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Qantara - L’architecture palatiale
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Qantara Qantara

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L’architecture palatiale

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L'Alacazar de Séville

A Byzance

Les palais et résidences des grands dignitaires de la cour impériale byzantine, que ce soit à Constantinople, ou dans les provinces nous sont très mal connus. De même, peu de vestiges des palais impériaux nous sont parvenus. A l’exception de beaux ensembles de mosaïques du VIe siècle, ce sont les sources littéraires qui nous renseignent telle que pour la résidence du futur empereur Romain Ier Lécapène (r. 920-944), le Myrelaion. Quelques descriptions ou allusions dans les textes littéraires comme dans la vie de saint Philarète, ou laissant une grande part à l’imagination et à la fantaisie, telle que la description du palais de Digénis Akritas[1], image du grand seigneur assurant la garde de la frontière, ne permettent guère de se faire une idée très précise.

Un ensemble, encore mal étudié, a été longtemps considéré comme le vestige d’un palais constantinopolitain : le « palais de Constantin Porphyrogénète ». En raison de son décor architectural, cette construction est aujourd’hui datée du XIVe siècle. On a même voulu, mais de manière peu convaincante, en faire la résidence de Théodore Métochite, grande figure politique et intellectuelle du début du XIVe siècle.

Nous sommes mieux renseignés sur les palais impériaux grâce aux sources littéraires et à un petit nombre de vestiges archéologiques. Ainsi, le Grand Palais des empereurs byzantins s’étendait au sud-est de la péninsule sur laquelle était construite Constantinople. Son origine remonte à la refondation de la ville par Constantin (r. 324-337) qui fit construire un ensemble de bâtiments, d’une surface équivalente à celle du palais impérial sur le Palatin à Rome.

Le Palais impérial - ensemble de bâtiments reliés par des cours et des jardins - comprend aussi bien la résidence privée des empereurs, les parties officielles que les quartiers pour les différents corps militaires assignés à sa garde. L’entrée principale se nomme la Chalkè. Dès le règne de Constantin, sur le modèle de Rome, une communication directe est établie entre le palais et le kathisma, la loge impériale à l’hippodrome, lieu par excellence de la rencontre, mais aussi de la confrontation, entre le peuple et l’empereur. D’importantes parties en sont enfouies sous l’actuel site de la Mosquée Bleue. C’est à l’Est de celle-ci qu’a été dégagée un remarquable ensemble de mosaïques organisées autour d’une cour à péristyle. Les recherches récentes permettent de dater cet ensemble du VIe siècle, peut-être à l’occasion de reconstructions sous Justinien (r. 527-565). Le Grand Palais ne cesse d’être réaménagé et agrandi. On peut également mentionner le Chrysotriklinos, grande salle du trône dont l’abside était décorée d’une grande mosaïque du Christ. Les aménagements de l’empereur Théophile (829-842) retiennent aussi l’attention. Les textes parlent en particulier des automates, inspirés de ceux de la cour de Bagdad, qu’il fait installer dans la salle du trône. Au cours du Xe siècle, sous Basile Ier (r. 867-886) et Constantin VII Porphyrogénète (r. 913-959), le Grand Palais connaît les derniers agrandissements et réaménagements importants.

On peut aussi mentionner le Palais du Boukoleon, ainsi appelé à cause d’un groupe statuaire, incluant lion et taureau, placé près de la mer. Sans doute un premier palais isolé avait été construit par Théodose II (408-450), près du rivage, en contrebas du Grand Palais. À une date qui n’est pas assurée, ce palais est englobé dans le Grand Palais et connu sous le nom de Boukoleon à partir du IXe siècle. Nicéphore II Phocas (r. 963-969) y fait réaliser des travaux importants. De larges pans de la façade maritime en sont encore visibles, donnant une idée de la monumentalité de l’ensemble. Aux pieds du palais se trouvait le port du Boukoleon, utilisé par l’empereur.

