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Mosquée-hôpital de Divrigi

  • Nom : Mosquée-hôpital de Divrigi
  • Lieu : Divrigi, Turquie
  • Date/période de construction : 1228-1229
  • Matériaux de construction : Pierre jaune clair ; décor de pierre sculptée, traces de polychromie
  • Dimensions : L. 64 m ; l. 32 m
  • Inscriptions :

    - Portail nord de la mosquée, sur un bandeau, en naskhî : «  Cette Grande Mosquée a été bâtie pour amour de dieu par ordre de l’esclave qui a besoin de la miséricorde de Dieu, Ahmad Shâh, fils de Sulaymân Shâh - que Dieu éternise sa royauté - à la date de l’année 626 (1228-1229) » + mention du nom du suzerain « Alâ al-Dîn Kay-Qubâdh, fils de Kay Khusraw » au sommet de la baie.

    - Portail ouest de la mosquée, sur une plaque, en naskhî : « Le premier qui bâtit les fondations de cette Grande Mosquée bénie, dans le désir de l’agrément de Dieu, fut le faible esclave, qui a besoin de la miséricorde de Dieu, Ahmad Shâh, fils de Sulaymân Shâh, fils de Shâhan Shâh, l’assistant de l’émir des croyants, - que Dieu éternise sa royauté et double sa puissance – dans un des mois de l’année 626 (1228-1229) »

    - Intérieur de la mosquée, travée contiguë, à l’ouest, à la coupole du mihrâb : « Œuvre de Hürrem Shâh ibn Mugis al-Hilatî »

    - Portail ouest de l’hôpital, trois lignes en naskhî en haut du panneau rectangulaire surplombant l’entrée : « A ordonné la construction de cette maison de santé (dâr al-shifâ) bénie, Tûrân Malik, fille d’al-Malik al-Sa’îd Fakhr al-Dîn Bahrâm Shâh dans l’un des mois de l’année 626 (1228-1229) »

    - Fenêtre (ancien portail) façade ouest de la mosquée,  inscription incomplète : « Ahmad… »

    - Fond de l’îwân nord de l’hôpital : « Œuvre de Hürrem Shâh d’Akhlat »

    Minbar de la Grande Mosquée, sur la balustrade : « Ahmad Shâh a ordonné la construction de ce minbar en 1241 » ;  + sur un motif en étoile, au centre du côté gauche : « Œuvre d’Ahmad de Tbilissi, fils d’Ibrâhîm ».

    - Contrefort du minaret : « …construit sous le règne de Suleyman Ier… par Ibrâhîm, fils d’Ahmad, entre 1523 et 1533 ».

L’édifice a été construit sous le règne des Menjugiqides, une principauté gouvernée dès 1072 par Menjugekm Ghâzi, qui y fut établi par le sultan seljukide Alp Arslan. Il comprend une Grande Mosquée qui servait probablement aussi de madrasa, et un hôpital dont une des pièces occupait peut-être la fonction de mausolée. C’est le premier complexe d’Anatolie, jalon initial d’une évolution qui aboutira aux külliyye ottomanes du XVIe siècle. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, l’ensemble servit de cache secrète au trésor du palais de Topkapi pendant la seconde guerre mondiale.

Comme beaucoup de bâtiments anatoliens, chrétiens ou musulmans, la qualité de sa construction est remarquable. Sur la façade, deux portails (au nord et à l’ouest) mènent à la mosquée. Le portail principal au nord est le cadre d’un surprenant développement de motifs décoratifs variés. On peut y voir des échos à l’art arménien, dans la qualité du travail de la pierre et le répertoire décoratif. L’entrée ouest voit se développer des motifs récurrents du répertoire seljukide, comme l’aigle bicéphale[1], à côté d’arabesques florales[2] évoquant l’art arménien. L’entrée est, aujourd’hui transformée en fenêtre, donnait sur la loge du sultan. Avec sa niche triangulaire à muqarnas, celle-ci s’inscrit dans l’architecture seljukide « classique »[3]. À l’ouest, un autre portail ouvre sur l’hôpital. Celui-ci, inscrit dans une double arcature brisée, est surmonté d’un tympan percé d’une fenêtre à colonnette centrale. Le contraste entre les motifs sculptés et les zones lisses évoquant le travail du stuc, et la disposition parfois illogique des motifs créent un effet « baroque », présent dans d’autres monuments anatoliens[4]. Des médaillons circulaires ornés de visages représentent peut-être le Soleil et la Lune.

