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Danse extatique des soufis

La voie mystique pour atteindre Dieu

Madjâles al-'oshhâq (Les séances des amants)

  • Titre / dénomination : Danse extatique des soufis
  • Auteur : Hoseyn Gazorgâhi (né en 1469-1470 au Khurasân)
  • Lieu de production : Chirâz, Iran
  • Date / période : 1581
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : Bibliothèque Nationale de France, Manuscrits orientaux
  • Numéro d'inventaire : supplément persan 1150, f. 51 v°

La mystique musulmane est apparue en Irak et en Iran oriental dans le courant du IXe siècle. Il faut souligner sa diversité dès les origines. Un courant fortement ascétique coexistait avec des tendances plus modérées, ou plus intellectuelles. Au début du Xe siècle apparurent des formes de mystiques plus nettement « extatiques », l’état d’union avec la présence divine devenant plus extravertie. Des grandes figures de cette période comme Nûrî, Shiblî, Hallâj pouvaient être soudainement « saisies », « ravies », même en public. A cette époque, le soufisme s’est aussi ritualisé. Les fuqarâ’ (= « pauvres », nom que se donnaient à eux-mêmes les membres de cette tendance) récitaient ensemble de la poésie amoureuse, chantaient de façon rythmique des litanies. Parfois, des instruments de musique faisaient leur apparition.

Il est difficile de cerner le déroulement exact de ces cérémonies. Il existe peu de traces écrites ; de plus, les rituels varient beaucoup d’une confrérie à une autre, et leur transmission, ésotérique, a lieu le plus souvent oralement, de Maître à disciple. Ces rituels laissaient en outre une place importante à l’apparition imprévue d’états spirituels (ahwâl) : le Maître, ou un de ses disciples, pouvait soudainement se lever dans un état second, et entraîner éventuellement d’autres membres de l’assistance. C’est ce que nous montre la miniature ici. Quatre derviches ont été « ravis » et dansent ou tournoient en étendant leurs manches. Un cinquième est tombé à genoux, en pleurs. D’autres derviches sont debout ; des personnages plus en retrait ne participent pas à la séance.

L’exemple le plus notoire de mystique extatique est celui de Jalâl al-dîn Rûmî (Anatolie, XIIIe siècle). Rûmî était un immense poète de langue persane, dédié à cet amour divin dont il percevait la circulation dans toute la création. Souvent, de façon inattendue, il entrait en transe en tournoyant. Il décidait parfois la tenue de cérémonies musiquées avec ses disciples et éventuellement une assistance libre, qui pouvaient parfois durer plusieurs jours de suite. Après sa mort, ses successeurs développeront de façon structurée le rituel de l’ordre mevlevi, à tort appelé celui des « derviches tourneurs ».

Les réactions des juristes musulmans à l’égard de ces rituels ont été en général réservées. La plus complète et circonstanciée des critiques à leur égard émane d’Ibn Taymiyya (m. 1328). Les soufis « extatiques » ont toutefois rarement été inquiétés. A partir du XIIe siècle, leurs rituels chantés et musiqués étaient devenus tellement populaires que même de nombreux juristes venaient y participer. On peut dire qu’ils font désormais partie du patrimoine religieux de l’islam. Inévitablement, on les compare à des manifestations dansées dans d’autres climats religieux, comme dans le hassidisme, dans le judaïsme à partir du XVIIIe siècle.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Leyli ANVAR-CHENDEROFF, Rûmî, Paris, Entrelacs, 2004.

Jean DURING, Musique et extase – L’audition mystique dans la tradition soufie, Paris, Albin Michel, 1988.

Eric GEOFFROY, Le soufisme en Egypte et en Syrie sous les derniers Mamelouks et les premiers Ottomans, Damas, PIFD, 1995.

Jean MICHOT, Musique et danse selon Ibn Taymiyya, Paris, Vrin, 1991.

Marijan MOLE, « La danse extatique en Islam », dans Les danses sacrées, Paris, Seuil, 1963.



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