A partir de la fin du XIe siècle, sous la dynastie des Comnènes, le Grand Palais, tout en restant le lieu d’importantes cérémonies officielles, en particulier pour la réception de souverains étrangers, perd progressivement de son importance au profit du Palais des Blachernes qui devient la résidence favorite des empereurs. Pillé au moment de la prise de Constantinople par les Croisés en 1204, il n’est plus guère utilisé sous les Paléologues après la reconquête de la ville. Les textes soulignent le mauvais état dans lequel il se trouve : par manque d’entretien, de nombreuses parties s’écroulent et, après la conquête ottomane, un quartier d’habitation s’y implante peu à peu, avant que le sultan Ahmad Ier (r. 1603-1617) ne fasse construire sur l’emplacement de la partie centrale de l’ancien Palais, le complexe de la Mosquée Bleue.

Le Palais des Blachernes nous est encore moins bien connu. Il s’élevait au nord-ouest de Constantinople, près de l’église des Blachernes et a vraisemblablement son origine dans des résidences impériales où l’empereur pouvait brièvement séjourner lorsqu’il assistait à des liturgies dans cet important sanctuaire de la Vierge. C’est Alexis Ier Comnène (r. 1081-1118) qui entreprend la construction d’un véritable palais, agrandi et doté d’un décor particulièrement somptueux sous Manuel Ier Comnène (r. 1143-1180). Ce fut une des résidences des empereurs latins, même si le palais des Blachernes ne semblait déjà plus en très bon état. Rénové par Michel VIII Paléologue (r. 1258-1282) qui en fait sa résidence principale, il le reste pour ses successeurs, mais dès les débuts du XVe siècle, il ne semble plus en très bon état et il est complètement abandonné après la conquête ottomane. De nos jours, seules des substructures restent visibles, mais elles ne forment pas un ensemble cohérent qui permettrait d’en restituer son apparence.

Une place à part doit être donnée au Palais de Bryas, construit dans la banlieue asiatique de Constantinople. Il est fondé par l’empereur Théophile en imitation, disent les sources, des palais arabes. On a récemment pensé en avoir retrouvé les fondations, mais leur identification reste discutée.

Du décor luxueux de ces palais nous savons peu de choses. Des textes décrivent les mosaïques qui ornent l’église de la Vierge du Phare, chapelle palatine qui renfermait les plus précieuses reliques de l’Empire. Des Occidentaux reçus à la cour de Manuel Ier ont insisté sur la splendeur du décor du Palais des Blachernes, de ses revêtements de marbre, de mosaïques et de peintures. Nous savons que Michel VIII Paléologue y fera représenter par des peintures ses victoires militaires. Mais, au total, la connaissance que nous avons de l’architecture palatiale byzantine reste très lacunaire.

J.-M. S.

 

En Islam

L’architecture palatiale, vaste domaine de l’architecture islamique, est souvent moins connue que l’architecture religieuse, notamment en raison du nombre restreint d’édifices conservés. On peut l’évoquer à travers trois grands types de constructions, qui correspondent à des périodes et à des formules architecturales différentes : les palais omeyyades, les palais abbassides et enfin des édifices tels l’Alhambra à Grenade ou le palais de Topkapi à Istanbul.

Ces trois formules participent de la même conception intellectuelle de l’espace architectural comme cadre de la valorisation du pouvoir princier. Par contre les formules architecturales et les typologies des édifices varient.

C’est sous les dynasties omeyyade de Syrie et abbasside d’Irak, aux VIIIe et IXe siècles, que se dessinèrent des types architecturaux qui connurent une large diffusion dans tout le monde islamique.

L’architecture palatiale islamique se développa naturellement dès l’établissement d’un pouvoir politique centralisé en Syrie, Jordanie et Palestine omeyyade. Les résidences princières présentent des caractéristiques héritées en partie de l’architecture de l’Antiquité tardive. Elles s’incarnent dans les bâtiments anciennement regroupés sous le vocable de « châteaux du désert »[2]. Ces structures carrées extra-urbaines rappellent le principe des villas agricoles (villa rustica) de l’Antiquité tardive. La présence d’une enceinte deviendra une caractéristique essentielle des palais en terre d’Islam, l’espace clos ainsi isolé du reste du monde incarnant un « éden ». Une entrée unique donne accès à une cour centrale autour de laquelle sont disposées des salles, réparties souvent sur deux niveaux. Ce sont parfois de véritables complexes[3] où l’on trouve, au cœur de la même enceinte, une mosquée, des bains, ou encore des citernes. Les riches décors s’y déployant, reprenant entre autres des techniques héritées du monde antique méditerranéen comme la mosaïque, sont particulièrement fastueux. Ils laissent imaginer le luxe qui caractérisait alors la vie de cour. Les palais urbains omeyyades ne sont connus que par des descriptions[4], il n’en subsiste aucun vestige. Les maisons du gouvernement, construites à Kufa (Irak) en 638 et à Marwin en 747, présentent toutes deux une disposition carrée où une grande cour est encadrée par des iwân, sur trois côtés à Kufa (une pièce tripartite et une salle à coupole occupent le quatrième côté) et sur quatre côtés à Marwin, l’iwân et la salle sous coupole étant des éléments hérités de l’architecture sassanide.

