Qantara Qantara

Complexe du sultan al-Nâsir Hasan

  • Nom : Complexe du sultan al-Nâsir Hasan
  • Lieu : Le Caire, Egypte
  • Date/période de construction : 1356-1363
  • Matériaux de construction : Pierre
  • Décor architectural : Marqueterie de marbres polychromes, bandeaux d’épigraphie en stuc, en bois peint et en marbre sculpté, sculpture sur pierre, mosaïque de céramique.
  • Dimensions : L : 150 m ; l : 68 m
  • Inscriptions :

    - Portail : sourate de la lumière, Cor. XXIV, 36-37.

    - Vestibule, le long des quatre parois : sourate du Repentir, Cor. IX, 18-25.

    - Cour :

    - au-dessus des quatre portes qui s’ouvrent dans les angles, à droite et à gauche des deux îwân latéraux, quatre bandeaux de marbre identiques : Basmala. « La fondation de ce collège béni a été ordonnée par notre maître le sultan, le témoin de la foi, le défunt al-Malik al-Nâsir Hasan, fils de notre maître le sultan, le témoin de la foi, le défunt al-Malik al-Nâsir Muhammad ibn Qalâ’ûn. Ceci eut lieu dans le courant de l’année 764 (1363) ».

    - bandeau circulaire en bois à la base de la coupole du bassin aux ablutions : Basmala. Cor. II, 255-256. « En l’année 764 (1363) ».

    - battants de la porte à l’extrémité du corridor, à l’entrée de la cour, inscription en bois répétée six fois : « Puissance à notre maître le sultan al-Malik al-Nâsir Hasan – que sa victoire soit fortifiée ! ».

    - Parois de la madrasa malékite, bandeau de stuc : Basmala. Cor. XXII, 41. « Ô Dieu, accrois le bien et continue les dons, nous te demandons, à Toi le meilleur de ceux qu’on peut solliciter,…celui qui a fondé cette bonne œuvre, dont l’origine est notre maître le sultan très grand,…et des indigents…et place la royauté… ».

  • Restauration :

    Restauration du Sultan Qâ’it Bay, d’après l’inscription dans la zone de transition de la coupole du mausolée.

Cet ensemble est localisé dans une rue en pente face à la citadelle du Caire. Il a été érigé pendant le règne du sultan mamluk al-Nâsir Hasan[1] et comporte une mosquée, quatre madrasa et un mausolée au sud-est, en saillie sur la rue. Il est connu sous la dénomination de mosquée-madrasa mais aussi de madrasa funéraire. La zone nord-ouest aujourd’hui démolie accueillait un hôpital, un bazar, un système d’adduction d’eau, des bains et des cuisines.

De monumentales façades encerclent l’ensemble[2]. Couronnées d’une corniche à muqarnas évoquant les gorges égyptiennes antiques, les façades sont percées par de hautes fenêtres sur quatre niveaux, correspondant aux cellules des madrasa. Deux minarets existaient sur la façade du mausolée ; seul celui du sud subsiste. Sa base carrée surmontée de deux étages octogonaux à balcons, son riche décor sculpté et le lanternon du niveau supérieur sont caractéristiques des minarets mamluks.

Le grand portail d’entrée quadrangulaire est disposé dans l’alignement de la rue, décalé par rapport à l’axe du bâtiment. Les deux volées d’escaliers sont inspirées de l’architecture seljukide d’Anatolie[3], influencée par l’architecture arménienne[4]. Deux minarets devaient compléter le portail ; un seul a été érigé puis détruit en 1360. L’entrée est encadrée de bandeaux à décor géométrique et surmontée d’une niche à muqarnas couronnée d’un demi-dôme nervuré, selon une disposition connue en Syrie au XIIe siècle[5] et en Anatolie au XIIIe siècle. On pénètre ensuite dans un vestibule à coupole sur pendentifs à muqarnas complétée par trois demi-dômes, qui évoque les plans centrés de l’architecture byzantine[6].

