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Qasr al-Hallabat

  • Nom : Qasr al-Hallabat
  • Lieu : Jordanie
  • Matériaux de construction : Pierre
  • Décor architectural : Stuc sculpté, mosaïque (pavement), fresques
  • Dimensions : 10,70 x 11,80 m ; H. 2,10 m

Qasr al-Hallabat est peut-être l’un des sites les plus représentatifs et les plus importants du Moyen-Orient dans la perspective d’une compréhension des changements sociopolitiques et culturels qui eurent lieu dans la période de transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge, période qui donna naissance à la culture islamique.

À l’origine, al-Hallabat était un petit fort romain construit pour protéger la Via Nova Trajana, voie romaine qui partait de Bosra pour conduire à Aqaba, conquise en 106 ap. J.-C. Ce fort faisait partie du Limes Arabicus, la frontière de l’Arabie. Il fut agrandi et transformé en fort muni de quatre tours au IVe siècle apr. J.-C., probablement sous le règne de Dioclétien. Apparemment, il fut sévèrement endommagé par un tremblement de terre en 551, et fut alors transformé en monastère et en palais.

Au début du VIe siècle, les tribus arabes christianisées (les Tanukh, les Salih, et enfin les Ghassanides) commencèrent à jouer un rôle primordial dans la défense de la frontière. La plupart des forts du Limes Arabicus furent abandonnés par l’armée romaine régulière, et occupés dans de nombreux cas par des communautés monastiques, très actives dans la conversion de la population pastorale de la steppe pré-désertique, ou Badiya. Les monastères, et particulièrement ceux qui entretenaient la foi monophysite, profitaient du soutien des Ghassanides, les Arabes chrétiens fédérés qui détenaient de fait le pouvoir militaire au VIe siècle. Leur importance croissante dans les domaines militaire et politique fut entérinée par l’empereur Justinien. Les Ghassanides avaient besoin de lieux de pouvoir pour jouer leur nouveau rôle ; dans de nombreux cas, et notamment à Hallabat, ils choisirent des forts abandonnés pour installer leurs salles de conférence.

À de nombreux égards, les Ghassanides peuvent être considérés comme les prédécesseurs des Omeyyades, particulièrement dans le domaine architectural. Ils employèrent non seulement l’imagerie byzantine, mais aussi leurs propres traditions arabes d’origine « yéménite », pour définir une culture visuelle propre destinée à assurer leur nouveau statut et à affirmer leurs ambitions politiques, comme on peut le voir à Hallabat, mais aussi à Umm al-Jimal et à Bosra. Les Omeyyades, non plus vassaux mais gouverneurs d’un véritable empire, suivirent l’exemple des Ghassanides en de nombreux points. Ils établirent une culture héritée des deux empires qu’ils avaient défaits (les empires perse et byzantin), tout en conservant un solide ancrage dans l’identité arabe partagée et affirmée par les Ghassanides. De nombreux palais omeyyades, tels que al-Hallabat, Qasr al-Hayr al Gharbî, Qastal, Jabal Says ou Burqu, furent érigés sur des anciens sites ghassanides. Dans le cas qui nous occupe, leur intervention consista à se réapproprier les salons palatins tout en conservant leur fonction, et à transformer les dépendances monastiques en entrepôts fonctionnels pour le palais. Leur activité architecturale consista surtout à enlever les garnitures évoquant l’identité politique ou religieuse de leurs prédécesseurs chrétiens. Notons qu’au lieu de réutiliser l’humble décor de la chapelle intérieure, ils choisirent de construire une mosquée à l’extérieur des locaux existants, sur une hauteur d’où elle pouvait être visible de loin.

Un nouvel ensemble de mosaïques, de peintures murales et de frises en stuc fut appliqué sur le sol et les murs des salles de conférence, portant le nouveau message à l’attention de l’observateur. La décoration consiste en motifs géométriques, floraux, animaux et humains ; les styles diffèrent d’une pièce à l’autre. La grande mosaïque qui compose le dallage de la pièce 11 peut évoquer la tradition byzantine, mais aussi la mosaïque du lion et des gazelles à Khirbat al-Majfar, selon G. Bisheh. Son iconographie complexe, où un homme apparaît en train de guider une autruche, avait sans doute une signification, que nous avons perdue. Dans la plus grande des deux cours, on trouve la margelle d’un puits sur laquelle sont gravés des motifs d’arcs ornés de dessins géométriques.

Cette double intervention (la restauration et la réutilisation du palais ghassanide, et la construction d’une mosquée à l’extérieur des murs) est riche en enseignements. Elle témoigne de la scission politique et religieuse qui eut effectivement lieu, mais elle illustre également un intérêt un fait plus important : l’ascendant et l’influence en termes politiques et religieux sur la population pastorale qui affluait en ces lieux, et s’avérait une fois encore un soutien essentiel pour les nouveaux dirigeants.

Le processus de fusion entre influences romaines et byzantines, partho-sassanides et arabes qui fut conduit par les Omeyyades pour définir une culture nouvelle, n’a pas laissé de traces uniquement sur la décoration des revêtements du qasr ; on le retrouve également sur l’architecture de la mosquée. Cette dernière témoigne de la recherche d’un langage nouveau en termes structurels et décoratifs, un langage qui fait le lien entre l’Orient et l’Occident, et qui pose les jalons du développement d’un art islamique mature.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

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