Les débuts de l’époque abbasside s’inscrivent dans la continuité de l’époque précédente[5]. C’est la nouvelle capitale, Samarra, fondée au IXe siècle, qui fut le lieu d’élaboration d’un nouveau type de bâtiment. De gigantesques palais y furent édifiés. Celui du Jawsaq al-Khaqani (836, règne du calife al-Mu’tasim) et celui de Balkuwara (849-859, règne du calife al-Muttawakil) sont de véritables villes-palais. On peut y observer, au sein d’enceintes gigantesques, une organisation en terrasses où apparaissent de grands jardins, une composante essentielle des palais dans le monde islamique, ainsi que deux unités bien distinctes, l’une privée et l’autre publique. Les terrasses successives mènent progressivement, selon un cheminement axial, aux zones clés du palais, occupées par les salles d’audience. Le principe largement adopté des cours à quatre iwân marque clairement l’héritage sassanide.

La typologie de ces palais des premiers siècles de l’Islam essaima largement dans le monde islamique, jusque dans les régions orientales du monde islamique[6]. Il en fut de même pour la conception symbolique du palais, considéré comme un univers clos où sont agencés des espaces publics dévolus à l’exercice du pouvoir et des zones privées pour le prince. La notion de cheminement, qui équivaut presque à un parcours initiatique, imprégnera durablement l’architecture palatiale islamique jusqu’à des périodes relativement récentes.

Madinat al-Zahra, la ville édifiée sur plus de quarante ans (936-976) pour les souverains omeyyades d’Andalousie, est empreinte de l’héritage des palais samarriens. On y observe la même prise en compte de la topographie du site, la même gradation des zones du public vers l’Alcazar réservé au calife, le principe de la cour (patio) encadrée de pièces et également une grande part réservée aux jardins. Cette affection de l’Andalousie pour les jardins perdura aux périodes suivantes. Le palais nasride de l’Alhambra à Grenade érigé au XIVe siècle fait la part belle à ces espaces d’agrément, dont certains sont intégrés à l’architecture (Cour des Lions) tandis que d’autres se déploient sur des terrasses indépendantes. Dans le monde iranien, que nous n’évoquerons pas ici, les jardins occupent également une place prépondérante. Ils symbolisent, comme dans le monde islamique en général, une image du Paradis, où l’eau joue un rôle de premier ordre.

L’évocation de l’Alhambra nous conduit à évoquer un troisième type de palais, dans lesquels on n’observe pas la même conception d’ensemble de l’espace. Au sein de grandes murailles, des unités distinctes sont reliées par des cours et des jardins, sans l’organisation axiale qui définissait les structures palatiales précédemment évoquées.

Le palais ottoman de Topkapi à Istanbul en constitue un célèbre exemple. Unique résidence des souverains ottomans du XVe au XIXe siècle, il est situé sur les hauteurs de la ville. Une enceinte encadre le tout, donnant accès à trois cours principales, accessibles par des portes successives. Des kiosques, pavillons et édifices accueillant des bâtiments fonctionnels (cuisines, écuries, bibliothèques…), des édifices dévolus aux usages politiques (tour de justice, salle de trône), des zones d’habitations parmi lesquelles le célèbre harem, se déploient sur 700 000 m2. La durée d’occupation du site et l’activité architecturale constante qui l’accompagna expliquent l’absence d’organisation d‘ensemble. Cependant, la gradation des espaces du public vers le privé est toujours observée.

Les bâtiments de Topkapi érigés aux XVIIIe-XIXe siècles, même s’ils s’inscrivent largement dans la tradition ottomane, sont fortement imprégnés des modèles occidentaux. L’apport européen eut le même impact à l’époque moderne dans d’autres régions du monde islamique (Dar Hasan Pacha, Algérie, fin du XVIIe siècle).

