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Aljafería

Abû Ja‘far Ahmad ibn Sulaymân al-Muqtadir

  • Nom : Aljafería
  • Lieu : Saragosse
  • Date/période de construction : Construite entre 1047 et 1053
  • Dimensions : 87 x 73m ; cour « Sainte-Isabelle » : 39 x 24m

L’Aljafería de Saragosse est, malgré les remaniements, le meilleur exemple de l’art de l’époque des Taifas qui nous soit parvenu. Ce palais fut édifié à la demande d’un prince de la dynastie hûdide : Abû Ja‘far Ahmad ibn Sulaymân al-Muqtadir, qui lui laissa son nom. Il fut également appelé Qasr al-Surûr. La structure originelle de l’édifice palatial a beaucoup changé en raison des transformations que subit l’édifice depuis la conquête de la ville par les Chrétiens en 1118. Située hors de l’enceinte de la ville, l’Aljafería est cernée d’une muraille ponctuée de plusieurs tours circulaires et d’une tour rectangulaire antérieure.

Dans l’aspect fortifié de ce palais, certains chercheurs, tel B. Pavón Maldonado, ont vu des similitudes avec les palais omeyyades construits dans le désert et avec certains ribat tunisiens où l’influence byzantine est sensible, comme c’est le cas à Sousse. O. Grabar, pour sa part, pense cependant que les palais du désert étaient uniquement des forteresses symboliques, sans réelle fonction défensive et que leurs fondateurs n’étaient pas les princes de la dynastie régnante.

Les tours à base semi-circulaire que possède l’Aljafería sont aussi typiques des palais et des forteresses arabes orientaux et maghrébins influencés par l’art byzantin[1]. On retrouve également ce type de tour dans d’autres édifices d’al-Andalus comme à la forteresse de Talavera la Reina, dans la muraille de l’Albaycín de Grenade, ainsi que sur des constructions d’origine romaine comme la muraille de Saragosse. Tout comme dans les palais abbassides et omeyyades d’Orient, la sobriété de la fortification extérieure contraste avec la somptuosité de l’intérieure des palais.

Selon l’étude de l’Aljafería menée par B. Pavón, ce palais a un plan d’environ 80 mètres par 70, dont l’axe nord-sud est marqué par la tour rectangulaire d’une époque antérieure, située sur la muraille nord. A l’intérieur, le palais occupe approximativement la partie centrale, schéma que B. Pavón a également mis en relation avec le schéma tripartite des palais orientaux arabes fortifiés, comme Mshatta (Jordanie) et Raqqada, en Afrique du Nord.   Au centre de l’enceinte rectangulaire se trouve le palais qui s’articule autour d’une grande cour dite « de sainte-Isabelle », bordée sur sa largeur par des portiques et des salles rectangulaires. Il s’agit d’une cour au plan intérieur cruciforme dessiné par deux allées surélevées qui se rejoignent en son centre. Les portiques sont précédés par des bassins rectangulaires. Les salles plus importantes, destinées au cérémonial de cour, sont situées sur le côté nord, ainsi qu’un petit oratoire octogonal très orné. Les lieux de prière étaient habituels dans les forteresses orientales[2] et dans les ribat tunisiens. Selon B. Pavón Maldonado, on retrouve ce plan cruciforme dans les palais d’al-Ma’mun à Tolède ; par la suite il évolue, comme en témoignent le palais de la Ziza à Palerme et le Salon des Ambassadeurs de l’Alcazar de Séville.

Bien que l’Aljafería s’inscrive dans l’héritage artistique du califat de Cordoue, les parallèles sont nombreux entre son programme décoratif et celui de plusieurs édifices contemporains de la péninsule Ibérique, d’Orient et du Maghreb. Le décor épigraphique de l’oratoire présente des similitudes avec certaines stèles kairouannaises contemporaines ou avec des décors de la Qal‘a des Banû Hammâd en Algérie, comme la forme entrelacée du nœud de la lettre lam-alif. On y rencontre des arcs curvilignes qui n’avaient pas encore été utilisés en al-Andalus et dont le minaret d’al-Hakîm au Caire constitue l’un des précédents les plus célèbres. On le trouve également dans des exemples tunisiens du Xe et du XIe siècle, telles la Zaytuna, ou la Qal‘a des Banû Hammâd et plus tard dans l’art almoravide et almohade. Les arcs entrelacés unis par de grands nœuds circulaires pourraient êtres inspirés des stucs de Samarra. Les arcs brisés polylobés retombant sur de fines colonnettes attestent de l’aspect baroque de l’art qui se développe à l’Aljafería. On rencontre également des jalousies formées d’hexagones entrelacés et d’étoiles dont les six pointes s’achèvent en petits losanges, thème décoratif que l’on peut retrouver, selon B. Pavón Maldonado, à l’Alcazaba de Málaga et sur des bois sculptés de Tolède, qui pourraient dériver des décors de stuc abbassides d’Irak ou de Nishapur.

NOTE

[1] Les palais d’Ukhaydir, de Qasr al-Khayr al-Sharqî, le ribat de Sousse et plus tard la forteresse almoravide d’Amergó au Maroc. La plupart des châteaux espagnols présentent des tours carrées.

[2] ‘Ayn al-Jarr, Khirbat al-Mafjar, Qasr al-Tuba, Qasr al-Khayr al-Sharqî.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Momplet Míguez, A., El Arte Hispano-Musulmán, Madrid : Encuentro, 2004, p. 92-94

Pavón, B., « Arte », in Historia de España, t. VIII*, Madrid : Espasa-Calpe, 1994, p. 688-689

Pavón Maldonado, B., Tratado de Arquitectura Hispano-Musulmana. t. III. Palacios, Madrid : CSIC, 2004, p. 174-195

Robinson, C., « Las Artes en los reinos de taifas », in Al-Andalus. Las Artes Islámicas en España, Granada, Alhambra, 1992, Madrid : éd. El Viso, 1992, p. 57-60.



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