La mosquée-madrasa est organisée en cinq nefs perpendiculaires au mur de qibla. La travée centrale élargie est soulignée par deux coupoles : polylobée devant le mihrâb, à lanternon au-dessus de la zone médiane occupée au sol par un bassin. La coupole à lanternon, procurant air et lumière, est particulièrement répandue dans les khân anatoliens au XIIIe siècle[5]. D’épais piliers restaurés soutiennent la retombée des arcs. Les voûtements, tous uniques, et la technicité du travail de la pierre s’y déployant sont caractéristiques des bâtiments anatoliens et rappellent la virtuosité de l’architecture de brique iranienne[6].

À l’angle nord-ouest, un escalier mène au minaret cylindrique complété d’un contrefort circulaire d’époque ottomane[7]. Le mihrâb en pierre est sculpté de motifs concaves et convexes. Le minbar en ébène, signé d’un artisan géorgien, présente un décor géométrique, végétal et épigraphique caractéristique de l’époque[8].

L’agencement intérieur de l’hôpital est hérité du plan des khân et des madrasa d’Anatolie[9]. L’influence iranienne y est manifeste. Quatre îwân, de tailles très différentes, se déploient autour d’une zone centrale à bassin octogonal surmonté d’un oculus. L’îwân d’entrée est flanqué de salles fermées, tout comme les îwân latéraux est et ouest, doublés d’une petite galerie. L’îwân principal à l’est, encadré par deux salles, est décoré d’un imposant motif de coquille sur sa paroi est. Les piles à pans coupés sont d’origine ; les mêmes se trouvaient probablement dans la mosquée. Un escalier placé contre le mur ouest mène au second niveau. Une pièce à l’angle nord-est communiquant avec la mosquée accueillait, selon la tradition, les tombeaux des fondateurs.

NOTE

[1] Vase à l’aigle bicéphale, Jézireh, fin XIIe-déb. XIIIe s., céramique siliceuse, décor peint sous glaçure, Paris, musée du Louvre, inv. OA 8178.

[2] Évangile d’Awagvank, Haute-Arménie, 1201, Erivan, Matenadaran, n°10359, f°11.

[3] Mosquée de Khuand Khatun, Anatolie, Kayseri, 1237-1238.  

[4] Ince Minareli madrasa, Anatolie, Konya, 1258.

[5] Sultan Han, Anatolie, route de Sivas à Kayseri, 1232-1236.

[6] Dôme sud et dôme nord de la Grande Mosquée d’Isfahan, Iran, fin XIe s.

[7] Voir l’inscription qui y figure, datant du règne de Soliman le Magnifique.

[8] Les motifs végétaux de demi-fleurons charnus évoquent un pupitre en bois provenant de la tombe de Jalâl al-Dîn Rûmî, Konya, 1279, bois peint et doré, Konya, musée Mevlâna, inv. 332.

[9] Cifte Minareli madrasa, Turquie, Erzerum, 1253.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Bakirer, O., « The Story of Three Graffiti », in Muqarnas, vol. XVI, 1999, p. 42-69.

Combe, E., Sauvaget, J., Wiet, G. (dirs), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, vol. X, Le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, 1939, p. 265-266.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 316-317.

Gabriel, A., Monuments Turcs d’Anatolie, t. II, Amasya, Tokat, Sivas, Paris, E. de Broccard, 1934, p. 174-188, pl. LXIV-LXXVIII.

Konya et le règne des Seldjoukides, (cat. exp., Amiens, musée de Picardie, 24 décembre 1999 − 2000), Amiens, Éditions du musée de Picardie, 1999, p.11-14.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Cassanelli, R., La Méditerranée des Croisades, Paris, Citadelles & Mazenod, 2000, p. 174-194.

Crowe, Y., « Divrigi: Problems of Geography, History and Geometry », in Colloquies on Art and Archeology, n° 4, Londres, W. Watson, 1974.

Donabédian, P., Thierry, J.M., Civilisation et Arts arméniens, Paris, Citadelles & Mazenod, 1987, p. 130-136, p. 378-385, p. 261-271.

Ettinghausen, R., Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 314-332.

Ibn Khaldun, The Mediterranean in the 14th Century, Rise and Fall of Empires, (cat. exp., Séville, Real Alcazar, 2006), Séville, Fundación El Legado andalusi, 2006, p. 276-285.



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