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Sabil Barruta

  • Nom : Sabil Barruta
  • Lieu : Tunisie, Kairouan
  • Date/période de construction : Creusé par Hirthma ibn A'yan en 180 H./796 et réédifié par Muhammad ibn Murâd Bey en 1101 H./1690
  • Matériaux de construction : Brique cuite, pierre, marbre de couleur grise, bois, stuc
  • Destinataire/mandataire : Muhammad ibn Murâd Bey
  • Dimensions : H. 13 m ; L. 18,5 m ; l. 13,5 m
  • Inscriptions :

    Poème en écriture naskhi : "Quelle superbe fontaine par le Dieu généreux ! Sa beauté se manifeste aux spectateurs dans sa majesté mer­veilleuse et splendide, sa forme unit l'élégance à l'éclat. Celui qui l'a construite, dont la gloire et le prestige sont hors de pair parce que ses bienfaits se sont étendus à tous, est Muhammad Bey, Protecteur, fils de notre Murâd. Une heureuse étoile a présidé à sa naissance. Et dans le mois sacré de dû 'l-hijja (1 bis) de l'an I après cent et mille (cette fontaine) a été achevée sûrement."

Cet édifice abritant un puits prend place dans l’artère principale de la médina de Kairouan, dans une aire commerciale reliant Bâb al-Jalladin à la porte de Tunis. Desservi par une cage d’escalier, l’édifice est composé d’une salle de plan presque carré, couverte d’une coupole sur trompes d’angle d'une grande austérité mais qui perpétue le modèle des coupoles kairouanaises. Les murs, défoncés par des arcs brisés outrepassés prenant appui sur des piédroits, rythment l’architecture et soulagent la structure. Cette coupole est sans doute contemporaine de la coupole de la chambre funéraire du mausolée de Sidi Sahib, édifié par le même prince. Toutes deux sont l'œuvre d'un même maître maçon, Muhammad al-Zaqraoui dont le nom figure sur un panneau en stuc ajouré dans la coupole. Le monument donne sur la rue par deux niches abritant un abreuvoir surmonté de robinets en marbre. Au milieu de la façade se trouve une plaque commémorative de marbre blanc où figure un poème glorifiant l'édification de la fontaine en 1100 H./1690. Les caractères, en écriture naskhi, sont incrustés de plomb. 

L’alimentation en eau du puits se fait grâce à une noria actionnée par un chameau. La noria est composée de deux roues superposées, généralement en bois de peuplier. Des poutres en bois, en forme de croix, retiennent l'axe en fer fixé à deux murs de part et d'autre. Cet axe actionne la noria. Des bâtons en bois sur lesquels sont fixés les godets qui collectent l'eau au fond du puits relient les deux roues. Au niveau du rez-de-chaussée se trouve un ingénieux système hydraulique constitué d'un bassin qui permet de récupérer les eaux perdues des godets et de les réutiliser grâce à une canalisation qui les amène jusqu'aux fontaines collées au mur extérieur.

À travers le Sabil Barouta, Kairouan offre un exemple de ces installations hydrauliques élaborées dans les zones semi-arides du monde musulman. Contrairement aux autres grandes métropoles de l'époque qui furent traversées par des rivières ou disposaient de sources naturelles, la ville souffrait d'un manque flagrant d'eau potable. La solution était de récupérer les eaux de pluie dans de grands bassins à ciel ouvert, à l'exemple du Bassin des Aghlabides, mais aussi d'exploiter la nappe phréatique toute proche grâce au système de noria. Le procédé apparaît dès l'Antiquité au Moyen Orient et fut développé par les Musulmans qui l’utilisèrent pour l'irrigation des oasis et le long des rivières à l'instar du Nil et de l'Oronte. L'exemple le plus célèbre est celui des norias de Hama. L'emploi de ce système est donc très ancien à Kairouan et il est fort probable qu'il provienne de Syrie, pays qui a une très ancienne tradition hydraulique déjà présente à l'époque nabatéenne. Le système de noria s’est répandu également vers le reste du Maghreb : on le retrouve par exemple au Maroc (Bassin des norias de Meknès) et en Espagne[1], où il connut un grand développement et fut très utilisé dans l'irrigation agricole et la gestion de l'eau.

NOTE

[1] Des norias sont encore visibles à Cordoue sur le Guadalquivir. Un manuscrit espagnol ou maghrébin du XIIIe siècle, donnant à voir une miniature avec un jardin au bord d’une rivière pourvue d’une noria (Bayad wa Riyad, Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. Ar. 368), est un autre témoignage ancien de la présence de ce système en Espagne.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Maoudoud, K., Kairouan, Tunis : 2000.

Rammah, M., «  Bir Barrouta », in Ifriqiya Treize siècles d’Art et d’architecture en Tunisie, Tunis : Édisud, (l’art islamique en Méditerranée, 2000), p. 156-157.

Roy, B. et Poinssot, L., Inscriptions arabes de Kairouan, 1950, I, p. 85-86.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Delpech, A. et al., Les norias de l'Oronte : analyse technologique d'un élément du patrimoine syrien, Damas : Institut Français d’Études Arabes de Damas, 1997.



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