Ce survol trop rapide de l’architecture palatiale en terres d’Islam ne serait pas complet sans l’évocation de l’architecture de tentes, héritée du mode de vie nomade des populations de l’Arabie pré-islamique et d’Asie centrale, qui connut son développement grâce à l’apport mongol et s’épanouit particulièrement dans les mondes iranien, indien et ottoman[7]. Les miniatures nous offrent un reflet saisissant de ce que pouvaient être ces palais de toiles installés dans les jardins. Ils offraient un cadre raffiné aux audiences officielles et aux divertissements privés. Ces structures légères, logiquement très rarement conservées, étaient aussi utilisées en contexte militaire, servant alors de campements aux troupes en campagne.

C. S.

 

En Europe occidentale

Le modèle antique

Le mot palais dérive du nom d'une des sept collines de Rome, le Mons Palatinum, sur lequel s'étaient installées les résidences des empereurs, à partir du Ier siècle. Dans l'Antiquité tardive, de somptueux palais sont érigés dans les lieux de séjour des empereurs. A la fin du IIIe siècle, Dioclétien fait construire un ensemble impressionnant à Spalato (actuellement Splir en Croatie), dans sa région d'origine. Les bâtiments, fortifiés, présentent un plan régulier, rectangulaire, conçu selon le principe des camps militaires, avec deux axes (un cardo et un decumanus). La zone nord comprend des casernements, des lieux de stockage, les résidences du personnel, alors que la partie sud est subdivisée entre la résidence impériale d'une part, et d'autres part un temple et le mausolée destiné à l'accueillir pour l'éternité. Des portiques relient les éléments entre eux. Des thermes s'élèvent à proximité de la zone résidentielle, composée de salles de réception et d'appartement privés. Toutefois, cet ensemble était destiné à accueillir Dioclétien après son abdication et ne constituait pas un centre de pouvoir à proprement parler. Son enceinte puissante lui conférait en revanche un caractère défensif annonçant les châteaux médiévaux.

En général, les résidences impériales de la fin de l'Antiquité présentent des quartiers abritant les services liés au gouvernement ainsi que des espaces de représentation du pouvoir. Il subsiste ainsi du palais impérial de Trèves une grande salle d'audience, la basilique (début IVe siècle). Le Grand Palais de Constantinople constitue l'exemple le plus abouti de ces complexes résidentiels, de service et de représentation destinés à la mise en scène du pouvoir impérial. Les demeures de l'aristocratie adoptent le même caractère monumental, avec des espaces de réception telles de grandes salles à manger (triclinia) à abside.

Après la chute de l'Empire romain en Occident (476), les souverains des nouveaux royaumes recueillent l'héritage antique. A Ravenne, le roi ostrogoth Théodoric se fait construire une grande église palatiale, l'actuel Saint-Apollinaire-le-Neuf, de la fin du Ve siècle, dont le luxe n'a rien à envier aux édifices antiques - le palais à malheureusement disparu. Cependant  les autres palais du haut Moyen âge ne présentaient en général pas le luxe des constructions antiques, tout en s'en inspirant toutefois. Ainsi, Grégoire de Tours, chroniqueur  du VIe siècle, cite des portiques de bois peints de couleurs vives autour des cours des palais mérovingiens. De grandes salles accueillent les assemblées de l'aristocratie ou des évêques. Ils comportent aussi un pôle religieux, avec une chapelle.  Il ne reste malheureusement plus d'exemples conservés, mais on sait qu'il y avait plusieurs palais en Île-de-France, comme à Soissons, à Choisy, à Compiègne par exemple, certains étant liés à des abbayes. Le roi et son entourage se déplacent d'un endroit à l'autre, en fonction de la chasse ou des évènements politiques. Les palais doivent donc accueillir tous les organes du pouvoir, itinérants, même si ces derniers sont alors assez rudimentaires.

