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Aiguière au nom du sultan Salah al-Dîn Yûsuf

  • Titre / dénomination : Aiguière au nom du sultan Salah al-Dîn Yûsuf
  • Auteur : Husayn Ibn Muhammad al-Mawsilî
  • Lieu de production : Damas, Syrie
  • Date / période : 1258
  • Matériaux et techniques : Alliage cuivreux martelé ; décor repoussé, gravé, incrusté d'argent regravé
  • Dimensions : H. 33.8 ; D. de la panse : 17.5 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Musée du Louvre
  • Numéro d'inventaire : AO 7428
  • Mention obligatoire, acquisition, don, legs, dépôt : (Legs baronne de Gléon, 1912)
  • Inscription :

    Inscriptions épaule : « Gloire à notre maître le Sultan al-Malik an-Nâsir, le savant, le juste, le combattant de la foi, Salâh ad-dounyâ wa’d-dîn Abou’l Muzaffar Yûssuf fils d’al-Malik al-Azîz Muhammad fils de Ghâzî » ("izz li-mawlânâ as-sultân al-malik an-Nâsir al-'âlim al-'âdil al-mujâhid. Salâh ad-duniyâ wa-a-dîn abî-l-muzaffar yûsuf b.al-malik al-'azîz Muhammad b. Ghâzî").

    Base du col : « décor de Husayn Ibn Muhammad al-Mawsilî, à Damas, la bien-gardée, en l’année 657, soit 1258 de l'ère chrétienne (naqsh Husayn ibn Muhammad al-Mawsilî bi Dimashq al-mahrûsa fî sana sab'a wa khamsîn wa sittamî'a) ».

Cette aiguière qui appartient à une série présente une panse piriforme à pans coupés, un col évasé et annelé, une embouchure plate polygonale, un bec verseur tubulaire et droit. Elle est munie d’une anse facettée, baguée dans sa partie inférieure et d’un  poucier cubique surmonté d’un bouton. Son piètement en collerette a peut-être été refait. Des bandeaux épigraphiés entourent le col ; une large zone ornementale, parcourue d’une inscription en naskhî sur fond de feuillage, recouvre la partie supérieure de la panse. En dessous, deux bandeaux garnis de rinceaux et d’animaux passant servent d’encadrement à dix médaillons polylobés meublés d’entrelacs à terminaisons foliacées s'inscrivant chacun sur un des pans. Une inscription tracée sur l’épaule mentionne le commanditaire : Salah al-Dîn Yûsuf, sultan ayyubide d’Alep (r. 1237-1260)[1].

L’objet a été signé et daté à la base du col par le décorateur, Husayn ibn Muhammad al-Mawsilî[2], elle confirme avec d’autres signatures présentes sur des bronzes ayyubides et mamluks la migration de dinandiers de Mossoul vers des centres syriens et égyptiens, au XIIIe siècle ; mouvement qui entraîne un transfert des techniques. Celle du métal incrusté, si maîtrisée par les artisans de Mossoul, serait elle-même redevable aux dinandiers de l’est  de l’Iran, chassés de leur territoire par les invasions mongoles. Il faut cependant noter qu’elle était déjà connue des Romains et des Sassanides et que Mossoul possédait probablement ses propres traditions de dinanderie. Quoi qu’il en soit, c’est à la Perse orientale que l’aiguière emprunte une grande partie de ses motifs et de son graphisme. Les frises d’animaux sur fond de rinceaux sont caractéristiques des décors du Khorasan, et c’est peut-être par suite d’une imitation imparfaite des graphies iraniennes, que deux inscriptions votives, gravées sur le col, sont incohérentes. Toujours sur le col, on reconnaît, dans le bandeau médian, le kufique tressé à hampes parallèles qui est de tradition chez les bronziers khorassaniens.

D’un autre côté, les médaillons se détachent sur un fond laissé libre, ce qui est une nouveauté, ils n’abritent plus de petites scènes figuratives tirées du Shâh Nâmeh de Firdawsî. Auparavant, on les voyait assez fréquemment sur les dinanderies ayyubides, par exemple sur l’aiguière « Blacas »[3], datée de 1232 et signée par Shûja ibn Mana al-Mawsilî, ou sur l’aiguière « à iconographie chrétienne et islamique »[4] de l’atelier d’al-Dhakî. La mode de ces sujets persans portés sur des bronzes du Proche-Orient arabe est sans doute passée. La date d’exécution : 1258-1259, situe l'aiguière de Salah al-Dîn Yûsuf au moment de l’invasion mongole de l’Iraq, de la prise de Baghdâd  et de l'extinction du califat abbasside. L’atabeg de Mossoul, Badr al-Dîn Lu’lu’ (r. 1224-1259), multipliera les serments d'allégeance auprès de Hülegü et sauvera sa capitale. Damas et Alep, laissés sans défense, seront mis à sac. En ces toutes dernières années du pouvoir ayyubide, l'aiguière marque des changements dans le choix des décors. L'importance donnée à l'écriture naskhî annonce le style mamlûk.

Ces récipients en métal, animés d’images incrustées, n’achèveront pas leur carrière au Proche-Orient arabe. Très recherchés par l’Occident latin ils feront l’objet de commandes importantes sur les marchés de Damas, d’Alep ou d’Alexandrie. Plus tard encore, leurs formes, leur technique et leur écriture décorative seront imitées par les bronziers vénitiens.

NOTE

[1] Son nom apparaît aussi sur un autre objet exceptionnel du musée du Louvre, le vase « Barberini », censé provenir de la collection du pape Urbain VIII Barberini (mort en 1644), signe que le sultan d’Alep appréciait les ouvrages en métal incrusté. Ce prince aura une destinée peu glorieuse. Au moment des invasions mongoles, il abandonne successivement Alep et Damas devant les troupes de Hülegü, et meurt pendant sa fuite en Egypte.

[2] Le mot « al-Mawsilî » de « Mossoul » est une nisba : terme qui achève le nom et qui indique le lieu d’origine de la personne.

[3] British Museum (inv. 1866 12-29 61)

[4] Paris, Musée des Arts décoratifs (inv. 4413).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Arts de l’Islam, des origines à 1700 , Paris, 1971, p. 104, n° 152

L’islam dans les Collections nationales, Paris, 1977 p. 141, n° 273

L’Orient de Saladin, l’art des Ayyoubides, IMA, Paris, 2002, p. 147, n° 123

Storm Rice, D., « Inlaid Brasses from the Workshop of Ahmad al-Dhakî al-Mawsilî », in Ars Orientalis, 1957, p. 283-326

Ward, R., Islamic Metalwork, London, 1993

E. Mack, R., Bazaar to Piazza, Islamic Trade and Italian Art,  Berkeley, Los Angeles et Londres, 2002,  p. 139-147



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