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Tesson au Christ bénissant

  • Titre / dénomination : Tesson au Christ bénissant
  • Lieu de production : Égypte
  • Date / période : XIe – XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique ; décor lustré
  • Dimensions : H. 7,2 ; L. 11,3 cm
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 5397/1

Ce fragment de coupe est décoré selon la technique du lustre métallique. Un mélange d’oxydes de cuivre et d’argent est déposé sur une glaçure blanche opaque ; lors de la cuisson, dite réductrice, c’est à dire sans apport d’oxygène, les oxydes se transforment en particules métalliques et de créent ainsi une zone de décor aux reflets miroitants. Né sans doute en Irak au IXe siècle, ce procédé était largement utilisé sous les Fatimides, comme le prouvent les nombreux tessons retrouvés sur le site de Fustât. Il fut ensuite adopté au Maghreb au XIe siècle et se rencontre en Iran au XIIe siècle. En Espagne, où des productions sont aussi attestées depuis le XIIe siècle, il continua d’être employé après la Reconquista, alors que des centres se développaient aussi en Italie (Deruta, Gubbio).

Le décor représente le Christ, barbu, cheveux longs, reconnaissable à son nimbe crucifère. Vêtu d’une tunique à décor d’écailles et d’un manteau, il tient un livre, sans doute les Évangiles, et sa main droite esquisse une bénédiction. Les deux doigts joints symboliseraient la double nature du Christ alors que les trois autres, levés, rappellent la Trinité. Selon certains, il pourrait aussi s’agir d’une manière de dessiner l’alpha et l’oméga, en référence à plusieurs passage de l’Apocalypse de saint Jean. (Ap. 21 :6, 22 :13). Fréquent dans les représentations paléochrétiennes, ce geste est souvent utilisé dans les figurations du Christ en majesté au Moyen-Âge. C’est notamment le cas sur une peinture du monastère égyptien de Saint-Antoine datable du XIIIe siècle. On peut imaginer qu’à son instar, le tesson devait présenter le Christ assis sur un trône.

Inspirée sans doute des Jupiter antiques, l’iconographie du Christ barbu et trônant est récurrente dans l’art chrétien depuis l’antiquité tardive. Représenté ainsi depuis le Ve siècle dans l’abside des églises[1], le Christ est en général entouré d’une mandorle, dont la forme du plat pouvait ici tenir lieu. Souvent, plusieurs personnages l’entourent. Vers le VIIe siècle, dans une niche du monastère de Baouit (Égypte)[2], ce sont les « quatre vivants », le lion, le bœuf, l’aigle et l’ange, dont parle une vision du prophète Ezechiel (Ez. I, 4-5), et qui sont assimilés aux évangélistes. Ce schéma est très utilisé en Égypte[3], en Ethiopie[4] et jusque dans les mondes ottonien[5] et roman[6]. Lorsqu’il est accompagné d’anges, le Christ en trône devient celui de l’Ascension, comme dans une église macédonienne[7] ou sur un linteau provençal[8], tous deux datés du XIe siècle. Dans l’iconographie byzantine, il peut être aussi encadré par saint Jean-Baptiste et la Vierge[9] lors de la Déïsis, ou simplement recevoir l’hommage d’un haut personnage[10]. Ici, le caractère très fragmentaire de l’objet ne permet pas de reconnaître exactement l’iconographie, d’autant que les mêmes schémas sont longtemps utilisés dans toutes les communautés chrétiennes de la Méditerranée. 

Stylistiquement, la frontalité du Christ, son regard fixe, sa bouche marquée par un trait et son monosourcil rappellent les fresques des églises égyptiennes et la peinture de manuscrit contemporaines, comme par exemple une tête de Christ sur un feuillet du XIIe siècle[11]. Le motif de nœud, sur la gauche, peut aussi faire référence aux en-tête et aux croix de livres coptes de cette période. Etant donné cet ancrage dans la culture copte, on a parfois attribué ce tesson au potier Sa’d, signataire de la seule autre céramique lustrée fâtimide à iconographie chrétienne nous étant parvenue[12]. Mais si des similitudes apparaissent dans les incisions des motifs végétaux, il existe aussi d’importantes différences.

NOTE

[1] Le premier exemple connu est la mosaïque du Christ trônant au milieu des apôtres, Rome, église Sainte-Pudentienne, début du VIe siècle.

[2] Niche peinte, Égypte, monastère de Baouit, salle 6, VIe – VIIe siècle, peinture, Le Caire, musée copte 7118. 

[3] Christ en majesté, Égypte, désert d’Esna, Couvent des martyrs, XIIe siècle, fresque.

[4] Christ en Gloire, Ethiopie, Dabra Salam, église Saint-Michel, XIIIe siècle, fresque. 

[5] Le Christ en majesté, Codex Aureus Epternacensis, Eternach, av. 1039, enluminure sur parchemin, Nuremberg, Germanisches Nationalmuseum, ms. HS 2° 156142, fol. 3 v°.

[6] Portail occidental de la cathédrale Saint-Trophime d’Arles, France, v. 1180 – 1190, pierre sculptée.

[7] L’ascension, Ohrid (Macédoine), église Sainte-Sophie, milieu du XIe siècle, peinture murale.

[8] Linteau, France, Saint-Genis des Fontaines, abbatiale, 1020, pierre sculptée.

[9] Déïsis, Abu Gosh (près de Jérusalm), v. 1170, peinture murale. 

[10] Constantin IX Monomaque et Zoé, Constantinople, église Sainte-Sophie, milieu du XIe siècle, mosaïque.

[11] Saint Thomas, évangile apocryphe, Égypte, Deir al-Abiad, Xe – XIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale de France, Copte 129 (18), fol. 101.

[12] Londres, Victoria and Albert Museum, C 49-1952.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Bahgat, AB ; Massoul, F., La céramique musulmane de l’Egypte, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1930. p. 65, pl. XXXII, fig. 2.

Wiet, G., Album du musée arabe du Caire, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1930. n° 65.

Islamic Art in Egypt 969 – 1517, (cat. exp. Le Caire 1969). n° 113 p. 127.

Rutchowskaya, M.-H. ; Bénazeth, D., L’art copte en Égypte, 2000 ans de christianisme, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris : Institut du monde arabe/Gallimard, 2000. n° 189 p. 180.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Caiger-Smith, Alan. Lustre pottery. Technique, tradition and innovation in Islam and the Western World. London/Boston : Faber and Faber, 1986.

Duchet-Suchaux, G., Pastoureau, M., La Bible et les saints, guide iconographique, Paris : Flammarion, 1994 (2de ed. ).

Heck, C. (dir.), Moyen âge, Chrétienté et Islam, Paris : Flammarion, 1996.

Zibawi, M., Images de l’Égypte chrétienne : iconologie copte, Paris : Picard, 2003.

Velmans, T., Rayonnement de Byzance, Paris : Thalia Édition, 2006.

Trésors fatimides du Caire, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris/Gand : Institut du monde arabe/Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998.



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