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Église Saint-Barthélemy, Confolens

Le motif du chameau à l’époque romane en Occident

  • Nom : Église Saint-Barthélemy, Confolens
  • Lieu : Confolens (Charente)

De facture romane, l’église Saint-Barthélemy s’illustre par les détails ornementaux de sa façade et notamment le portail où un Agneau de gloire côtoie des animaux fantastiques, dont un chameau. Dans l’imaginaire médiéval, cet animal renvoie à l’exotisme et aux voyages lointains, mais il incarne également une symbolique, parfois complexe, développée dans les textes exégétiques et dans les discours des moralistes.

Isidore de Séville distingue le chameau (camelus) à deux bosses surtout originaire d’Arabie de celui à une bosse répandu dans « d’autres régions ». Le chameau, bien que très peu présent en Occident, intervient tout de même comme bête de somme surtout dans les régions méridionales. Provenant de Bactriane, le camelus bactrianus à double bosse a été introduit en Europe par l’est lors des déplacements des Goths au IVe siècle et par le sud, à partir du VIIe siècle, avec les conquêtes arabes. On le retrouve ainsi dans certains textes à l’époque mérovingienne, comme notamment dans l’Historia Francorum de Grégoire de Tours.

Les auteurs médiévaux, comme Raban Maur, ne parlent presque exclusivement que du chameau conformément à la Bible qui le cite à de nombreuses reprises dans l’Ancien Testament (Gn 12, 16 ; 37, 25 ; 4 Roi 8, 9 ; Job 1, 3 ; etc). Dans le Nouveau Testament, il apparaît essentiellement à travers des images hyberboliques (Mt, 19, 24 ; 23, 24)[1]. Dans les textes exégétiques, il est évoqué d’un point de vue symbolique. Ainsi, Grégoire le Grand présente le chameau comme un être qui « par la tête est en accord avec la loi et par les pieds s’en sépare »[2]. Il symbolise donc l’individu tiraillé entre deux choix, celui dont l’âme aspire au bien mais qui se trouve retenue par les affaires terrestres. Mais, quand il se couche, le chameau est, aussi bien pour Grégoire le Grand que pour Raban Maur, symbole d’humilité, d’abaissement de l’orgueil humain et de compassion fraternelle.

L’image du chameau est donc assez familière dans la littérature médiévale malgré la rareté de l’animal en Occident. De même dans l’iconographie, il occupe une place non négligeable. Tout d’abord l’illustration des récits bibliques met en scène le chameau pour évoquer des contrées lointaines. Ainsi le retrouve t-on dans l’épisode d’Eliezer et Rébecca au puits (Genèse de la bibliothèque de Vienne, VIe siècle ; mosaïques de la cathédrale de Monreale, Sicile, XIIe siècle) ou encore dans l’histoire de Joseph vendu aux marchands égyptiens (mosaïques de Saint-Marc, Venise, XIIIe siècle). De même, des chameaux apparaissent dans le cortège des Mages dès le Ve siècle sur les sarcophages chrétiens, incarnant alors cet Orient lointain dont parle Mathieu dans son Evangile.

On retrouve également l’iconographie du chameau dans le bestiaire sculpté des églises romanes. Il prend alors place au sein d’une faune disparate, où les animaux réels, qu’ils soient relativement familiers ou franchement exotiques, se mêlent aux animaux fantastiques. À Saint-Gilles du Gard, le dromadaire du soubassement a une justesse de stature et de mouvement parfaite. À Saint-Ours d’Aoste, un chapiteau du cloître met en scène un troupeau de chameaux attelés. À Andlau, la tête est maladroite, mais on reconnaît l’animal aux deux bosses entre lesquelles est solidement calé le chamelier. La représentation de l’animal, parfois chameau, parfois dromadaire, n’est pas toujours des plus réalistes. S’il est particulièrement bien dépeint dans les mosaïques italiennes, il demeure parfois imprécis et seule sa bosse permet de le distinguer. Dans le décor sculpté de Confolens, le chameau ne fait pas partie intégrante d’un bestiaire, mais figure à demi couché répondant à l’Agneau de gloire. Ainsi, il peut incarner l’humilité face au Christ et être interprété à la lumière de Raban Maur : Camelus (…) significat (…) gentilem populum conversum ad fidem christianam[3].

NOTE

[1] « Il est plus facile à une chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux » (Mt, 19, 24) ou encore « Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau » (Mt, 23, 24).

[2] S. Gregorii Magni Moralia in Job, Libri I-X, M. Adriaen éd., Brepols, 1979, I, 40.

[3] « le chameau signifie les païens convertis à la fois chrétienne », Raban Maur, De rerum naturis, P.L., CXI, 211B.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

S. Gregorii Magni Moralia in Job, Libri I-X, M. Adriaen éd., Brepols, 1979, I, 40.

Isidore de Séville, Étymologies, Livre XII. Animaux, par J. André, Paris, 1986, I, 35-36.

Raban Maur, De rerum naturis, Patrologie Latine, CXI, 211-212.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

BRAUN S., « Quelques animaux exotiques », dans Bestiaire médiéval, le symbolisme du bestiaire médiéval sculpté, Dossier de l’Art, 103, 2003, p. 69-94.

DEBIDOUR H., Le bestiaire sculpté du Moyen Age en France, Paris, 1961.

VOISENET J., Bêtes et Hommes dans le monde médiéval. Le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Brepols, 2000.



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