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Burj/ Bastion nord

  • Nom : Burj/ Bastion nord
  • Lieu : Fès, Maroc
  • Date/période de construction : Fin du XVIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre, brique, pisé
  • Dimensions : L. 34 m ; l. 34 m ; H. 4,75 m

Par son allure, sa position et ses dimensions, le bastion nord est certainement le monument militaire le plus prestigieux de la ville de Fès. L'appellation "burj al-nûr", qui en arabe signifie « bastion de lumière », semble être récente et dériver de la désignation française "burj nord" donnée en raison de sa situation au nord de l’ancienne médina de Fès. Les sources classiques n'en font aucune mention et utilisent seulement les noms "burj" ou "basâtîn" dont le pluriel "bastiûn" dérive du latin "bastion". Des textes judéo-marocains désignent ce bastion par "burj al-nâr" (bastion du feu) : cette désignation est en effet très significative de la nature de ce bâtiment militaire conçu spécialement pour porter les pièces de canon de divers calibres.

En observant le plan du monument, il en ressort un parfait équilibre des masses architecturales harmonieusement agencées autour d'un noyau central de forme carrée. Selon une hypothèse couramment admise, des tours auraient été ajoutées à l’époque alaouite[1] ; cependant, une phase unique de construction semble plus plausible. La partie centrale présente trois niveaux : un rez-de-chaussée, un étage et une terrasse. Les épais parapets extérieurs sont construits en pisé et les angles constituent le point de jonction entre le massif central et les tours.

Les fortifications modernes (XVIème siècle) de Fès, et plus particulièrement le « burj nord », annoncent une volonté claire du makhzen[2] et des rois saadiens de s'inscrire dans la tendance de la poliorcétique[3] moderne qui envahissait tout le Bassin méditerranéen. Le prestige et la puissance de cette architecture militaire devaient non seulement repousser les redoutables armées de l'Algérie turque mais surtout tenir en bride la frondeuse ville de Fès.

Certains voient dans cette architecture bastionnée une nette influence portugaise, qui s’explique par la longue présence de ces derniers le long des côtes marocaines et leur suprématie en matière de fortification. Cependant, les forts en étoile sont de toute évidence d'influence européenne[4]. Le lien avec le plan de la place de Mazagan nous paraît déplacé,  puisque, plutôt qu'un fort isolé, la place de Mazagan illustre bel et bien une enceinte urbaine avec un plan en étoile à quatre branches. Nous pourrions bien faire le rapprochement avec les forts en étoile de Fès et de Larache, mais la formule architecturale de cette grande place lusitanienne est bien plus évoluée annonçant déjà les fortifications rasantes à la Vauban[5]. Ahmad al-Mansûr[6], qui avait longuement sillonné la Méditerranée de l'Algérie à la Sublime Porte (Istanbul), connaissait de visu toute cette architecture moderne. De la sorte, il a fait appel à des ingénieurs européens (Portugais, Espagnols, Italiens, Hollandais) pour doter la ville de Fès et son port Larache d'ouvrages défensifs modernes. Il se serait également servi des soldats faits captifs pendant la bataille de Oued al-Mahâzin pour exécuter les travaux les plus ardus. Aussi, au lieu de parler de plans portugais, il serait plus juste de parler de plans européens. Ce furent effectivement les Italiens et les Espagnols qui développèrent les premiers cette architecture bastionnée. La Couronne portugaise fit elle-même souvent appel à leur savoir-faire pour élaborer des projets de fortifications. Les plans types des forts saadiens étoilés (d'al-Burj al-Shamâlî, de Hosn al-Fath et de Burj al-Laqlâq) sont aisément reconnaissables dans le fameux traité d'architecture militaire de Cristobal de Rojas[7].

NOTE

[1] Dynastie au pouvoir au Maroc depuis le XVIIe siècle.

[2] Désignait l’appareil étatique au Maroc.

[3] Qui est relatif à la technique du siège des villes et places fortes.

[4] L’on peut penser par exemple au fort Saint-Nicolas de Marseille, édifié en 1680,  qui présente ce type de plan.

[5] Comme la citadelle de Mont-Louis dans les Pyrénées orientales, édifiée ex-nihilo par Vauban à partir de 1679.

[6] Souverain sharîfien de la lignée des Sa‘dîs qui règne au Maroc entre les années 1578 et 1603. Les Sharîfs sont les descendants du Prophète ; la lignée des Sa ‘dîs ou Saadiens fait remonter son ascendant au petit fils d’al-Hasan (petit fils du prophète Muhammad), Muhammad al-Nafs al-Zakiyya.

[7] C. DE ROJAS, (Tres tratados sobre fortificaciòn y milicia), p.105-109.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

الفشتالي. مناهل الصفا في مآثر موالينا الشرفا، تعليق عبد الكريم كريم، الرباط، وزارة الأوقاف والشؤون الإسلامية، 1972

Epalza, M. de, Plans et cartes hispaniques de l'Algérie (XVIe – XVIIIes.), Madrid : Instituto hispano-arabe de cultura , 1988, p. 116.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Bosworth, C.E., Les dynasties musulmanes, Arles : Sindbad/Actes Sud, 1996, p. 68-71.

De Rojas, C., Tres tratados sobre fortificaciòn y milicia, Madrid : Biblioteca CEHOPU, 1985, p. 105-109.

Kafas, S., Les fortifications et l’architecture militaire du Maroc au temps des Saadiens (XVIe-XVIIe siècles), thèse de 3e cycle en Archéologie islamique, Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine, Rabat, 2004.

Fousseret, J.L., « Mont-Louis » in Réseau des sites majeurs Vauban [en ligne]. Disponible sur http://www.sites-vauban.org/rubrique.php3?id_rubrique=66> (consulté le 18/01/08).



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