Avec l'essor de l'administration carolingienne, à partir de 751, les palais se développent. L'exemple le plus connu est Aix-la-Chapelle, construit à partir de 790 par Charlemagne, qui reprend le modèle antique. Au centre, une zone de résidence est reliée par des portiques à une zone de réception, la grande salle d'audience (aula), du type de la basilique romaine de Trèves, et à un pôle religieux, la chapelle palatine, dont la structure est conçue à l'image de la société carolingienne : l'empereur siège dans une tribune au-dessus du peuple chrétien, sous le regard du Christ de la coupole dont il est le vicaire, c'est-à-dire le représentant sur terre. On sait en revanche peu de choses des demeures aristocratiques, attestés par de simples mentions. Près d'Orléans, un des conseillers de l'empereur, Théodulf, s'était fait construire un palais dont subsiste l'oratoire, à Germigny-des-Prés.

Les châteaux, fortifications et centres de pouvoir

A la fin de l'époque carolingienne, alors que l'autorité publique est démantelée, des châteaux marquent les nouveaux centres du pouvoir dans le monde féodal. Ces demeures aux fonctions résidentielles et militaires sont des symboles de puissance. Elles se présentent d'abord sous la forme de mottes castrales: ces constructions, à l'origine plutôt en bois, puis en pierre, sont érigées sur des tertres artificiels de terre. Des donjons quadrangulaires regroupent la grande salle d'apparat, les appartements privés et la chapelle, sur plusieurs niveaux séparés par des planchers. Le rez-de-chaussée, aveugle et souvent voûté, est utilisé pour le stockage. L'accès au premier étage se fait par un escalier ou une échelle en bois.  Le dernier étage a des fonctions militaires. Des escaliers reliant les niveaux sont fréquemment logés dans l'épaisseur des parois, à partir du XIe siècle. On utilise ensuite des escaliers en vis. Autour du donjon s'élève une enceinte extérieure, dont les fonctions défensives deviennent de plus en plus importantes. Une « basse-cour », siège d'activités économiques, est en général comprise dedans; le seigneur y a parfois un logis. Au XIIe siècle de nouveaux éléments militaires font leur apparition : le pont-levis à chaînes, les hourds, les bretèches et les archères.

Une grande diversité caractérise ces châteaux à partir du XIIIe siècle un pavillon de chasse, restructuré par Philippe Auguste et saint Louis, mais le donjon (un des plus grands jamais réalisé) et les éléments militaires sont l'œuvre de Philippe VI de Valois vers 1337. Les rois y résident fréquemment. Cependant, le palais de la Cité reste le siège officiel du pouvoir. Siège des institutions durant l'Antiquité tardive, il reste toujours un palais urbain. Même s'il est fortifié, il n'est pas un château, conservant durant les temps féodaux une spécificité régalienne. Il est organisé, comme les palais antiques, en secteurs différenciés : l'un est destiné à la représentation du pouvoir et à l'administration de plus en plus envahissante (le parlement, émanation judiciaire de la cour créée par saint Louis, y est fixé), un autre à la résidence personnelle du souverain et un troisième à la chapelle palatine, refaite par saint Louis et subsistant aujourd'hui (la Sainte-Chapelle). Au XIVe siècle, lorsque les papes se fixent à Avignon, un palais fortifié comprenant ces mêmes éléments est érigé : siège des services apostoliques et des institutions - occupant une grande part des lieux - appartements privés du pape et chapelle. Il existe aussi des résidences aux fonctions complexes : Castel del Monte, construction octogonale de l'empereur Frédéric II dans le troisième quart du XIIIe siècle, avait peut-être un rôle d'observation astronomique et pouvait être aussi destiné à la chasse, passion du souverain... siècle. Les forteresses élevées par les ingénieurs militaires de Philippe Auguste ont un caractère essentiellement militaire, constituant une ligne défensive. Le Louvre est érigé comme une pièce essentielle de la défense de Paris côté ouest, mais devient, après d'importants travaux, une résidence privilégiée de Charles V. A l'est de Paris, Vincennes est au XII

La recherche du confort à la fin du Moyen Âge

La fin du Moyen Age est marquée par des innovations dans le domaine de l'habitat seigneurial, alors qu'on cherche à concilier le confort et le caractère emblématique des constructions. La spécificité militaire du château apparaît toujours clairement, car il reste un signe d'appartenance nobiliaire. Toutefois, la fonction résidentielle l'emporte sur le rôle militaire, l'architecture étant marquée par un décor foisonnant. Les châteaux du duc de Berry, représentés sur les Très Riches Heures, semblent sortis de contes de fées. D'ailleurs, au-dessus de l'un deux, celui de Lusignan, vole la fée Mélusine de la légende...  Ils annoncent les châteaux français de la Renaissance.

