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Mosquée al-Qarawiyyîn

  • Nom : Mosquée al-Qarawiyyîn
  • Lieu : Maroc, Fès
  • Date/période de construction : 245 H./856-57
  • Matériaux de construction : pierre, pisé, briques, cuites
  • Décor architectural : stuc sculpté, mosaïque de céramique, bois sculpté et peint
  • Inscriptions :

    Inscription de fondation : Panneau de cèdre conservé au musée Dâr Batha à Fès, en graphie kufique :

    « Dieu et ses anges prient sur le Prophète ! Ô vous qui croyez ! Priez sur le Prophète et appelez sur lui le salut complet ! Il a attesté qu’il n’est de divinité que Lui ! Gloire à Dieu le Sublime !

    Cette mosquée a été construite pendant le mois de dhu al-qa‘da de l’année 263 (juillet/août 877) sur l’ordre de l’imam – que Dieu l’illustre – Dâ’ûd ibn Idrîs que Dieu l’assiste, l’ennoblisse, le préserve du mal, lui apporte Son aide puissante et lui donne une victoire éclatante ! »[1]

À la suite d’une période d’anarchie à Kairouan (entre 818 et 825-826), Muhammad ibn ‘Abdallâh al-Fihri, riche commerçant, s’installa avec sa famille à Fès. À sa mort, ses deux filles Fatima et Maryam recueillirent un important héritage qu’elles décidèrent de consacrer à des oeuvres de bienfaisance. Dans le quartier des Andalous, Maryam construisit la mosquée des Andalous. Sa sœur Fatima acheta un jardin maraîcher et obtient l’accord du prince idrisside Yahyâ ibn Idrîs pour ériger le premier noyau de la future al-Qarawiyyîn. Pour assurer l’entretien de l’édifice et en garantir le fonctionnement, elle légua en biens de mains mortes (waqf) tous ses trésors.

La première mosquée était un simple oratoire, la prière du vendredi continuant d’être prêchée à la mosquée al-Shurafa’. Elle n’y fut transférée qu’à partir de 933. La mosquée fut alors dotée d’un minbar et appelée « mosquée des Kairouanais ». Celle-ci s’organisait suivant un plan quadrangulaire. Une cour précédait la salle de prière divisée en quatre nefs parallèles au mur de la qibla. Un minaret dont il ne subsiste plus de trace s’élevait à l’opposé du mihrâb, presque au milieu de la façade nord de l’édifice.

Cette mosquée dont les limites sont soulignées dans l’état actuel de la bâtisse par des piliers cruciformes demeura inchangée jusqu’au milieu du Xe siècle. En 956, des travaux d’agrandissements furent entrepris, auxquels le calife omeyyade d’Andalousie, ‘Abd al-Rahmân al-Nasîr, contribua[2]. La cour et le minaret primitifs furent remplacés et la superficie de la mosquée doublée. La salle de prière comptait ainsi sept nefs parallèles au mur de la qibla, constituées chacune de 21 travées supportées par des arcs en plein cintre outrepassés reposant sur des piliers carrés maçonnés en briques cuites.

En 985, lors d’une expédition victorieuse à Fès, al-Mansûr[3] fit édifier la coupole située à l’entrée de la nef axiale. Son fils dota la mosquée d’un minbar et d’un bassin dont il ne subsiste aucune trace. Au siècle suivant, les Almoravides (1056-1147) en firent la plus grande mosquée du Maroc islamique[4]. L’espace devenu trop exigu fut agrandi. Les maisons avoisinantes furent détruites, le mur de la qibla et la nef axiale abattus. L’oratoire fut prolongé de trois nefs du côté de la qibla et la nef axiale, plus large que les autres, surélevée comme aux grandes mosquées de Kairouan et de Cordoue et embellie de plusieurs coupoles. La mosquée fut également dotée d’un beau mihrâb et d’un minbar au décor proche de celui de la Kutubiyya. Les différentes combinaisons décoratives témoignent d’un échange presque continu entre l’Occident musulman et l’Orient[5]. Il est probable que ‘Alî ibn Yûsuf[6] fit venir pour orner ses sanctuaires et ses palais les meilleurs artistes espagnols. La mosquée se caractérise par ses nefs parallèles à la qibla, à l’image de sa contemporaine, la mosquée des Andalous. Par la forme, elle s’inspire des grandes mosquées omeyyades de l’Orient, notamment celle de Damas.

Dix-sept  portes assurent l’accès à la mosquée et ses différentes annexes. Outre la salle d’ablutions et le dépôt, les Almohades (1130-1269) firent fondre l’ancien lustre pour refaire celui de la nef axiale. Les Marinides (1196-1549) aménagèrent à côté du minaret une salle pour le muwaqqit, qu’ils dotèrent d’ingénieux instruments pour fixer les heures des prières dont le plus célèbre est l’horloge hydraulique inventée par Ibn al-Habbak en 1286. Ils remplacèrent l’ancien mihrâb de la cour, restaurèrent la galerie nord de celle-ci et dotèrent l’oratoire de plusieurs lustres en bronze. En 1350, ils firent construire la bibliothèque sur l’ordre du souverain Abû ‘Inân Fâris. Les Saadiens agrémentèrent la cour de deux pavillons se faisant face, inspirés de ceux de la cour des lions de l’Alhambra à Grenade.

NOTE

[1] Traduction G. Deverdun in Terrasse 1968, p. 77. Cette inscription mérite d’être revue car il est fort probable qu’elle a été sculptée tardivement et placée à l’intérieur de la mosquée.

[2] Par l’envoi de « l’argent du quint du butin pris aux Chrétiens » (Terrasse 1968, p. 12).

[3] Al-Mansûr ibn Abî ‘Âmir, l’Almanzor des chroniques hispaniques médiévales, était hâdjib du sultan omeyyade d’Espagne Hishâm II et dirigea de fait le royaume omeyyade entre 978 et 1002, date de sa mort.

[4] La mosquée al-Qarawiyyîn reste un des plus vastes sanctuaires du Maroc. Elle ne sera dépassée qu’à la fin du XIIe siècle par la mosquée Hasan à Rabat (25000m2). À la fin du XXe siècle, elle occupe la troisième place, après les mosquées Hasan II à Casablanca et Hasan à Rabat.

[5] À l’entrée de la nef axiale s’élèvent deux coupoles à dôme apparent et  zébrés de rainures en zigzag que l’on retrouve curieusement à Sousse (Tunisie). De larges frises ou de simples médaillons dessinés par des arcs à lambrequin et meublées d’un décor combinant épigraphie kufique, ornements géométrique et végétal rehaussent ces voûtes de l’art almoravide du début du XIIe siècle. On y relève des inscriptions se détachant sur des champs ornés de palmettes lisses ou digitées, de fleurons, de nodosités, de pommes de pin et de rinceaux.

[6] Souverain almoravide (r. 1106-1142).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Golvin, L., Essai sur l’architecture religieuse, t. IV, Paris, 1979.

Ibn Abi Zar’, Rawd al-Kirtas, Rabat, 1990.

Terrasse, H., La mosquée al-Qaraouiyin à Fès, Paris : C. Klinckieck, 1968.

Terrasse, H., « al-Karawiyyin », in Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, t. 4, Leyde/Paris : E. J. Brill/Maisonneuve & Larose, 1978, p. 657-661.



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