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Façade sud du palais de Mshattâ

  • Titre / dénomination : Façade sud du palais de Mshattâ
  • Lieu de production : Mshattâ, Jordanie
  • Date / période : Mil VIIIe siècle, règne d'al-Walîd II (743 - 744) ?
  • Matériaux et techniques : Pierre sculptée
  • Dimensions : H. (totale) : 5,07 m
  • Ville de conservation : Berlin
  • Lieu de conservation : Museum für islamische Kunst

Le parement de pierre de la façade sud du palais de Mshattâ est entièrement sculpté en relief. Entre deux moulures ornées de rinceaux végétaux s’étend un long bandeau organisé autour d’une ligne brisée. Ce long zigzag, qui selon Kühnel pourrait dériver d’un motif d’art populaire arabe, divise l’espace en vingt-huit triangles posés alternativement sur la base et sur la pointe, dont chacun est décoré selon un schéma similaire : une rosace est le nœud d’une composition où s’entremêlent, suivant un canevas géométrique, les éléments végétaux parfois habités d’animaux. Mais, si tous suivent un plan d’ensemble, chaque triangle diffère des autres, en fonction de l’artiste qui en a coordonné la réalisation. E. Kühnel a ainsi distingué trois styles différents pour la zone à l’est de l’entrée.

Animés ou non, les rinceaux sont utilisés fréquemment dans le monde pré-islamique, chrétien comme iranien, et continuent d’être employés durant les siècles suivants tant en Orient qu’en Europe. Jaillissant d’un vase, ils suivent un schéma né dans le monde romain, parfois utilisé chez les Sassanides et rapidement adopté par l’Islam, dans les mosaïques du Dôme du Rocher notamment. Ce motif se retrouvera ensuite jusqu’en Iran Safavide, dans les « tapis à vase », par exemple. Certains rinceaux sont scandés de cercles perlés qui évoquent les soieries sassanides dont les décors se poursuivent en Islam jusqu’au XIIe siècle. Souvent copiés par les Byzantins, ces textiles étaient exportés vers l’Europe, où ils servaient fréquemment à envelopper des reliques.

Absents de la partie située à l’ouest de l’entrée, qui correspond au mur qiblî de la mosquée, les animaux se trouvent en nombre sur le côté opposé. Souvent affrontés de part et d’autre d’un calice, ils rappellent un schéma déjà présent dans les sceaux cylindres antiques puis très utilisé dans l’art chrétien en illustration du psaume 42, qui évoque le fidèle s’abreuvant à la parole divine. D’autres motifs, comme les oiseaux, semblent directement inspirés de l’Égypte copte, d’où provenaient certains artistes. Ils côtoient des créatures fantastiques : centaure et sphinx, qui proviennent de la culture classique baignant tout le monde méditerranéen avant l’Islam, senmurv, « dragon-paon » iranien lié, sous les Sassanides, à l’astrologie, à la religion zoroastrienne et au pouvoir. À l’origine divinité d’Asie centrale, cet animal figure encore souvent sur des médaillons et des talismans, comme simple figure de prospérité. Il a aussi souvent été représenté dans le monde byzantin, et parfois même sur des œuvres romanes[1].  

L’unique figure humaine, au centre d’un rinceau de vigne, évoque les vendangeurs des travaux des mois tels qu’ils sont représentés sur certaines mosaïques romaines ou à Qusayr Amra (Jordanie). La vigne elle-même est souvent utilisée pour les rinceaux, simplement en raison de son caractère décoratif. Elle pourrait néanmoins ici conserver une valeur iconographique : employée avec de nombreux félins, elle rappellerait Dionysos. Une telle iconographie, inspirée de l’antique, ne serait pas unique : on la trouve à la même période en Égypte copte. Les pommes de pin des rosaces, quant à elles, proviendraient de l’Iran sassanide.

Par l’utilisation conjointe de motifs sassanides et classiques, adaptés à une esthétique nouvelle (caractère couvrant, forte stylisation géométrique des rinceaux), la façade sud de Mshattâ peut être considérée comme une véritable œuvre de transition entre les mosaïques du Dôme du Rocher (Jérusalem) et les décors abbassides de Samarra.

NOTE

[1] Pion orné d’un basilic, France, seconde moitié du XIe siècle, ivoire de morse, Abbeville, musée Boucher de Perthes, n° 151.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Hillenbrand, R., "Islamic Art at the Crossroad, East Versus West at Mshatta", in Essays in Islamic Art and Architecture, Malibu, éd. Daneshvari, 1981. 

Kühnel, E., "Some Notes on the Facade of Mshatta", in Studies in Islamic Art and Architecture in Honour of Pr KAC Creswell, Cairo, 1965.



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