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Frise aux scènes animées

  • Titre / dénomination : Frise aux scènes animées
  • Lieu de découverte : Égypte, Le Caire, maristân de Qalâ’un
  • Date / période : XIe siècle, peut-être entre 1058 et 1065
  • Matériaux et techniques : Bois ; décor sculpté, traces de polychromie
  • Dimensions : H. entre 18 et 30 cm ; L. entre 70 cm et 4,30m, en tout 30,88 m
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 3465 à 3473, 4063

Cette longue frise de bois sculpté ornait à l’époque fâtimide le palais occidental du Caire, restauré par le calife al-Mustansir entre 1058 et 1065. Elle ne doit sa conservation qu’à sa réutilisation à l’époque mamlûke, dans le maristân du sultan Qalâ'ûn, édifié au même emplacement. Ce type de réutilisation était fréquente, notamment pour le bois. Rare en Égypte, mais largement importé, ce matériau y a été beaucoup travaillé et s’est bien conservé grâce au climat. De nombreux exemples sculptés ou marquetés sont connus pour les périodes fâtimides et ayyûbides, tant dans un contexte chrétien que musulman, souvent des objets religieux ou liés au pouvoir, en raison de la rareté du matériau. On trouve ainsi mihrâb, cénotaphes, objets mobiliers, mais également nombre d’éléments d’architecture, comme des frises ou des vantaux de porte, tels ceux du maristân de Qalâ'un.

Faite pour être placée au sommet d’un mur, la sculpture est un peu rapide, bien que traitées sur deux niveaux ; des scènes animées se détachent en fort relief sur un fond végétal, comme sur d’autres bois de la même période et certains ivoires. Très longue, la frise était peinte, ce qui explique maintenant l’absence de certains détails, en particulier les traits du visage.

Le décor s’organise en trois registres : deux bandes de motifs végétaux encadrent un bandeau plus large, divisé en hexagones allongés et en carrés aux côtés lobés, posés sur la pointe. Ces cartouches en relief sont souvent soulignés par deux longues feuilles qui jaillissent d’un vase posé au centre de la scène, la divisant en deux champs. Des représentations animalières (oiseaux, lièvres, antilopes, mais aussi sphinx) et des scènes avec des personnages dont l’iconographie, mêle vie quotidienne (marchand avec un dromadaire) et plaisirs princiers (scènes de lutte, chasse et fête avec boisson, danseurs et musiciens) constituent l’essentiel des motifs animés. Le plafond de la chapelle palatine de Palerme, un peu plus tardif (1140) offre lui aussi à voir des animaux et scènes de danse, de lutte ou de boisson, souvent enfermées dans des cartouches en forme de carré lobés, posés sur la pointe.

De nombreux motifs sont récurrents dans le monde islamique, comme l’homme assis, un gobelet à la main. Peut-être né en Asie Centrale, ce thème se retrouve jusque en Espagne, où il est présent sur de nombreux ivoires[1]. Peut-être princier, ce personnage est parfois accompagné de musiciens ou de danseurs ; ceux-ci peuvent aussi occuper seuls l’espace de leur cartouche. Les musiciens jouent le plus souvent de la flûte, du tambourin ou du luth, des instruments que l’on retrouve dans des œuvres contemporaines, égyptiennes[2], mais aussi andalouses[3], occidentales[4]... Les danseuses brandissent des foulards, selon une iconographique commune dans l’art fâtimide[5]. La danse des foulards se pratique d’ailleurs encore de nos jours, en Grèce et en Turquie. On trouve des danseuses dans une position semblable, avec ou sans foulards, dans de nombreuses représentations islamiques, par exemple dans les fresques de Qusayr Amra.

Le goût des représentations vivantes s’inscrit dans la suite dans l’héritage de l’antiquité iranienne et méditerranéenne, représentée en Égypte par les Coptes. Un groupe de plaques en ivoire daté du XIIe siècle [6] présente notamment une iconographie et un style très proches de la frise. Ce goût existe aussi en Europe, dans les marges des manuscrits, ou sur les objets d’art. Les rinceaux habités, fréquents notamment dans l’art italien et rhéno-mosan aux XIIe – XIIIe siècle, rappellent parfois ceux des bois et ivoires fâtimides, comme dans le cas de la monture d’une burette en cristal de roche conservée dans le trésor de Saint-Marc à Venise[7].

NOTE

[1] Pyxide Davillier, Espagne, Madînat al-Zahrâ, v. 970, ivoire, Paris, musée du Louvre, OA 2774.

[2] Plat à la joueuse de rabâb, Égypte, XIe siècle, céramique à décor de lustre, Le Caire, musée d’art islamique, inv. 14923 ; statuette de musicienne, Égypte, Fustât, XIe siècle, bronze, Le Caire, musée d’art islamique, 6983.

[3] Pyxide Davillier, Espagne, Madînat al-Zahrâ, v. 970, ivoire, Paris, musée du Louvre, OA 2774.

[4] Saintes, tympan de l’abbaye aux Dames.

[5] Plat à la danseuse, Égypte, fin XIe – deb. XIIe siècle, céramique à décor lustré, Washington D.C., Freer Gallery of Art, 46.30 ; polygone d’assemblage, Égypte, XIe – XIIe siècle, buis, Paris, musée du Louvre, MAO 471. On pourrait encore citer de nombreux autres exemples.

[6] Plaquettes, Égypte, XIe siècle, ivoire, Florence, Museo Nazionale Del Bargello.

[7] Burette aux béliers, Le Caire, fin Xe siècle, cristal de roche, Venise, trésor de la cathédrale Saint-Marc, 86.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Trésors fatimides du Caire, Paris/Gand, Institut du monde arabe, Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998. n° 1 – 3, p. 88 – 89

Egypte – Egypte, chefs d’œuvre de tous les temps, Paris, Institut du monde arabe, 1989. p. 88, n° 19

Ettinghausen, R., Grabar, O., Islamic art an architecture, 650 – 1250. New Haven and London, Yale University Press, 1987, n° 194 – 196, p. 202 – 203

Pauty, E., Catalogue général du musée arabe du Caire. Les bois sculptés jusqu’à l’époque ayyoubide, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1931. n° 3465 - 3468, 3470 - 3473, 4063, p. 48 – 50, pl. XLVI – LVIII

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Monneret de Villard, U., Le pitture musulmane al soffito della cappella palatina in Palermo. Roma, la libreria dello stato, 1950

Anglade, E., Catalogue des boiseries de la section islamique, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1988

Gabra, G., Le Caire, le musée copte & les anciennes églises, trad. fr. Khouzam, Hoda R. et Rassart-Debergh, Marguerite, Le Caire, Egyptian International Publishing Company-Longman, 1996

Casanelli, R. (dir). La méditerranée des croisades, Paris, Citadelle et Mazenod, 2000



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