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Pichet zoomorphe

  • Titre / dénomination : Pichet zoomorphe
  • Lieu de production : Umm al-Walid, Jordanie
  • Date / période : Période omeyyade (661-750)
  • Matériaux et techniques : Alliage de cuivre et de plomb moulé
  • Dimensions : H. 15 cm ; l. max. 7,2 cm ; poids : 564 g
  • Lieu de conservation : Musée archéologique de Madaba
  • Numéro d'inventaire : Ma4866

Ce pichet zoomorphe en bronze est composé de plusieurs parties fabriquées séparément et assemblées. Les détails techniques témoignent d’un savoir-faire exceptionnel. La panse adopte une forme ovale, que prolonge un long col facetté. Une large poignée, partant des épaules et attachée à la panse, est reliée au couvercle par une attache, de sorte qu’on ouvre le couvercle en tirant la poignée en arrière. Le couvercle présente un diamètre identique à celui de la base, et se renferme ainsi en douceur. Le pichet repose sur trois pieds, chacun est composé de deux parties facettées.

On ne peut dire avec certitude de quel animal il s’agit (c’est peut-être un chameau ou un cheval). La tête présente deux oreilles de forme élégante. Les pieds sont assez longs, ce qui permet de disposer le pichet sur un brasero pour maintenir son contenu à température élevée. Le liquide est versé à travers la gueule de l'animal. Un petit orifice au sommet de la tête, entre les oreilles, facilite l’écoulement du liquide. Un pichet similaire a été découvert à al-Fudayn (Jordanie), et date également de l’époque omeyyade. Un autre exemplaire, doté de trois pieds, d’un corps facetté et d’un bec long et droit, se trouve au musée des Arts islamiques, à Berlin[1].

Ce pichet fait partie d’un groupe d’objets trouvés à Umm al-Walid, situé à 15 km à l’est de Madaba. Ce site témoigne de différentes périodes culturelles, à commencer par l’Âge du Bronze. De nombreux édifices omeyyades y ont été découverts, dont une mosquée et des palais, notamment le Palais Oriental et le Khan al-Zabib. Ces derniers datent de la période omeyyade et du début de la période abbasside. Les palais comprenaient de nombreuses salles ; il s’agirait de maisons familiales. Il est possible que des familles unies les unes aux autres par des liens tribaux aient résidé dans ces palais.

Ce groupe d’objets en métal (un encensoir, une balance, une marmite, un mortier et un pilon…) a été découvert dans l’une des salles d’un ensemble domestique situé à l’angle nord-est du Palais Oriental. Il comprend cinquante pièces, dont un ensemble de récipients domestiques omeyyades ornés, et des objets en ivoire et en stéatite. La disposition de ces objets, le long d’un mur et sous une couche de gravas, indique qu’ils se trouvaient à leur place d’origine. Cela suggère que les habitants ont été surpris par un tremblement de terre qui a frappé la région, et ont déserté le site.

Toutes ces pièces, y compris le pichet, ont été fabriquées dans un alliage de cuivre et de plomb, ce qui facilitait le moulage. La diversité des techniques employées indique que certains objets ont été produits sur place, ou à proximité du site. À cet égard, il faut mentionner un couvercle défectueux, similaire à un autre exemplaire trouvé sur le site (voir ci-dessus).

Les objets zoomorphes sont répandus dans la culture islamique, dès le début du califat. Quelques animaux en bronze omeyyades ont été préservés, comme un coq[2] et un aigle. Un groupe d'aiguières de la même époque possèdent un bec en forme de coq[3]. Cette production s’est poursuivie plus tard, dans l’Espagne omeyyade (756-1031), comme l’attestent certaines bouches de fontaines en forme de cerf, dans l’Égypte fatimide (969-1171), comme en témoignent des statuettes de lions[4], de chèvres ou de lièvres, mais aussi dans l’Iran seljuqide (1038-1194), qui produisit des brûle-parfum en forme de félins, par exemple[5]. La plus étonnante des créations de ce type est sans doute le grand griffon du XIe ou XIIe siècle qui orne le toit de la cathédrale de Pise, et qui fut peut-être fabriqué en Espagne.

De nombreuses aquamaniles en bronze furent produites dans l’Europe médiévale, particulièrement entre le XIe et le XVIe siècle, et un grand nombre d’entre elles adoptaient des formes d’animaux, réels ou imaginaires : lions, chevaux, oiseaux, dragons ou licornes[6]

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Bujard, J., Schweizer, F., Entre Byzance et L’Islam. Umm er-Rasas et Umm el-Walid: Fouilles genevoises en Jordanie, (cat. exp., Genève, Musée d’art et d’histoire, 1992 − 1993), Genève, 1992, Musée d’art et d’histoire, Fondation Max van Berchem.

Bujard, J., « Umm al-Walid et Khan ez-Zabib: Cinq Qusur omeyyades et leur mosquées revisités », in The Annual of the Department of Antiquities of Jordan, XLI, 1997, p. 351-373.

Bujard, J., Genequand, D., « Umm al-Walid et Khan az-Zabib, deux établissements omeyyades en limite du désert jordanien », in Conquête de la steppe, Lyon, 2001, Maison de l’Orient, p. 189-218.

Bujard, J., « Les Objets métalliques d’Umm al-Walid (Jordanie) », in Antiquité tardive : revue internationale d'histoire et d'archéologie (IVe - VIIIe s.), 13, 2005, p. 135-140.

Haldimann, M.-A., « Les Implantations omeyyades dans la Balqa: l'apport d'Umm el-Walid », in The Annual of the Department of Antiquities of Jordan, XXXVI, 1992, p. 307-323.

Discover Islamic Art: Musée sans Frontière, Collection permanente  http://www.discoverislamicart.org; (consulté le 15 avril 2008).



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