C'est dans le domaine de l'habitat urbain patricien que s'opèrent les plus profondes mutations. En Italie, le palazzo, structuré autour de cours, s'étend sur un îlot du tissu urbain compris entre plusieurs rues. Il est percé de larges ouvertures qui laissent entrer la lumière et traduit une recherche du confort dans ses aménagements intérieurs. En France, l'hôtel devient le modèle du palais urbain à partir du XIVe siècle. Ainsi, Charles V réside souvent à l'hôtel Saint-Pol. Cette résidence, voisine de la Bastille, aujourd'hui détruite, était constituée de différentes demeures achetées par le roi, reliée par des galeries, sans présenter de structure régulière. Son décor avait été en revanche somptueusement refait. Elle comportait de célèbres jardins ainsi qu'une ménagerie et revêtait un aspect champêtre propice au délassement. D'autres hôtels parisiens sont érigés par des membres de la famille royale, l'hôtel de Nesle par Jean de Berry, de Bourbon, de Clisson (dont il reste l'entrée, intégrée à l'hôtel de Soubise). A cette époque, le terme d'hôtel, qui se réfère à la domesticité et au personnel entourant les princes, ne semble pas recouvrir une réalité architecturale homogène. La fin de la domination anglaise consécutive au règne de Charles VI marque en 1436 un nouvel essor des constructions d'hôtels, à destination  de l'aristocratie, des prélats et de la très riche bourgeoisie. Par exemple, l'hôtel des abbés de Cluny (actuel Musée national du Moyen-Âge), datant de la fin du XVe siècle, consacre la structure de ce type de construction. Le corps de logis en U est compris entre cour et jardin. Un mur de clôture l'isole des rues voisines. Des galeries, des circulations horizontales mettent en communication les différentes parties, ainsi que des tourelles d'escalier qui accentuent les verticales. Deux salles d'apparat, la chambre de l'abbé et la chapelle rappelait les différents pôles organisant traditionnellement les palais : représentation, habitation et dévotion. On y trouve une cuisine et des éléments de confort qui le rende assez comparable au palais de Jacques Cœur de Bourges (érigé par l'argentier de Charles VII vers 1443-1450). Le plan entre cour et jardin de l'hôtel de Cluny annonce la structure des hôtels particuliers parisiens du XVIe au XVIIIe siècle.

Th. S.

Bibliographie

Byzance

 

Bardill, J., Hayes, J. W., Cahiers Archéologiques, 50, 2002, p. 27-40

Featherstone, J. M., « The Great Palace as Reflected in the De Caerimoniis » in Bauer, F. A. (éd.), Visualisierungen von Herrschaft, juin 2004, Istanbul, Ege Yayinlari, 2006, p. 47-61

Jobst, W., Kastler, R. ; Scheibelreiter, V., Neue Forschungen und Restaurationen im byzantinischen Kaiserpalast von Istanbul, Vienne , Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 1999

Müller-Wiener, W., Bildlexikon zur Topographie Istanbuls, Tübingen, E. Wasmuth, 1977, p. 223-237

Islam

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NOTE


[1] Personnage éponyme d’un poème rédigé sans doute au début du XIIe siècle, sous le règne d’Alexis Ier Comnène.

[2] Qasr al- Kharana, désert transjordanien, VIIe siècle.

[3] Khirbat al-Mafjar, Jéricho, autorité palestienne, second quart du VIIIe siècle, construit sous Hishâm (724-743) ou al-Wâlid (743-744), est un complexe palatial regroupant tous ces éléments.

[4] Kubbat al-Khadra, Damas, érigé sous le règne de Mu’âwiya (661-680).

[5] Palais d’Ukhaydir, Kufa, Irak, 764-778.

[6] C’est ainsi qu’au palais ghaznavide de Lashkari Bazar, occupé du Xe au XIIe siècle, il est fait usage du principe de la cour à quatre iwân.

[7] Tente ottomane, Turquie, seconde moitié du XVIIe siècle, Vienne, Kunsthistorische Museum.



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