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Coupe « Fano »

  • Titre / dénomination : Coupe « Fano »
  • Lieu de production : Syrie, milieu du XIIIe siècle (coupe) / Égypte ou Syrie, XIVe siècle (pied).
  • Lieu de découverte : Trouvée en 1838, près du village de Fano (Italie)
  • Matériaux et techniques : Bronze coulé, décor incrusté d’argent et d’or (coupe) / Cuivre martelé, décor incrusté d’argent (pied).
  • Dimensions : H. : 17,7 cm ; D. : 16,1 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Médailles
  • Numéro d'inventaire : Chabouillet n°3192.
  • Inscription :

    registre supérieur de la coupe, en graphie animée, sous la lèvre : « Gloire perpétuelle, parfait succès, pouvoir et salut,…, prospérité ».

Le décor extérieur de cette coupe hémisphérique sur haut piédouche est organisé en registres superposés. Le bandeau médian, à fond végétal, est occupée par six médaillons polylobés à motifs figurés. On peut y observer successivement un chasseur à pied, un cavalier-fauconnier, un cavalier seul, un cavalier à l’antilope, un cavalier tirant à l’arc, et un cavalier accompagné d’un lion. Entre ces figures sont intercalés des petits médaillons circulaires incrustés d’or habités de très petites rosaces imbriquées. Ce sont les mêmes médaillons dorés qui scandent le mince bandeau inférieur, orné d’une frise d’animaux passants. Le bandeau supérieur, toujours scandé de petits médaillons circulaires dorés, est décoré de chasseurs à pied armés d’épées et de rondaches. Ces personnages ainsi que les animaux dessinent une épigraphie « animée » : dans laquelle les jambes des chasseurs forment les hampes des lettres d’une inscription, en partie déchiffrée. L’épigraphie animée du bandeau supérieur est un décor attesté sur seulement une douzaine de métaux islamiques. Le seau Bobrinsky[1] est le premier en date où elle apparaît, accompagnée d’écritures à têtes humaines. Originaire d’Iran, l’épigraphie animée apparaît sur quelques objets ayyubides[2]. L’exemple le plus tardif de ce décor est sur une bobèche de chandelier mamluk[3].

Le pied martelé est raccordé par l’intermédiaire d’une bague en léger relief à la base de la coupe, décorée de fins enroulements végétaux. Son décor est réparti en trois registres. Le médian est composé d’une inscription à hautes hampes interrompue par deux médaillons décorés de fleurs de lotus. Il est encadré par deux fines bandes à petits médaillons polylobés se déroulant sur un fond de fin feuillage.

L’intérieur de la coupe est orné d’un médaillon polylobé à fins rinceaux feuillus ponctué d’un motif étoilé.

La technique de décor adoptée est aussi d’origine iranienne. En effet, c’est des régions orientales du monde islamique que semble provenir la technique d’incrustation métallique sur des objets en métal, même si le Proche-Orient antique et le monde romain ont fourni quelques exemples de métaux incrustés[4]. Les premiers objets islamiques en métal incrusté proviennent du Khorassan, où ce nouveau procédé apparaît au XIIe siècle. La technique, qui utilise divers métaux comme l’argent, le cuivre rouge[5] et parfois l’or, se diffusa rapidement vers le Proche-Orient et permis le plein épanouissement de l’art du métal ayyubide, à travers les productions des artistes de Mossoul (Iraq) et de divers centres syriens, puis mamluks.

La forme de l’objet doit être considérée sans le pied qui, nous le verrons notamment à travers l’étude du décor, est postérieur. Son profil est assez proche d’une série de coupes produites au Khorassan (Iran) au XIIIe siècle, souvent munies d’un couvercle à bouton de préhension[6].

