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Les portes en bois de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

  • Nom : Les portes en bois de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
  • Lieu : Puy-en-Velay, Auvergne
  • Date/période de construction : Deuxième moitié du XIIe siècle

Les portes en bois de la cathédrale Notre-Dame du Puy sont encore conservées sur place, malgré un assez mauvais état de conservation1. Elles donnent accès à deux chapelles de part et d’autre du porche, l’une dédiée à saint Gilles, l’autre à saint Martin. Chaque porte se compose de deux vantaux formés par l’assemblage de quatre planches de mélèze, disposées dans le sens vertical, et d’une épaisseur d’environ cinq centimètres. La porte de la chapelle Saint-Gilles est dédiée à l’Enfance du Christ2, tandis que celle de la chapelle Saint-Martin rapporte des épisodes de la Passion3. La technique de sculpture utilisée est celle du champlevé ou méplat : les représentations se détachent très plates sur le fond creusé. A l’origine, les décors et les modelés étaient soulignés par une riche polychromie, dont il reste quelques traces dans les scènes supérieures du cycle de l’Enfance du Christ.

La porte de l’Enfance du Christ a conservé une inscription incomplète qui révèle le nom de l’artiste et celui du commanditaire : « Gauzfredus me f[e]cit, Petrus edi[ficavit] ». Gauzfredus ne nous est pas connu, mais on s’accorde généralement pour reconnaître en Pierre, le maître d’œuvre, un évêque du Puy. On l’a ainsi identifié à l’évêque Pierre III, qui occupa le siège épiscopal entre 1143 et 1156. Mais on a également pensé à Pierre IV de Solignac (1159-1189). Sur cette même porte figure une inscription arabe en lettres coufiques qui reprend une formule pieuse fréquente dans les décors islamiques : « La souveraineté est à Allah ». Émile Mâle déclarait : « L’Islam ici révèle sa présence, et si l’on pouvait douter d’abord, on n’en a plus le droit maintenant ». Il considérait alors ces portes comme l’œuvre d’un artiste musulman. On ne peut en effet contester la présence de cette formule empruntée directement à l’Islam, toutefois l’artiste, sans être nécessairement musulman, a pu s’inspirer d’objets islamiques qui circulaient dans le pourtour méditerranéen ; en témoigne la présence au Puy de l’olifant d’ivoire conservé au Musée Crozatier et considéré comme provenant des ateliers islamiques d’Italie du Sud. De plus, ce type d’inscription décorative coufique ou pseudo-coufique n’est pas unique, il apparaît dans le Midi toulousain et languedocien, à Moissac, à Saint-Pierre-de-Rhèdes, à Lavoûte-Chilhac et jusqu’au nord de la péninsule ibérique.

Comme le fait remarquer Walter Cahn, on a exagéré l’influence islamique depuis le XIXe siècle, omettant la dimension latine et occidentale de ces portes. Témoins majeurs de l’art roman, elles prouvent l’importance qui était accordée au Moyen Age à la porte et son décor, symboles des portes du Paradis. L’idée d’opposer le cycle de l’Enfance du Christ à celui de la Passion est fréquente à l’époque romane et se retrouve par exemple sur les portes de Sainte-Marie-au-Capitole à Cologne, qui datent du XIe siècle, ou sur une série de monuments italiens du XIIe siècle, à commencer par les portes en bronze exécutées par Bonanus pour les cathédrales de Pise et de Monreale en Sicile. L’œuvre du Salut du Christ sur terre est ainsi mise en avant à l’entrée de l’édifice et s’inspire peut-être de l’illustration d’une Bible romane. Gardienne de l’entrée de l’église, les portes, qu’elles soient en bronze ou en bois, se présentent comme la double page d’un manuscrit ouvert dans lequel le fidèle est invité à lire avant d’entrer dans le royaume céleste matérialisé par l’église.

NOTE

1. La surface est très usée, notamment dans les parties inférieures. Elles ont été restaurées en 1960 par le Service des Monuments historiques.

2. Le cycle commençait en bas et à gauche par l’Annonciation, suivie peut-être par la Visitation et la Nativité – épisodes aujourd’hui perdus – , puis l’Annonce aux bergers, l’Adoration des Mages, la Chevauchée des Mages vers le roi Hérode, le Massacre des Innocents, la Présentation au Temple.

3. La Résurrection de Lazare, l’Entrée à Jérusalem, la Cène, l’Arrestation de Jésus, le Christ devant Pilate, le Portement de Croix, la Crucifixion, les Saintes Femmes au tombeau, l’Ascension et la Pentecôte.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

BARRAL I ALTET X., La cathédrale du Puy-en-Velay, Milan-Paris, 2000.

BARRAL I ALTET X., « Sur les supposées influences islamiques dans l’art roman : l’exemple de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay », Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, Chrétiens et Musulmans autour de 1100, XXXV, 2004, p. 115-118.

CAHN W., The Romanesque wooden doors of Auvergne, New York, 1974.

MALE E., « Les Influences arabes dans l'art roman », Revue des Deux-Mondes, 1923, p. 311-343.



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