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Complexe de Qalâ'ûn

  • Nom : Complexe de Qalâ'ûn
  • Lieu : Le Caire,Egypte
  • Date/période de construction : 1283 - 1285
  • Matériaux de construction : Pierre, brique dans la partie supérieure du minaret
  • Décor architectural : Pierre et stuc sculptés, bois peint, incrustations de marbres colorés, mosaïques (marbre et verre)
  • Destinataire/mandataire : Sultan al-Mansûr Sayf al-Din Qalâ’ûn al-Alfi (r. 1280 – 1290) / émir Alam al-Dîn Sanjar al-Shugâ’î
  • Dimensions : Pr. : environ 100 m, L (maristân) : environ 100 m, L (façade) : 67 m
  • Restauration :

    1303 (minaret)

Situé sur la principale artère du Caire médiéval, à l’emplacement de l’ancien palais occidental fâtimide, le complexe du sultan Qalâ’un est un grand bâtiment en forme de L comprenant un hôpital (mâristân), un mausolée et une madrasa. De tels complexes regroupant plusieurs fonctions existent au moins depuis la période des Saljuqides de Rum (1071 - 1307). Fréquents sous les Ayyûbides, et surtout sous les Mamlûks, ils connaissent ensuite un grand développement dans les empires ottoman et safavide. Le complexe de Qalâ’ûn fut bâti en moins de deux ans et une fontaine y fut ajoutée en 1326.

 Très longue, la façade n’est pas rectiligne, mais une longue bande d’inscription et une rangée de merlons lui confèrent de l’unité. Elle est scandée de hautes niches peu profondes, enfermant chacune trois niveaux de fenêtres, qui lui donnent une forte verticalité. Celles situées en partie supérieure, à deux lancettes surmontées d’un oculus, rappellent les cathédrales gothiques. Sans doute importées par les Croisés, ces baies géminées se retrouvent un peu plus tard dans le premier art ottoman, comme au complexe Hüdavendigar de Brousse (1365 – 1385). Á l’extrémité du complexe s’élève un minaret à trois fûts, dont le plus élevé, circulaire, fut ajouté par al-Nasir Muhammad ibn Qalâ'un après un séisme en 1303. Son décor d’arcs polylobés entrecroisés rappelle l’Espagne (Alhambra de Grenade) et le Maghreb.  

Au IXe siècle, de grandes fondations médicales charitables existaient à Baghdad et au Caire (mâristân d’Ibn Tûlûn, 872 - 874). Celles-ci se sont ensuite répandues dans le monde islamique, et en particulier en Syrie, après la dislocation de l’empire. Lors d’une campagne militaire, le sultan Qalâ’un aurait été soigné dans le mâristân de Nûr al-Dîn à Damas, dont il se serait ensuite inspiré pour créer son propre hôpital. Selon l’acte de waqf, il était gratuit et destiné à tous les musulmans, sans distinction de classe sociale, d’âge ni de sexe, ainsi que le précise son acte de fondation ; chaque patient disposait d’un lit propre, ainsi que de nourriture et de médicaments préparés par des pharmaciens. Il resta en activité jusqu’au XIXe siècle, avant d’être abandonné et largement détruit en 1910, pour y installer un nouvel hôpital.

 À l’instar de celui de Nûr al-Dîn, le mâristân de Qalâ’un était organisé autour d’une cour sur laquelle ouvraient quatre grands iwân. Ce plan remonte peut être à des constructions buddhiques d’Asie Centrale (site de Adzhina Tepe). Très utilisé dans le monde iranien dès avant l’Islam, il se diffuse à partir du XIIe siècle dans le monde méditerranéen, en liaison avec le concept de madrasa. La madrasa de Nûr al-Dîn à Damas en présente trois ; celle du complexe de Qalâ'un en a quatre, mais très inégaux, deux n’étant que des renfoncements, tandis que l’un constitue une véritable salle de prière. Fermée par une arcade à deux niveaux, qui rappelle certaines réalisations byzantines antérieures[1], ce grand iwân suit un plan basilical à trois nefs, peut-être pour rappeler l’architecture des mosquées. 

Le grand iwân de la madrasa, comme le mausolée, donne sur la rue, ce qui permettait aux passants d’entendre les récitations et les prières prononcées à l’intérieur. Séparé de la madrasa par un couloir aux plafonds peints, le mausolée est sans doute la partie la mieux préservée du complexe. Une cour entourée d’arcades donne accès à la salle sous coupole, richement décorée d’incrustations de marbres et de nacre. Un moucharabieh entoure les cénotaphes, au centre. Posée sur un haut tambour octogonal qui repose lui même sur une alternance de piliers et colonnes, la coupole rappelle celle du Dôme du Rocher de Jérusalem, les Mamluks aimant à faire référence à des monuments omeyyades.

NOTE

[1] Catholikon du monastère d’Hosios Loukas, XIe siècle

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Behrens-Abouseif, Doris, Islamic Architecture in Cairo, an Introduction, Leiden, E.J. Brill, 1989.

Blair, S., Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250 – 1800, New-Haven et London, Yale Univesity Press, 1994. 

Creswell, K.A.C, The muslim architecture of Egypt, II. Ayyūbids and Early Baḥrite Mamlūks, AD. 1171 – 1326, New-York, Hacker Art Books, 1978.

Flood, FB, “Umayyad Survivals and Mamluk Revivals : Qalawunid architecture and the great mosque of Damascus”, Muqarnas, XIV, 1997. pp. 57 – 79.

Hillenbrand, Robert, Islamic Architecture : form, function, meaning, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2000.  

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Syrie, mémoire et civilisation, (cat. exp. Institut du monde arabe, 1993), Paris, Institut du monde arabe, Flammarion, 1993.

Anglade, E., Catalogue des boiseries de la section islamique, Paris, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 1988.

Behrens-Abouseif, D., « Mashrabiyya », in Encyclopédie de l’Islam, VI, Leiden, Paris, E.J. Brill, Maisonneuve et Larose, 1991, p. 706 – 708.

Fehévari, G. « Mihrab », in Encyclopédie de l’Islam, VII, Leiden, Paris, E.J. Brill, Maisonneuve et Larose, 1993, p. 7 – 15. 

Hillenbrand, R., « Madrasa », in Encyclopédie de l’Islam, V, Leiden, Paris, E.J. Brill, Maisonneuve et Larose, 1986, p. 1119 – 1144.

Rabbat, N., « Tirâz », in Encyclopédie de l’Islam X, Leiden, Brill, 2000, p. 573 – 578

Sijelmassi, M. (dir), Khatibi Abdelkébir, El-Moujahid el-Houssaïn, Civilisation marocaine, arts et culture, Casablanca, éditions Oum, 1996.



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