C’est le thème de la chasse qui constitue le sujet principal du  décor. Divertissement princier par excellence, c’est un thème de prédilection des arts islamiques depuis l’époque omeyyade[7], hérité des époques pré-islamiques et notamment d’Iran sassanide[8]. La course animalière qui se déploie dans le registre inférieur appartient aussi à ce thème cynégétique. Son fort potentiel décoratif fait qu’elle apparaît sur de nombreux objets d’art islamique, à différentes époques et dans des aires géographiques variées[9].

Le pied est caractéristique du décor mamluk, avec son épigraphie thuluth. La fleur de lotus reflète l’influence de motifs extrême-orientaux, introduits par l’intermédiaire de l’art il-khânide, qui s’épanouit en Iran dès le XIIIe siècle et entra en contact avec l’art du Proche-Orient après la pax mongolica signée en 1326 entre cette dynastie mongole (dont la généalogie est liée aux Yuan de Chine) et les Mamluks.

NOTE

[1] Seau Brobinsky, Iran, Hérat, 1163, bonze à décor incrusté d’argent et de cuivre, signé Muhammad ibn Abd al-Wahid et Mas'ud ibn Ahmad al-Naqqash, Saint Petersburg, musée de l’Ermitage.

[2] Brûle-parfum au nom du sultan al-‘Âdil II abû Bakr, Syrie, 1238-1240, alliage cuivreux moulé, décor ajouré, gravé et incrusté d’argent, Ham, Keir Collection, inv. 129.

[3] Bobèche de chandelier au nom de Zayn al-Dîn Kitbugha, Égypte, 1290-1293, Le Caire, musée d’Art Islamique.

[4] Coupe représentant la fondation de Césarée, Palestine, IVe s., bronze incrusté de cuivre et d’argent, Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, inv. Br 4391.

[5] Aiguière, Iran, 1190, alliage de cuivre coulé, décor gravé, incrusté d’argent et de cuivre rouge, Paris, musée du Louvre, inv. OA 6314.

[6] Vaso Vescovali, Khorassan, peut-être Hérat (Afghanistan), vers 1200, bronze blanc, décor gravé et inscrusté d’argent, Londres, British Museum, inv. ME OA 1950.7-25.1.

Coupe à couvercle, Iran, vers 1220, bronze blanc coulé, décor gravé, maté et incrusté d'argent, de cuivre rouge et de pâtes colorées, Paris, musée du Louvre, inv. MAO 1220.

Wade cup, Iran, vers 1200-1225, bronze blanc, décor gravé et incrusté, Cleevland, Museum of art, inv. 1944.485.

[7] Pixyde d’al-Mughira, Espagne, Madinat al-Zahra, 968, ivoire d’éléphant, Paris, musée du Louvre, OA 4068.

[8] Plat à décor de cavalier chassant, Iran, Ve-VIe s., argent, dorure au mercure, nielle, New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 34.33.

[9] Fragment de frise d’animaux, Égypte, IXe s., pin, Paris, musée du Louvre, inv. 11 165.

Frise figurée et épigraphiée, Iran, XIe s., stuc, Paris, musée du Louvre, inv. MAO 446.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat. exp., Paris, Musée du Louvre, 2001), Paris : RMN, 2001, p. 88, n° 60.

L’Islam dans les collections nationales, (cat. exp., Paris, Galeries nationales du Grand Palais), Paris : RMN, 1977, p. 157, n° 321. 

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bittar, T., « Les écritures animées », in ;L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, (cat. exp., Paris, Musée du Louvre, 2001), Paris : RMN, 2001, p. 83-91.

Collinet, A., « Le métal ayyoubide », in  L’Orient de Saladin, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2001), Paris : Gallimard, 2001, p. 127-130.

Ettinghausen, R., « The « Wade cup » in the Cleeveland museum of art, its origin and decoration », in Ars Orientalis, vol. II, Washington : Freer Gallery of Art, Smithonian Institution, Fine Art Department, University of Michigan, 1957, p. 327-366.

Rice, D., The Wade cup, Paris, 1955.



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