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Le décor du complexe du sultan al-Nâsir Hasan

  • Nom : Le décor du complexe du sultan al-Nâsir Hasan
  • Lieu : Le Caire, Égypte
  • Date/période de construction : 1356-1363
  • Matériaux de construction : Marqueterie de marbres polychromes, bandeaux d’épigraphie en stuc
  • Décor architectural : Bois peint et en marbre sculpté, sculpture sur pierre, mosaïque de céramique

Selon les sources littéraires arabes (Maqrîzi[1]), des artisans du monde entier vinrent travailler sur le chantier de ce complexe. Le décor recèle en effet une multiplicité d’influences, reflet de la tradition syro-égyptienne locale, du poids des influences artistiques de la Turquie seljukide, et de l’impact de composantes occidentales et extrême-orientales.

Les façades du complexe, animées par de hautes niches en ressaut, évoquent encore l’architecture fatimide du Caire, par exemple la mosquée Sâlih Talâ’i‘(1160). La corniche évoque les gorges égyptiennes antiques.

Tout comme sa structure, le décor du portail révèle des influences étrangères. Celle de l’Anatolie seljukide est visible dans les motifs d’entrelacs géométriques et de rosaces fleuronnées ; la région possède en effet une tradition du travail de la pierre qui s’épanouit déjà dans les bâtiments chrétiens arméniens[2]. Une pierre sculptée en bas-relief, dans le jambage droit, est peut-être un remploi provenant d’un édifice chrétien ou, selon les auteurs, la marque du travail d’un sculpteur chrétien : un bâtiment à clocher et un portail d’église y sont figurés. Des motifs de fleurs de lotus[3] et de chrysanthème, disposés en frise en bas du ressaut gauche, reflètent la pénétration de motifs extrême-orientaux dans le monde musulman, depuis la pax mongolica signée en 1326 entre la dynastie mongole il-khanide (dont la généalogie est liée aux Yuan de Chine), et les Mamluks.

Des traces de mosaïque de céramique, technique d’origine iranienne, sur la façade ouest du mausolée, seraient à rapprocher de la venue au Caire d’artistes de Tabriz sous le règne de al-Nâsir Muhammad, le père de Sultan Hasan. Ce décor est aussi utilisé dans l’architecture des Seljukides de Rum. à la fin du XIIIe siècle.

Le décor intérieur met également en œuvre des éléments d’origines variées. Les revêtements de marbre des sols, des murs et des mihrâb, dans l’îwân principal et dans le mausolée, agencés en panneaux rectangulaires à motifs d’arcatures, sont à rapprocher de la tradition byzantine, assimilée et réutilisée dans le décor islamique dès l’époque omeyyade[4], puis aux périodes suivantes avec une complexification toujours croissante. L’Italie des XIIIe-XIVe siècles voit se développer ce type de décor[5], qui inspirera les revêtements versaillais du XVIIe siècle.

Les inscriptions monumentales en thuluth en stuc et en bois gravé prennent place dans de larges bandeaux situés dans les zones hautes de l’îwân de prière (on peut y lire le nom du décorateur : ‘Abd Allâh Muhammad ‘Alî) et du mausolée. Des fleurs de lotus constituent le fond végétal du bandeau de stuc du sanctuaire, reflétant comme sur le portail une influence de l’Extrême-Orient par l’intermédiaire de l’art il-khanide. Ces fleurs sont présentes dans l’art mamluk, sur des corans, des objets en verre émaillé et doré[6] ou encore en métal[7].

Le minbar et la dikka de l’îwân de prière sont réalisés en pierre. Les Ottomans, qui s’emparent de l’Égypte en 1517, utiliseront le même matériau.

Plusieurs lampes furent produites pour le complexe. Aujourd’hui conservées dans différents musées[8], elles révèlent la faveur dont jouit la technique du verre émaillé et doré en Égypte et en Syrie depuis la période ayyubide. Leur succès fut tel que des exemplaires furent créés pour des commanditaires chrétiens, et qu’une production occidentale en découla dès le XVIe siècle[9].

NOTE

[1] Maqrîzi, Khitat, II, p.316ff.

[2] Cf. à ce propos l’Église d’Aghtamar, Arménie, Xe siècle.

[3] Sur le portail et en fond des inscriptions de la salle de prière.

[4] Damas, Syrie, Grande Mosquée, 706.

[5] Italie, Florence, Cathédrale Santa Maria Dei Fiore, 1296-1436.

[6] Lampe de mosquée, Égypte, Le Caire, vers 1329-1335, New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 17.190.991.

[7] Bassin, bronze incrusté d’argent et d’or, Égypte ou Syrie, Londres, British Museum, inv. 1851.1-4.1.

[8] Lampe en verre émaillé et doré, 1356-1361, Londres, Victoria & Albert Museum, inv. 323-1900.

[9] Lampe de mosquée, Venise, XVIe siècle, Istanbul, Topkapi Sarayi Müzesi.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Al-Harithy, H.N., « The complex of Sultan Hasan in Cairo, reading between the lines », in Muqarnas, vol. XIII, 1996, p. 68-79.

Behrens-Abouseif, D., « Architecture of the Bahri Mamluks », in Islamic Architecture in Cairo: An Introduction,  Leyde, New York, E.J. Brill, 1989, p. 122-128.

Hautecoeur, L., Wiet,G., Les mosquées du Caire, vol. I et II, Paris, 1932, pl. 130 à 134.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Blair, S.S., Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p. 85-96 et p. 107.

Cassanelli, R. (dir.), La Méditerranée des Croisades, Paris, Citadelles & Mazenod, p. 177.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 303-327.



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