leur exemple a pu donner naissance au plan hypostyle des mosquées de type arabe, comme à Damas.

Le triconque, quant à lui, pourrait remonter aux premiers siècles de l’ère chrétienne, puisque Golvin en trouve trace dans l’architecture romaine, associé au culte impérial. Quelques siècles plus tard, la forme est utilisée dans le palais de Théodoric à Ravenne (v. 493), puis essaime vers la Syrie : dès 488, une inscription enregistre l’érection d’un triconque, et le palais épiscopal de Bosra, élevé en 512, présente un élément similaire. Le palais ghassanide de Qasr ibn Wardan (564) présente lui aussi ce type de plan, qui selon Lavin, préfigure largement celui de Mshattâ. Son association récurrente avec le pouvoir laisse penser qu’il était employé dans le même but de valorisation du prince commanditaire à Mshattâ.

Si la forme du triconque tire son origine du monde classique méditerranéen, il est toutefois intéressant de constater que cette partie de l’édifice est réalisée en brique, suivant la tradition iranienne. La brique n’est certes pas inconnue en Syrie, mais il semble qu’elle soit employée dans un espace noble pour la première fois à Mshattâ. De même, l’emploi d’une grande antichambre et la création d’une allée processionnelle, ininterrompue depuis l’entrée jusqu’au triconque, constitue pour Hillenbrand la marque de la prépondérance de l’influence iranienne à Mshattâ. De nombreux palais parthes et sassanides, comme celui de Qasr-i Shirin, présentent la même disposition, qui sera plus ou moins reprise dans les palais abbassides, comme ceux du Balkuwara et du Dar al-Imara à Samârrâ. Les voûtes en berceau très légèrement brisées des bayt attenants, qui s’appuient directement sur les murs et dont les briques sont posées de champ entérinent cette idée d’une forte influence iranienne.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Creswell, K.A.C., Early muslim architecture, I, 2, New-York : Hacker art Books, 1979. (2de ed.), p. 578 – 606.

Hillenbrand, R., « Islamic Art at the Crossroad, East versus West at Mshatta », in Essays in islamic art and architecture, Malibu : ed. Daneshvari, 1981.

Lavin, I., « The house of Lord », in Art bulletin, 44, 1, 1962, p. 1 - 27.

 



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