Un couloir coudé mène au cœur du complexe, organisé autour d’une cour pavée de marbre polychrome, agrémentée d’une fontaine à ablutions octogonale dont la superstructure repose sur sept colonnes. Quatre îwân encadrent la cour. Ce plan originaire d’Asie centrale et d’Iran connut une lente diffusion dans le monde musulman dès la fin du XIe siècle. Il a été transmis en Irak, en Anatolie seljukide, puis en Jézireh ayyubide, où il fut adapté à nombre de bâtiments, notamment pour des hôpitaux[7]. Il apparaît ici pour la première fois au Proche-Orient pour une madrasa.

Quatre madrasa sont accessibles par des entrées ménagées dans les îwân nord et sud. Organisés autour d’une cour centrale dotée d’un îwân côté qibla, ces ensembles sont complétés par quatre étages de cellules pour les étudiants.

L’îwân sud-est est dévolu à la prière. Le mur de qibla est animé par un mihrâb en marbre polychrome. Une dikka et un minbar en marbre complètent l’ensemble. Le décor de ce dernier reflète le travail du bois, spécialité des artisans mamluks et matériau traditionnel de ces meubles liturgiques. L’utilisation du marbre préfigure les minbar ottomans. Derrière le mur de qibla se trouve le mausolée du fondateur[8]. Son plan carré sous coupole, utilisé en Égypte depuis l’époque fatimide[9], est connu depuis le Xe siècle[10] en Iran.

Le décor est concentré sur le portail, l’îwân de prière et le mausolée. Marqueterie de marbre, pierre sculptée, bandeaux épigraphiques en marbre, en stuc ou encore en bois doré laissent apparaître des inspirations variées. Celles-ci révèlent les composantes de la société mamluke : la tradition syro-égyptienne est enrichie d’une forte influence turque seljukide. Les contacts diplomatiques et commerciaux établis avec l’Occident et l’Extrême-Orient se traduisent également dans le décor.

Les portes en bronze reflètent la haute qualité du travail du métal mamluk. Par ailleurs, pas moins de cinquante lampes de mosquée au nom du sultan ont été réalisées pour le complexe[11]. Elles reflètent l’importance de la technique du verre émaillé et doré, en plein essor depuis la période ayyubide.

NOTE

[1] Al-Nâsir Hasan régna dès 1347, avec une interruption en 1351-1354. Il fut assassiné en 1361.

[2] Les pierres de la façade seraient un remploi de pierres d’époque pharaonique provenant du site de Gizeh.

[3] Il a souvent été comparé au portail de la Gök Madrasa de Sivas (1271).

[4] Ensemble funéraire d’Alc’, Turquie, IVe siècle ; Chapelle du monastère d’Amaghu Noravank, Arménie, XIIIe siècle.

[5] Maristan de Nûr al-Dîn Zangî, 1154, Syrie, Damas.

[6] Cf. l’église Saint-Élie de Thessalonique, vers 1360.

[7] Cf. note n°5.

[8] Le corps du souverain n’a jamais été disposé.

[9] Mausolée de Sayyida ‘Atîka, 1122, Le Caire.

[10] Mausolée des Samanides, Ouzbekistan, Boukhara, début du Xe siècle.

[11] Lampe de mosquée, verre émaillé et doré, Le Caire, Musée d’Art islamique, 1363, au nom du sultan. Lampe de mosquée, verre émaillé et doré, 1347-1361, Paris, musée du Louvre, inv. OA3364.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Al-Harithy, H. N., « The complex of Sultan Hasan in Cairo, reading between the lines », in Muqarnas, vol. XIII, 1996, p. 68-79.

Behrens-Abouseif, D., « Architecture of the Bahri Mamluks » in Islamic Architecture in Cairo: An Introduction,  Leyde, New York, E.J. Brill, 1989, p. 122-128.

Hautecoeur, L., Wiet, G., Les mosquées du Caire, vol. I et II, Paris, 1932, pl. 130 à 134.

Combe, E., Sauvaget, J., Wiet, G. (dir.), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, volume XVII, Le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, 1982, p. 18-24.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Blair, S. S., Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p. 85-96 et p. 107.

Cassanelli, R. (dir.), La Méditerranée des Croisades, Paris, Citadelles & Mazenod, p. 177.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 303-327.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT