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Mosquée al-Hakim

  • Nom : Mosquée al-Hakim
  • Lieu : Le Caire, Égypte
  • Date/période de construction : 990-991, complétée par al-Hâkim 1002-1013
  • Matériaux de construction : Brique, pierre
  • Décor architectural : décor sculpté, stuc et bois sculptés
  • Destinataire/mandataire : Calife al-‘Azîz Billâh (r. 975 – 996) ; ajouts par le calife al-Hâkim (r. 996 – 1021)
  • Dimensions : 120,8 x 113 m
  • Inscriptions :

    En kufique fleuri, sur les minarets, inscriptions coraniques (Cor, XXVIII, 4 ;  et énonciations de la date (rajab 403 H. / mai 1003) et du nom du commanditaire, le calife al-Hâkim. Inscriptions coraniques sur l’entrée principale, et dans la travée centrale.

  • Restauration :

    En 1303 par l’émir Baybars al-Jashankir ; en 1360 par Sultan Hasan ; au XVe siècle par un marchand (adjonction d’un minaret) ; au XIXe siècle par Shaykh ‘Umar Makram. Réaffectation au culte chiite à l’époque contemporaine.

Cette mosquée, fondée extra-muros en 990 par le calife al-‘Azîz, s’appelait à l’origine al-Anwâr, « la brillante », un nom lié, comme al-Azhar « la splendide », à la  symbolique de la lumière, très présente dans l’idéologie chiite. Beaucoup plus tard le nom d’al- Hâkim fut donné à la mosquée en hommage aux importants travaux réalisés dans le bâtiment par ce calife. Ces dates sont attestées par l’historien Maqrîzî, mais aussi, pour les travaux d’al-Hakîm, par des inscriptions sur les minarets et l’entrée principale. Lors de la construction de la muraille de Badr al-Jamâlî en 1087 – 1092 la mosquée fut incluse à l’intérieur ; la muraille longe d’ailleurs le mur nord-est, et englobe le minaret nord.

La mosquée, en forme de rectangle irrégulier, est de plan arabe, comme celles d’Ibn Tûlûn et  d’al-Azhar qui la précèdent dans le temps. La cour à ciel ouvert était entourée d’un portique sur tous ses côtés. La salle de prière rappelle, par ses cinq nefs parallèles au mur de qibla, une travée transversale plus large, au centre, magnifiant l’accès au mihrâb, et ses piliers rectangulaire parfois cantonnés de colonnes, la mosquée Ibn Tûlûn (Le Caire, 879).

Deux minarets s’élèvent aux angles nord et ouest. Contrairement au reste de la mosquée, ils étaient en pierre, comme la façade. Ils sont de forme différente, l’un à fût circulaire posé sur un socle parallélépipédique, l’autre octogonal, s’élevant d’une sur une haute base de section carrée. Mais en 1010, pour des raisons inconnues, le calife al-Hakim leur fit ajouter une enveloppe carrée, qui masque en grande partie les constructions originales. Après un tremblement de terre en 1303, Baybars al-Jashankir fit restaurer la partie supérieure effondrée des minarets, en faisant édifier au sommet deux kiosques en brique octogonaux, décorés de niches à décor de coquille, couronnés d’une rangée de petits muqarnas superposés et couverts d’un petit dôme polygonal côtelé.

La mosquée possédait à l’origine onze portes, un nombre élevé rappelant les mosquées de Samarra. La plus importante, reprenant le modèle de la Grande Mosquée de Mahdiyya (910, Tunisie), est celle réalisée en pierre et située au milieu de la façade principale, dont les deux escaliers entourent un passage voûté donnant accès à la cour. Comme deux entrées latérales, elle s’inscrit dans un porche en projection, orné ici de niches sculptées et de carrés sur la pointe, qui rappelle la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie, IXe siècle), se décline encore sous les Fatimides (mosquée al-Aqmar), puis sous les Mamluks (mosquée de Baybars).

Dans la cour comme dans la salle de prière, les arcs brisés reposent sur des piliers de section rectangulaire, cantonnés parfois de colonnes à l’entrée du transept, comme à la mosquée Ibn Tûlûn. Le mihrâb d’origine est encore conservé, à l’exception de deux colonnes latérales de soutien. Il est précédé d’une coupole, refaite à la période mamluke ; les deux autres, qui se situaient aux angles de la salle de prière, ont disparu (peut-être al-Azhar présentait-elle cette particularité, qui se retrouve ensuite au Maghreb).

Le décor de la mosquée est riche et varié. De nombreuses inscriptions coraniques datant du règne d’al-Hakim sont sculptées en kufique fleuri ; on retrouve cette calligraphie à différentes époques, tant en Espagne[1] qu’en Iran[2] et en Anatolie[3]. On note aussi la présence de nombreux motifs végétaux stylisés (fleurons, palmettes ou compositions plus complexes) et géométriques (carrés sur la pointe, étoiles à cinq ou six branches, entrelacs…). Entre les arcs de la salle de prière, des tirants de bois sculptés rappellent le style C de Samarra (Irak), qui avait déjà essaimé en Égypte à la période tulunide[4]. Les merlons qui entouraient les murs extérieurs de la mosquée rappellent aussi Ibn Tulun, et les chapiteaux bulbeux des colonnes de la travée centrale, certaines peintures de Samarra.

Comme la mosquée Al-Azhar, celle d’Al-Hakîm a sans doute servi de modèle à la période mamluke, notamment lors de l’édification des mosquées de Baybars et Muhammad ibn Qalâ’ûn.

NOTE

[1] Coffret en ivoire, Cordoue, 961-965, Londres, Victoria and Albert Museum, A.580-1910 (http://collections.vam.ac.uk/objectid/O77077)

[2] Bol en or, Iran, début du XIe siècle, Londres, British Museum

[3] Inscriptions des colonnes de la mosquée Yeni Cami, Bursa, XVIe siècle.

[4] Panneau à l’oiseau stylisé, musée du Louvre, OA 6023

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Barrucand, M., « Des constructeurs de talent », in Trésors Fatimides du Caire, cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1998, Paris, Institut du monde arabe, Snoeck-Ducjau & Zoon, 1998, p. 60 – 69, en particulier p. 66 – 67. 

Behrens-Abouseif, D., Islamic architecture in Cairo, an Introduction, Leyde, New-York, Copenhague, Cologne, E.J. Brill, p. 63 – 65.

Bloom, J. M., « The mosque of al-Hakim in Cairo », in Muqarnas, I, 1983, p. 15 – 36.  

Creswell, K.A.C., The Muslim Architecture of Egypt, vol. I, New-York, Hacker Art Books, 1978, p. 65 – 106.



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