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Fragments du revêtement d’une porte

  • Titre / dénomination : Fragments du revêtement d’une porte
  • Lieu de production : Maroc, Fès
  • Date / période : 1136
  • Matériaux et techniques : Bronze moulé, laiton martelé ; décor gravé
  • Dimensions : H. 75 cm ; L. 40 cm
  • Ville de conservation : Fès
  • Lieu de conservation : Musée des Arts et Traditions Dâr Batha
  • Numéro d'inventaire : 57.17.1
  • Inscription :

     الغبطة المتصلة السعادة

     «  La joie permanente, le bonheur ».

    الغبطة المتصلة الكاملة و اليمن و الإقبال و السعادة و العز و التؤد  و النصر

    « La joie permanente, totale ; la félicité ; la bravoure ; le bonheur ; la puissance ; l’appui ; la victoire».

Cette œuvre remarquable, de l’époque almoravide, est l’un des plus anciens témoignages datés de l’art des artisans du métal hispano-maghrébins. Ces fragments proviennent de la porte de l’annexe funéraire Bâb al-Janâ’iz de la mosquée al-Qarawiyyîn de Fès. Les fragments se composent d’une série de plaques libres à décor gravé, sur lesquelles sont rivetés des galons en fort relief. L’ensemble était plaqué sur une porte en bois, maintenu par de gros clous à tête godronnée.

La plaque supérieure, rectangulaire et étroite, enferme une belle inscription votive réalisée dans une élégante graphie kufique placée sur un fond de rinceaux fleuronnés très fins. Les hampes des lettres s’achèvent par des crochets. L’inscription, eulogie fréquente, énonce: « La joie permanente, le bonheur ».

Ce bandeau couronne une composition géométrique faite de deux compartiments octogonaux sécants qui enserrent chacun un motif cruciforme au centre orné d’un carré lobé posé sur la pointe, composition qui se rencontre fréquemment sur des portes. À l’intérieur s’organisent des cercles concentriques au centre orné de palmettes et de rinceaux, bordés de deux bandeaux, tressés puis épigraphiques, où une graphie cursive souhaite : « La joie permanente, totale ; la félicité ; la bravoure ; le bonheur ; la puissance ; l’appui ; la victoire». Les écoinçons, les espaces libres de cette composition ainsi que les bandeaux latéraux s’ornent de cartouches dans lesquels se développe un fin décor végétal fait de palmettes et de rinceaux qui s’organisent le long d’un axe de symétrie.

Le vocabulaire ornemental de cette pièce atteste des sources multiples et des influences qui s’exercèrent dans la zone ifriqiyenne, où l’art almoravide du bronze et du bois, ainsi que l’art omeyyade de Cordoue et des Reyes de Taifas jouent un rôle prépondérant. Parmi les motifs floraux que l’on rencontre sur ce panneau figure le fleuron, qui par sa forme montre peut-être une influence de la Syrie ayyubide. Certains motifs floraux sont des innovations locales ou andalouses, comme la palme simple asymétrique longue et enroulée. L’artisan s’est imprégné des courants décoratifs du XIe siècle pour créer une composition épurée et équilibrée, qui témoigne à la fois de son lieu de production et de son époque.

Bâb Janâ’iz, Bâb Sbitrîyin et Bâb al-Ward : ces portes de la mosquée al-Qarawiyyîn sont parmi les plus anciennes présentant un revêtement de bronze au Maghreb et en Andalousie. Elles se distinguent des rares modèles andalous qui nous sont parvenus, dont le plus ancien remonte à l’époque almohade, au XIIe siècle. Ces pièces témoignent de l’existence, à Fès, dès l’époque almoravide, d’un atelier florissant de dinanderie dont l’existence est confirmée par des textes anciens. Ibn Sa‘îd, écrivain musulman d’Espagne du XIIIe siècle qui rédige un ouvrage sur le Maghreb, nous rapporte qu’aux périodes almoravides et almohades l’Andalousie importait du Maroc des objets fabriqués en cuivre et en laiton. Le mouvement s’inverse à la fin du XIIIe siècle, comme en témoignent par leur style les pièces marocaines du XIVe siècle, qui dérivent clairement d’ouvrages andalous. On a pendant longtemps considéré que les première porte à présenter un revêtement de bronze dans le monde musulman étaient les portes de la mosquée Sâlih Tala’î au Caire, datées de 1160, ce qui fait de la porte marocaine antérieure une œuvre majeure pour la compréhension de la chronologie de l’art du métal.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Cambazard-Amahan, C., Le décor sur bois dans l’architecture de Fès, Paris : CNRS, 1989, p. 81-89, fig. 8-9 ; XXA et B.

Terrasse, H., Art hispano-mauresque des origines au XIIIème siècle, Paris : publications de l’Institut des Hautes Etudes Marocaines, XXV, 1932, p. 27.

Maroc, les trésors du royaume, (cat. exp., Paris, musée du Petit Palais, 1999) Paris : Paris-Musées, 1999, p. 105 n° 144.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Sourdel-Thomine, J., « Khatt », in Encyclopédie de l’Islam, t. IV, nouvelle édition, Leyde/Paris, E. J. Brill/Maisonneuve & Larose, 1998, p. 1144-1154.

Halsall, P., « Ibn Said: Book of the Maghrib 13th Century » in Medieval Sourcebook [en ligne]. Disponible sur < http://www.fordham.edu/halsall/source/maghrib.html> (consulté le 19/02/08) [From Ibn Said, Book of the Maghrib, in Ahmed ibn Mohammed al-Makkari, The History of the Mohammedan Dynasties in Spain, translated by Pascuual de Gayangos, (London: Oriental Translation Fund, 1840), 1, 95-102]



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